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À Blois, le mécénat a changé d’échelle en cinq ans

Créé en 2021 dans le prolongement d’une démarche engagée deux ans plus tôt par la Ville, le Cercle des mécènes de Blois affiche aujourd’hui 84 entreprises engagées, 37 projets soutenus et 2,1 millions d’euros mobilisés, mécénat et parrainage confondus. Derrière ce bilan financier se dessine surtout un modèle qui s’est progressivement installé dans la vie locale : patrimoine, culture, éducation, solidarité, environnement, sport… À l’occasion de ses cinq ans, élus, équipe municipale et entreprises ont raconté ce que produit cette rencontre entre argent privé et projets d’intérêt général.


Le patrimoine restauré de Saint-Nicolas, l’aître Saint-Saturnin, les rendez-vous de Des Lyres d’hiver, la Maison de la Magie, les micro-forêts, le parc de la Gare, l’abri Gisèle-Halimi… Pris séparément, ces projets racontent des histoires très différentes. Mis bout à bout, ils donnent à voir l’ampleur prise par le mécénat à Blois. La Ville s’est engagée dans cette voie en 2019. Le Cercle des mécènes a suivi en 2021, avec l’idée de ne plus solliciter ponctuellement une entreprise pour une opération, mais d’organiser dans la durée la rencontre entre acteurs économiques et projets municipaux. Cinq ans plus tard, le bilan présenté par la collectivité fait état de 84 entreprises mécènes, engagées ponctuellement ou de manière pérenne, 37 projets soutenus, 202 conventions signées et 13 rencontres organisées. Le montant total atteint 2,1 millions d’euros, en additionnant mécénat et parrainage.

Pour Maxime Blot, qui porte la mission mécénat et partenariats de la Ville, ces années ont transformé une fonction encore nouvelle en véritable travail de terrain. Il se décrit volontiers comme le « VRP de l’intérêt général » avec pour mission : connaître les projets, identifier les entreprises susceptibles de s’y retrouver, convaincre, mettre en relation, puis maintenir ce lien dans le temps. Car l’évidence est là : « Le nerf de la guerre reste financier. »

De Saint-Nicolas à Saint-Saturnin, le patrimoine en première ligne

C’est dans le patrimoine que les montants les plus importants apparaissent. La restauration de l’église Saint-Nicolas, menée de 2020 à 2025, a bénéficié de 538 553 euros de mécénat financier. Trois entreprises mécènes ont contribué à l’opération, ainsi que 292 donateurs individuels.

À l’aître Saint-Saturnin, où le chantier doit se poursuivre jusqu’en 2028, le montant annoncé atteint 685 495 euros. Il comprend les 250 000 euros apportés par la mission « Patrimoine en péril » portée par Stéphane Bern. Dix entreprises mécènes et 150 donateurs individuels participent à cette restauration.

Ces deux dossiers illustrent l’un des ressorts du modèle, à savoir agréger plusieurs sources autour d’un projet qui, par son coût ou son ampleur, ne repose évidemment pas sur le mécénat seul. Entre financement public, participation d’entreprises, campagnes de dons et dispositifs nationaux, le mécénat intervient comme un levier supplémentaire. C’est précisément ce rôle que Marc Gricourt met en avant. Pour le maire de Blois, la relation entre public et privé doit permettre d’accélérer des réalisations. Le principe qu’il défend est celui d’un territoire capable de « construire ensemble », collectivités et entreprises apportant des moyens différents à des objectifs communs.

Cercle des mécènes de Blois
Marc Gricourt | Cercle des mécènes de Blois | Photo : Marc Alvarez

Le mécénat a quitté depuis longtemps le seul terrain patrimonial

Le Cercle couvre aujourd’hui six champs définis par la Ville : patrimoine, culture, éducation, social, environnement, sport et santé. Dans la culture, Des Lyres d’hiver a reçu 151 500 euros de mécénat financier depuis 2021, apportés par dix entreprises, pour une manifestation qui déploie chaque année une cinquantaine d’actions dans la ville.

À la Maison de la Magie Robert-Houdin, le soutien accompagne notamment le lancement des nouvelles saisons. Depuis 2021, le dossier comptabilise 43 850 euros de mécénat financier, auxquels s’ajoutent 20 314 euros de mécénat en nature et en compétences. Dix-sept entreprises ont participé au dispositif. La Ville rappelle dans le même temps que l’établissement a accueilli 125 000 visiteurs en 2024, son record de fréquentation.

Le Grand Concert Royal (programmé ce weekend) compte pour sa part 27 720 euros de mécénat financier, une mobilisation encore en cours au moment du bilan, avec quinze partenaires et vingt-cinq artistes sur scène.

Inauguration de l’ABRI Gisèle-Halimi à Blois
ABRI à Blois

Mais le passage du financier au mécénat de compétences permet de mieux mesurer ce que recouvre désormais le dispositif. À l’accueil de loisirs périscolaire Pauline-Kergomard, un ancien logement de fonction a ainsi été transformé pour recevoir des enfants. Dix salariés volontaires ont participé aux travaux : 80 m² ont été rénovés en 2024 pour permettre l’accueil de 70 enfants de 3 à 5 ans. Même logique à l’abri Gisèle-Halimi, ouvert le 8 mars 2025 au 28 rue des Écoles pour accueillir et accompagner des personnes victimes de discriminations et de violences. Trois entreprises mécènes y sont intervenues et 40 salariés volontaires ont été mobilisés pour rénover 160 m².

