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Au cinéma Les Lobis, Gus Van Sant, Sossai, Bouzid, et un concert très spécial

Au cinéma Les Lobis, la semaine se déploie entre colère cinéphile, fidélités d’auteur et besoin assumé de films qui déplacent, émeuvent ou simplement réconfortent. À travers la sélection présentée par Laëtitia Scherier, directrice du cinéma, se dessine une ligne claire : défendre des œuvres qui ont toutes quelque chose à faire vivre au spectateur. Car derrière les sorties de la semaine, il y a aussi une inquiétude plus large : celle d’un rapport au cinéma de plus en plus conditionné par les verdicts critiques, au détriment de l’expérience sensible. « Les critiques détruisent des films, depuis quelques mois, cela se ressent beaucoup. On l’a constaté avec le film de Claire Denis, et j’ai l’exemple d’une spectatrice qui est sortie bouleversée parce qu’elle a trouvé le film magnifique. Aujourd’hui, trop de gens ne vont qu’au cinéma que pour prendre une grosse claque ou voir un film incroyable, le film potentiellement de l’année. J’espère que certains vont retrouver de la curiosité », observe-t-elle.

Gus Van Sant, ou le plaisir du spectateur

C’est dans cet état d’esprit qu’elle défend d’abord La Corde au cou, le nouveau film de Gus Van Sant, absent des écrans depuis 2018. Laëtitia Scherier ne prétend pas tenir là son chef-d’œuvre absolu. Elle dit même très clairement : ce n’est pas son meilleur film. Mais la question, à ses yeux, n’est pas là. La vraie question est celle du « plaisir de spectateur », du désir de découverte, de cette joie très simple que peut encore produire une œuvre sur grand écran, même traversée d’imperfections.

Le film s’inspire d’un fait réel : la prise d’otage de Tony Kiritsis en 1977, événement largement médiatisé aux États-Unis, suivi presque en direct comme un feuilleton national. Gus Van Sant en fait un objet hybride, à la fois thriller, satire médiatique et drame social. Ce qui intéresse particulièrement la directrice des Lobis, c’est l’ambiguïté du personnage principal, constamment suspendu entre folie, désespoir et revendication politique. « Le propos du film, c’est : est-ce que le protagoniste principal est un criminel ou est-ce que c’est une victime du système ? »

Le film repose entièrement sur cette zone grise, sur cette hésitation morale que Van Sant ne tranche jamais frontalement. La mise en scène, plus classique que dans Elephant, Gerry ou Last Days, n’en reste pas moins tendue, précise, retenue. Et c’est justement cette retenue qui, selon elle, le rend plus accessible sans le vider de sa force. Laëtitia Scherier parle de gros coup de cœur de la semaine. « J’espère que le public sera au rendez-vous ».

Le Dernier pour la route, un film qui fait du bien

Autre film défendu cette semaine : Le Dernier pour la route, deuxième long métrage du réalisateur italien Francesco Sossai, vu à Cannes dans la sélection Un certain regard l’an dernier. Il ne s’agit pas cette fois d’une sortie nationale, mais d’un rattrapage que Laetitia Scherier tenait absolument à rendre possible.

Le film suit deux hommes lancés dans un voyage sans véritable destination, dans cette Italie du Nord où les paysages se transforment, où les campagnes ne sont plus tout à fait des campagnes, mais pas encore complètement autre chose. Une rencontre avec un étudiant en architecture, inspirée d’une anecdote vécue par le réalisateur, devient le point de départ d’un récit plus ample sur la perte de repères, le vieillissement, les mondes qui s’effacent.

Ce que Laetitia Scherier retient surtout, c’est le ton : une comédie dramatique délicate, sans outrance, sans grands effets, avec de longs plans, une vraie attention aux visages et aux paysages, et une manière de filmer les existences comme des trajectoires incertaines. « C’est un film qui fait du bien », résume-t-elle. Et dans sa bouche, cela n’a rien d’un compliment mineur. Au contraire : elle insiste sur le besoin très actuel de films capables de faire du bien sans renoncer à leur exigence.

Les Contes du pommier, un deuil traversé par l’imagination

Dans la programmation jeune public, Les Contes du pommier occupe une place à part. Le point de départ est simple : trois enfants, une nuit chez leur grand-père, et l’absence de la grand-mère, qui était jusque-là la grande conteuse de la famille. À partir de cette perte, les enfants commencent à inventer eux-mêmes des histoires. Le film explore alors, avec beaucoup de délicatesse, la transmission, la vieillesse, le deuil, mais aussi la puissance de l’imaginaire comme réponse à ce qui manque.

La singularité du projet tient aussi à sa fabrication. Réalisé en stop motion, avec des personnages et des décors faits à la main, il se situe loin des standards dominants de l’animation numérique. Laetitia Scherier insiste sur cette dimension plastique. Les marionnettes, d’une vingtaine de centimètres de haut, donnent au film une matérialité, une douceur visuelle qui accompagne parfaitement son propos.

Le livre qui a inspiré une partie du projet est signé de l’auteur tchèque Arnošt Goldflam, qui l’avait conçu comme une manière de laisser quelque chose derrière lui, en abordant des questions que les enfants posent souvent sans pouvoir toujours les nommer : la perte, le temps, l’absence. Le film, lui, parvient à transformer cette matière en objet lumineux, traversé d’espoir malgré son point de départ mélancolique.

À côté de ces sorties, Laetitia Scherier réactive également Le Parfum de la carotte, après le grand succès de la dernière « fête des Marmots » aux Lobis.

Un concert très spécial

La semaine comprend aussi un temps fort hors cinéma, mais pleinement inscrit dans la vie culturelle blésoise : le concert caritatif de Suzanne et Jako, organisé pour soutenir la compagnie de danse Azoth et participer à la sauvegarde de ses locaux à Vineuil (lire ici). Pour Laetitia Scherier, il allait de soi que les Lobis prennent part à cet élan. Elle dit son attachement au festival Blois Danse, porté par Jonathan Breton et son équipe, à leur compétence, à leur engagement, à l’importance du travail mené toute l’année.

À voix basse, en avant-première

Enfin, mardi prochain, les Lobis accueilleront en avant-première À voix basse de Leyla Bouzid, troisième long métrage de la réalisatrice tunisienne. Le film suit une jeune femme revenue en Tunisie pour les funérailles de son oncle, mort dans des circonstances obscures. Très vite, son retour prend la forme d’une enquête intime, contre les non-dits familiaux, contre les silences, contre une société profondément homophobe.

Laetitia Scherier insiste sur la force politique du film, mais aussi sur son intensité émotionnelle et sur la qualité de son ensemble d’actrices. Là encore, le cinéma se fait lieu de dévoilement : ce qui était tu remonte, ce qui était enfoui fracture l’équilibre apparent des familles.

Pour en savoir plus : blois-les-lobis.cap-cine.fr


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