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Philippe Navellou, de la cendre à la lumière

Artiste plasticien et musicien installé à Saint-Laurent-Nouan, Philippe Navellou développe une œuvre singulière où la cendre, l’acrylique et la feuille d’or font dialoguer les forêts de Sologne avec les verticales des grandes villes. Autodidacte, il construit depuis plusieurs années un langage pictural instinctif, nourri par un besoin ancien de créer, par l’observation de la lumière et par les épreuves qui ont marqué son parcours.


De loin, la toile pourrait représenter une forêt saisie au lever du jour. De longues formes verticales se détachent d’un fond noir et profond. Des éclats d’or traversent la composition, comme une lumière filtrant entre les troncs. En s’approchant, la lecture devient moins évidente. Les arbres peuvent aussi évoquer… ce que l’on voudra. Cette ambiguïté est au cœur du travail de Philippe Navellou. Ses tableaux se situent dans un espace intermédiaire : assez figuratifs pour faire naître des images, suffisamment ouverts pour laisser chacun construire son propre paysage.

Crédit photo : Philippe Navellou
Crédit photo : Philippe Navellou

À 62 ans, celui qui se présente volontiers comme un « jeune retraité » partage son temps entre la peinture et la musique. Pourtant, son histoire artistique ne commence pas avec la fin de sa vie professionnelle. La création l’accompagne depuis l’adolescence.

Crédit photo : Philippe Navellou
Crédit photo : Philippe Navellou

Du journal du lycée à la peinture

Au lycée, Philippe Navellou participe à un club dans lequel il réalise une bande dessinée consacrée à la vie de l’établissement. Le dessin se mêle déjà au récit et à l’observation du quotidien. Avec quelques camarades, il contribue également à un petit journal et pratique la photographie en noir et blanc, jusqu’au développement des images. « À la base, j’adorais le dessin en soi, puis le fait de l’associer à des histoires de vie et de faire des reportages », raconte-t-il. Par la suite, il explore l’aquarelle, le fusain et le pastel. La vie professionnelle et les responsabilités familiales prennent cependant une place croissante. Avec son épouse, il élève six enfants. La pratique artistique connaît alors des interruptions, sans jamais disparaître complètement. La création demeure présente au sein de la famille. Le couple peint et dessine avec les enfants. Tous deux animent également des ateliers dans des écoles, notamment autour de la peinture sur bois.

« Après mes brillantes études, il a fallu ramener à manger à la maison », plaisante-t-il. Mais même lorsque le temps manque, le désir de créer reste là, en arrière-plan. C’est surtout au cours des dix dernières années que sa pratique picturale s’intensifie. L’acrylique prend progressivement une place centrale, jusqu’à devenir l’un de ses principaux moyens d’expression.

« Il a toujours fallu que je fasse quelque chose de créatif »

Chez Philippe Navellou, la peinture appartient à un ensemble plus vaste, dans lequel la musique, la mécanique et les travaux manuels communiquent constamment. « Il a toujours fallu que je fasse quelque chose de créatif », résume-t-il. « Pour moi, c’est un exutoire. » Pendant longtemps, il restaure de vieilles motos. À la maison, il fabrique lui-même des meubles en acacia. Aujourd’hui encore, la musique demeure indissociable de son travail de peintre.

Cette nécessité d’agir prend un relief particulier au regard de son parcours personnel. Philippe Navellou a été victime d’un grave accident de moto. L’accident ouvre une longue séquence médicale : vingt-deux opérations et, pendant un temps, la perte de l’usage de sa jambe gauche. Cette épreuve et les limitations physiques qu’elle a entraînées ne l’ont pas conduit à renoncer à ses activités. Il a au contraire cherché à demeurer actif, dans la mesure de ses possibilités, avec notamment la volonté de montrer à ses enfants qu’une épreuve ou une situation de handicap ne doit pas nécessairement condamner à l’immobilité.

