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Amis du château de Blois : huit conférences pour traverser l’Histoire, de Claude de France au pogrom de 1171

Claude de France, Marie-Louise, l’abbé Grégoire, les châteaux de la Loire au cinéma ou encore le drame vécu par les Juifs de Blois en 1171 : les Amis du château royal de Blois ont arrêté leur programmation jusqu’en avril 2027. Huit conférences, une constante : partir souvent de Blois pour ouvrir beaucoup plus largement les portes de l’Histoire.

Claude de France a laissé son nom dans la mémoire collective, mais pas forcément pour les bonnes raisons. Ce mardi 15 septembre, Élisabeth Latrémolière, ancienne directrice du Château royal de Blois, lui consacrera la première conférence de l’année avec une question volontairement malicieuse : Claude de France, une reine des prunes pour l’Histoire ? Derrière la blague, il s’agira de redonner sa place à une souveraine largement éclipsée par François Ier et par une postérité réduite, pour beaucoup, au nom d’un fruit.

Ce premier rendez-vous donne assez bien le ton de la programmation construite par Gilles Chassier pour les Amis du château : partir d’un personnage, d’un lieu, d’une œuvre ou d’un épisode lié à Blois, puis élargir le regard. Jusqu’en avril 2027, les conférences passeront ainsi de la chute de l’Empire à l’abbé Grégoire, des châteaux menacés de destruction au cinéma, avant de revenir sur le massacre des Juifs de Blois en 1171 ou sur les représentations de Marie-Madeleine dans l’art.

Pas de thème imposé, mais des sujets qui accrochent

Il serait tentant de chercher derrière ces huit rendez-vous un grand récit conçu à l’avance. Gilles Chassier s’en défend. La programmation fonctionne davantage au coup de cœur intellectuel. « Si le sujet me paraît intéressant, je ne me pose pas la question de savoir s’il va rentrer dans un parcours homogène ou construit. C’est un petit peu des flashs comme ça. »

Pour choisir ses intervenants, Gilles Chassier mêle fidélité et recherche. Certains conférenciers sont rappelés après une première intervention réussie ; d’autres sont identifiés à partir d’un sujet, en remontant vers celles et ceux qui l’ont véritablement étudié. Mais l’expertise ne fait pas tout. « Il y a des gens qui peuvent être pointus dans leur sujet, mais pas forcément bons conférenciers », souligne-t-il. Car, au-delà du savoir, encore faut-il savoir le transmettre et tenir une salle pendant une heure.

Marie-Louise à Blois, l’abbé Grégoire et trois châteaux malmenés

André Bendjebbar possède justement cette qualité aux yeux du programmateur. Déjà invité par l’association, ce spécialiste de l’époque napoléonienne reviendra mardi 20 octobre pour L’impératrice Marie-Louise et la régence de Blois, 1810-1815. La conférence prend appui sur l’un de ces moments où la grande Histoire passe soudain par la ville. En mars 1814, alors que l’Empire vacille et que Paris est menacé par les armées coalisées, Marie-Louise quitte la capitale avec son fils et rejoint Blois. L’épisode offre un point d’entrée local dans les derniers soubresauts du règne de Napoléon.

Le 17 novembre, changement de période avec Gabriel Darriulat. Sa conférence, L’abolitionnisme chrétien de l’abbé Grégoire, abordera l’engagement contre l’esclavage d’une personnalité elle aussi étroitement liée à Blois : Henri Grégoire fut évêque constitutionnel du Loir-et-Cher pendant la Révolution.

Un mois plus tard, le 15 décembre, Jean-Sylvain Caillou s’intéressera cette fois au patrimoine avec Les destructions des châteaux de Blois, Chambord et Montfraut au début du XIXe siècle, d’après les dessins de Constant Bourgeois. Le sujet rappelle que les grands monuments aujourd’hui considérés comme intouchables n’ont pas toujours bénéficié du même regard. Plusieurs ont connu abandons, amputations, réemplois de matériaux ou projets de destruction, bien avant leur restauration et leur patrimonialisation.