Le Réveillon solidaire, qui accueille chaque année près de 200 adultes et enfants en situation de précarité, représente de son côté 31 686 euros de soutien financier, auxquels s’ajoutent des dons de cadeaux. L’argent reste donc central, mais il ne suffit plus à décrire ce qui s’échange. Des entreprises apportent aussi du matériel, des compétences professionnelles et du temps de travail.


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Pourquoi une entreprise choisit-elle de s’engager ?

Quid des motivations. Pour Julien Nolière, de Mutuale, l’engagement relève d’abord d’une continuité avec l’identité et l’implantation locale de l’entreprise. Il le résume ainsi : « Pour Mutuale, c’était plutôt une évidence. » Car l’ancrage local ne se résume pas à l’endroit où l’entreprise travaille. Il suppose aussi de prendre part à la vie du territoire.

Les projets environnementaux soutenus par les mécènes en offrent une illustration concrète. Rue Monge et au square Alain-Gerbault, les deux opérations de micro-forêts conduites en 2022 et 2024 ont bénéficié de 27 000 euros de mécénat financier, avec cinq entreprises associées. Elles couvrent 3 124 m² et représentent 6 767 végétaux plantés. Les vignes de Blois, plantées en 2023, ont reçu 20 000 euros de mécénat : 6 000 pieds ont été installés sur une parcelle de 6 000 m², avec une récolte annoncée pour 2027 ou 2028. Au parc de la Gare, l’apport est beaucoup plus conséquent : 200 000 euros de mécénat provenant de six entreprises, pour 7 000 m² aménagés et 1 443 végétaux plantés. Six bornes de réparation vélo ont également été installées grâce au mécénat.

Cercle des mécènes de Blois
Cercle des mécènes de Blois | Photo : Marc Alvarez

La volonté de laisser une trace durable sur le territoire revient aussi. Présent aux côtés de Gaëlle Poussin pour Loire Connexion, Frédéric Veillon dit notamment sa fierté d’avoir contribué à l’acquisition du buste de Gaston d’Orléans, appelé à rester « à jamais » au château royal de Blois. Chez CIC Ouest, le raisonnement avancé repose davantage sur l’ancrage territorial. L’entreprise replace son engagement dans la continuité de sa présence locale. « C’est logique pour nous d’accompagner sous cette forme notre belle ville de Blois », explique ainsi Sophie Legueux.

Les chemins qui conduisent au Cercle sont donc différents. Ils passent par les valeurs revendiquées par une entreprise, son histoire locale, l’intérêt pour un projet particulier ou le souhait de contribuer à la dynamique de la ville. Mais tous supposent que la participation ait un sens au-delà d’une simple transaction financière.

Un réseau qui produit aussi des rencontres

Un autre effet, moins quantifiable, est apparu au fil des cinq années sur l’écosystème : le Cercle des mécènes met en relation des entreprises qui ne se connaissaient pas nécessairement. Julien Nolière insiste sur cette dimension. « C’est du lien, finalement, qui permet de se connaître », explique-t-il, évoquant les échanges entre partenaires, entreprises et équipes municipales. « C’est aussi une façon de créer du lien et de la convivialité », poursuit-il.

Cercle des mécènes de Blois
Cercle des mécènes de Blois | Photo : Marc Alvarez

Mécénat et sponsoring, deux réalités différentes

Le chiffre de 2,1 millions d’euros recouvre en réalité plusieurs formes de soutien. Ce montant ne correspond pas uniquement à du mécénat financier : il comprend aussi le parrainage. Si le mécénat s’inscrit dans une logique de soutien à l’intérêt général, sans contrepartie commerciale équivalente, le parrainage, ou sponsoring, relève davantage d’une démarche de communication et de visibilité pour l’entreprise. Le Macadam blésois l’illustre clairement : depuis 2022, l’événement a bénéficié de 82 755 euros de sponsoring, apportés par seize partenaires. Et même au sein du mécénat, les chiffres agrègent des réalités différentes : versements financiers, apports en nature et compétences mises à disposition.

Quoi qu’il en soit, l’histoire du Cercle des mécènes raconte un changement de dimension. Il ne se concentre pas sur quelques grands monuments, ni même sur la culture. Il intervient dans un accueil périscolaire, un lieu destiné aux victimes de violences, des plantations, un parc, des animations hivernales ou encore des équipements pour les cyclistes. Pour Maxime Blot, qui parle de cette mission comme d’« une véritable fierté », le bilan mesure le chemin parcouru : 84 entreprises, 37 projets, 202 conventions et 2,1 millions d’euros mobilisés. Pour la suite, l’enjeu sera sans doute moins d’élargir sans cesse le Cercle que de consolider ce qui fait sa force depuis 2021 : la capacité à réunir, autour de projets communs, des acteurs du territoire.


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