La Sologne comme source inépuisable

Cette mobilité, il l’éprouve dans ce qu’offre la Sologne. Tous les matins, il marche environ une heure dans les bois situés derrière chez lui. Il observe les changements de lumière, les plans d’eau, les landes à bruyères, les pinèdes, les futaies de chênes et les genêts en fleurs au printemps. « Nous avons cette chance d’avoir un paysage différent tous les jours », souligne-t-il. Malgré ses nombreux voyages, le retour dans le Val de Loire produit toujours chez lui la même sensation : « Qu’est-ce qu’on est bien ici ! C’est un peu la dolce vita. »

Les bois de Chambord occupent une place particulière dans cet imaginaire. Au lever du jour, la lumière y produit sur l’eau et entre les arbres des scintillements qui nourrissent directement certaines compositions. L’or restitue une lumière réellement perçue dans le paysage, tout en la faisant basculer vers quelque chose de plus féerique. « Lorsque l’on sait ouvrir les yeux, on décèle un peu cette magie qui est présente », estime l’artiste.

Crédit photo : Philippe Navellou

Quand la cendre rencontre la feuille d’or

La singularité la plus immédiatement identifiable de son travail repose sur l’association de la cendre et de la feuille d’or. Cette recherche trouve notamment son origine dans l’intérêt que Philippe Navellou porte à Gustav Klimt. Il s’est longtemps amusé à reproduire certaines œuvres du peintre autrichien, parmi lesquelles L’Arbre de vie, tout en découvrant le travail de la feuille d’or. Un jour, il décide d’expérimenter une matière différente. Il mélange de la cendre avec des pigments et des liants. La texture obtenue l’intéresse immédiatement. Elle est mate, sombre, granuleuse et irrégulière. L’idée lui vient alors de l’opposer à l’éclat de l’or. « Et cela a fonctionné tout de suite », souffle Philippe. Derrière cette intuition se cache un véritable travail technique. Les quantités de cendre, de pigments et de liants doivent être maîtrisées.

Une verticalité née du geste

La verticalité revient dans une grande partie de ses toiles. Elle structure aussi bien les paysages inspirés de la Sologne que les compositions urbaines. Philippe Navellou utilise beaucoup le couteau. Lorsqu’il réalise des aplats, son geste se déploie naturellement de haut en bas. Ces mouvements répétés créent les grandes lignes verticales qui orientent ensuite le regard. La lumière s’y concentre. Elle semble descendre le long des troncs, glisser sur les façades ou traverser la matière noire.

Certaines toiles naissent presque sans projet préalable. L’artiste commence à travailler sans savoir exactement où il va. Le geste prend le dessus. Une matière, un paysage ou un thème finit alors par apparaître. « Parfois, lorsque je travaille, la fébrilité l’emporte et je ne sais pas très bien où je vais. Je prends du recul, j’attends un peu, puis j’y retourne. » Il revendique ainsi une peinture largement instinctive. Plutôt que de reproduire des forêts, des cerfs ou des biches de manière réaliste, il préfère chercher son propre langage.

Navellou
Crédit photo : Philippe Navellou

Philippe Navellou a rejoint le Cercle des peintres du Grenier à sel, à Orléans. Il y a rencontré Michel Gemignani. Ses encouragements et ses conseils l’ont accompagné dans ses recherches et dans l’affirmation de cette identité fondée sur la cendre, l’or, la verticalité et la lumière. L’artiste évoque lui-même les oppositions entre le clair et l’obscur, le bien et le mal, ou encore le yin et le yang. Il ne cherche pourtant pas à enfermer ses tableaux dans une signification unique. La liberté d’interprétation compte beaucoup pour Philippe Navellou. L’œuvre n’est pas seulement ce que le peintre affirme avoir voulu représenter. Elle devient aussi ce qu’on y découvre.

Continuer à prendre des risques

Alors qu’il maîtrise désormais davantage sa technique de cendre et d’or, Philippe Navellou travaille actuellement sur de nouveaux tableaux dans lesquels il cherche à introduire des éléments plus figuratifs. Cette évolution impose une préparation différente. Là où certaines œuvres précédentes naissaient presque entièrement de l’instinct, l’apparition d’une figure nécessite davantage de réflexion, de dessin et de travail en amont. Le risque est réel : l’élément figuratif peut enrichir l’ensemble ou, au contraire, rompre l’équilibre entre suggestion et représentation. Philippe Navellou l’accepte. En cas d’échec, il passera simplement à une autre recherche. « Je me remets toujours en question et j’aime bien tester de nouvelles choses », explique-t-il. Dans son atelier comme dans les bois qu’il parcourt chaque matin, Philippe continue à chercher la lumière.


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