Une rue de Blois mène jusqu’au drame de 1171

Pour la conférence du 18 mars 2027, tout est parti d’une question très locale. Habitant rue Pierre-de-Blois, Gilles Chassier passe souvent à proximité de la rue des Juifs. Le nom l’interpelle. Et il découvre l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire médiévale de la ville : le massacre des Juifs de Blois en 1171. Le premier pogrom en Europe. Restait à trouver celui qui pourrait le raconter. Les recherches conduisent Gilles Chassier jusqu’à John Tolan, historien médiéviste, professeur émérite à Nantes Université et spécialiste des relations entre juifs, chrétiens et musulmans au Moyen Âge. Le titre choisi conserve volontairement une interrogation : 1171, un pogrom oublié ? Le rendez-vous aura exceptionnellement lieu un jeudi, le 18 mars.

Quand les châteaux deviennent décors de cinéma

Entre les deux conférences d’Élisabeth Latrémolière et celle de John Tolan, le programme fera un détour par le septième art. Mardi 16 février, Clément Graminiès et Gautier Mergey interviendront à deux voix sur Les châteaux de la Loire au cinéma. Depuis les débuts du cinéma, les demeures ligériennes ont servi de décors naturels, de châteaux imaginaires ou parfois de substituts à d’autres monuments. Cette conférence aura un prolongement quelques jours plus tard aux Lobis, avec une séance programmée samedi 20 février à 14 heures autour de Peau d’Âne. Le film de Jacques Demy appartient précisément à cette histoire cinématographique des châteaux de la Loire, avec notamment Chambord parmi ses décors.

Marie-Madeleine pour refermer la saison

Dernier rendez-vous, mardi 13 avril : Brigitte Poitrenaud-Lamesi reviendra à Blois avec Femme en cheveux. Parcours iconographique de la figure de Marie-Madeleine. La chercheuse était déjà venue évoquer les femmes peintres italiennes de la Renaissance. Cette fois, elle suivra les métamorphoses de Marie-Madeleine dans l’art, figure religieuse dont la représentation s’est construite et transformée au fil des siècles. Son propos prendra notamment appui sur une œuvre conservée au Château royal de Blois.

De Claude de France à Marie-Madeleine, de Napoléon aux persécutions antijuives du Moyen Âge, la saison fait donc volontiers le grand écart. C’est précisément ce que recherche Gilles Chassier. Le château n’est pas utilisé comme une frontière thématique mais comme un point d’ancrage. Une personnalité passée par Blois, une rue, un tableau, une collection ou un monument peuvent suffire à ouvrir une histoire beaucoup plus vaste. Et la suivante se prépare déjà : avant même l’ouverture de cette saison 2026-2027, Gilles Chassier commence à explorer quelques pistes pour 2027-2028.


Les huit conférences de la saison 2026-2027

15 septembre 2026 — Élisabeth Latrémolière : Claude de France, une reine des prunes pour l’Histoire ?
20 octobre 2026 — André Bendjebbar : L’impératrice Marie-Louise et la régence de Blois, 1810-1815
17 novembre 2026 — Gabriel Darriulat : L’abolitionnisme chrétien de l’abbé Grégoire
15 décembre 2026 — Jean-Sylvain Caillou : Les destructions des châteaux de Blois, Chambord et Montfraut au début du XIXe siècle, d’après les dessins de Constant Bourgeois
19 janvier 2027 — Élisabeth Latrémolière : Diane de France, fille d’Henri II, femme de pouvoir oubliée
16 février 2027 — Clément Graminiès et Gautier Mergey : Les châteaux de la Loire au cinéma
18 mars 2027 — John Tolan : 1171, un pogrom oublié ?
13 avril 2027 — Brigitte Poitrenaud-Lamesi : Femme en cheveux. Parcours iconographique de la figure de Marie-Madeleine

Les conférences ont lieu à 18 heures, généralement le mardi, à l’auditorium Samuel-Paty de Blois. Pas de réservation. Tarif : 5 euros pour les non-adhérents ; gratuit pour les adhérents et les étudiants.

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