Au Comptoir Irlandais, « Plein les yeux » fait grandir la scène street art

La deuxième édition de « Plein les yeux » s’est tenue samedi 18 juillet 2026 devant le Comptoir Irlandais, rue Denis-Papin à Blois. Près d’une trentaine d’artistes, venus de plusieurs régions françaises, ont présenté leurs créations, investi les murs et invité le public à participer. Une rencontre née presque par hasard, lors d’une Saint-Patrick particulièrement pluvieuse.
-Il fallait lever les yeux. Au-dessus de la devanture du Comptoir Irlandais, les œuvres semblaient gagner progressivement la façade : personnages, fleurs, animaux, compositions en pixel art, collages et courts messages graphiques se répondaient autour des fenêtres. Un peu plus loin, dans les degrés voisins, d’autres créations avaient trouvé place sur les murs.

Au pied du commerce, situé au 48, rue Denis-Papin, tables, chevalets, bombes de peinture et petites toiles composaient une galerie à ciel ouvert. Des artistes travaillaient, présentaient leurs productions ou échangeaient avec les passants. D’autres œuvres, déjà achevées, étaient proposées à la vente.

Une rencontre née sous la pluie
À l’origine, « Plein les yeux » n’était pas encore conçu comme un festival. Le projet est né au mois de mars 2025, à l’occasion de la Saint-Patrick traditionnellement organisée par le Comptoir Irlandais. Des street artistes venus de Nantes et de Paris avaient alors fait le déplacement. Mais la météo, entre pluie, vent et fraîcheur, leur avait laissé peu de possibilités pour mener à bien les interventions artistiques envisagées. « Ils ont pris du plaisir pendant la soirée, mais ils n’ont pas pu faire ce qu’ils voulaient sur le plan artistique », raconte François, patron du Comptoir. Les artistes avaient alors lancé une idée toute simple : « Pourquoi vous ne faites pas cela aux beaux jours ? » La proposition a fait son chemin. Les organisateurs pensaient d’abord réunir quatre, cinq ou six artistes dans un format volontairement restreint. Une dizaine avait finalement participé à la première édition. « C’est parti d’un événement complètement banal, une Saint-Patrick trop pluvieuse, trop froide et trop fraîche », résume François. Le succès de cette première rencontre et les retours des artistes ont convaincu la boutique de poursuivre l’aventure.

Près d’une trentaine d’artistes
Un an plus tard, l’événement a changé d’échelle, avec près d’une trentaine de street artistes venus de Caen, Nantes, Angers, Paris ou Alès. Certains participants de 2025 sont revenus, parmi lesquels Émile Bernet, bien connu à Blois [lire ici]. Le recrutement s’est effectué à travers les réseaux sociaux, les contacts déjà établis et le bouche-à-oreille. Au mois de mai, après un premier travail préparatoire, les organisateurs ont diffusé un appel auprès des artistes qu’ils connaissaient. « De fil en aiguille, le mot s’est transmis », explique François. Cette diversité géographique se retrouvait dans les pratiques présentées : collages, pochoirs, dessins, peinture, jeux typographiques, détournements de panneaux, petits formats sur toile ou interventions directement installées sur les murs.

Des mots, des corps et des détournements
Parmi les créations visibles, Le Barbu présentait notamment des collages consacrés aux corps nus. Sur l’un d’eux, une femme accompagne la phrase : « Je connais tous les pas. Les siens faisaient moins de bruit que les autres. » François revendique son intérêt pour cette approche du corps, qu’il estime sensible et esthétique, loin d’une recherche de provocation gratuite. « Il n’y a rien de pornographique, c’est beau », juge-t-il.

Autre univers, celui d’AKOMAUX, qui détourne les mots, les codes de la signalétique et certaines expressions liées à Blois. Ses créations portaient notamment les formules « Le doute m’abrite », « Être haut à Blois » ou encore « Blésois sauvages », inscrite sous la silhouette d’une oie représentée sur un panneau de signalisation. François apprécie particulièrement ces jeux de langage et cette manière de s’approprier les surfaces urbaines. « Il fait des choses magnifiques, beaucoup sur pochoirs. Il s’approprie des murs, des trottoirs, avec des jeux de mots que je trouve géniaux », souligne-t-il.

Un grand dessin imaginé par July Bubble invitait les visiteurs à « donner vie au chat volant ». Sur la façade du Comptoir Irlandais, une composition florale réalisée en collaboration par Amélie et Angélique (alias « On pleure on pissera moins ») associait des fleurs en croissance à un petit personnage. Le tout, accompagné de la musique « vinyle » diffusée par Angélique Cormier.
« Il suffit de lever un peu le regard »
Pour François, l’intérêt du street art tient d’abord à sa liberté d’expression et à son accessibilité. Contrairement aux œuvres présentées dans un espace culturel fermé, l’art de rue se place directement sur le chemin du passant. « L’art de rue a le mérite de pouvoir interpeller les gens », explique-t-il. « Il suffit juste de lever un peu le regard, d’ouvrir les yeux, de lire ou de contempler un dessin pour comprendre le message qui va être passé par l’artiste. » Cette liberté n’exclut pas, à ses yeux, une forme de responsabilité. « Je n’aime pas ce qui est haineux. Je pense qu’il y a des moyens de faire passer des messages à travers de beaux dessins, à travers des textes bien ficelés et bien pensés. » L’intitulé « Plein les yeux » prend alors tout son sens. Avant même la fin de la journée, certains participants se projetaient déjà vers une nouvelle édition. « On nous parle déjà de la troisième l’année prochaine », rapporte François.


