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Cette semaine aux Lobis : L’Aventure rêvée, Comète, The Last Viking, Chihiro et deux comédies cultes

Dernière semaine avant la fermeture annuelle du cinéma Les Lobis. Avant la pause estivale, du 22 juillet au 18 août inclus, Laëtitia Scherier, directrice du cinéma blésois, présente une programmation particulièrement variée : trois sorties nationales, la suite du cycle Ghibli avec Le Voyage de Chihiro, et deux comédies romantiques devenues cultes dans le cadre du cycle rétro. « Il y en a vraiment pour tout le monde », résume Laëtitia. Thriller politique aux frontières de l’Europe, fresque chorale parisienne, comédie noire danoise, grand classique de Miyazaki et comédies romantiques patrimoniales : la semaine joue pleinement la diversité.

L’Aventure rêvée : aux marges de l’Europe

Première sortie nationale de la semaine : L’Aventure rêvée, troisième long métrage de Valeska Grisebach. La réalisatrice allemande reste encore peu connue du grand public, mais elle est déjà bien identifiée par les cinéphiles. Son précédent film, Western, abordait déjà la question des frontières et avait été sélectionné à Cannes dans la section Un Certain Regard. Avec L’Aventure rêvée, la cinéaste a franchi un nouveau cap : le film était présenté cette année en compétition officielle et en est reparti avec le Prix du Jury. Pour Laëtitia Scherier, cette récompense est méritée, même si le film demeure « un objet assez singulier ».

Le point de départ peut évoquer un thriller. Une archéologue mène des fouilles avec son équipe lorsqu’elle renoue avec un ami d’enfance. Elle se retrouve peu à peu entraînée dans un univers de contrebande et confrontée à un réseau mafieux. Mais le film dépasse rapidement la simple mécanique du suspense.

Le récit se déploie dans une région frontalière entre la Bulgarie, la Grèce et la Turquie. Un territoire de circulation, parfois proche du no man’s land, où transitent des marchandises, mais aussi des personnes migrantes. Le film aborde donc également la question migratoire et la manière dont les personnes exilées sont considérées ou traitées dans ces espaces de marge.

Valeska Grisebach laisse au spectateur le temps de recomposer peu à peu les liens entre les personnages, les rapports de force, les enjeux politiques et les tensions historiques qui traversent le territoire. Le film dure 2h40, et cette durée participe de son geste : faire sentir un monde, ses strates, ses silences, ses violences. « Elle n’est pas du tout didactique pour autant », souligne Laëtitia Scherier. La réalisatrice ne mâche pas le travail du spectateur. Elle donne à voir, puis laisse chacun comprendre ce qui se joue.

L’archéologie occupe une place centrale dans le film. Le personnage principal déterre réellement des objets, mais ce geste devient aussi une métaphore. Fouiller le sol, c’est faire remonter une mémoire enfouie : anciens réseaux de contrebande, guerres passées, héritages du communisme, blessures historiques jamais refermées. Tout cela continue d’agir sur les personnes qui vivent aujourd’hui dans cette région.

Cette dimension historique se double d’un regard sociologique. Le film décrit un territoire marqué par des rapports sociaux très patriarcaux. La violence irrigue les relations, les échanges, les silences, les corps. Laëtitia Scherier insiste sur le fait que Valeska Grisebach ne transforme pas son héroïne en figure spectaculaire venue résoudre les conflits. Elle préfère montrer que le courage peut prendre d’autres formes : la patience, la persévérance, la capacité à tenir, à rester, à regarder. L’Aventure rêvée devient ainsi une fresque sur les marges de l’Europe contemporaine. Un film exigeant, parfois déroutant, mais fascinant par sa manière de révéler ce qui, dans un territoire, continue de modeler le présent.

Comète : une nuit dans Paris, des vies qui se croisent

Deuxième sortie nationale : Comète, nouveau film d’Élie Wajeman. Le cinéaste, connu notamment du grand public pour Médecin de nuit, retrouve ici Vincent Macaigne dans un film construit comme une fresque chorale.

Le récit se déroule durant une nuit particulière : une comète traverse le ciel de Paris. Elle devient un fil invisible, un événement qui relie plusieurs destins et donne aux personnages l’occasion de se regarder autrement.

Laëtitia Scherier décrit le film comme une déambulation dans Paris. Les personnages sont d’abord suivis séparément, puis leurs histoires se rapprochent, se croisent, glissent les unes vers les autres. Peu à peu, les liens se révèlent : liens entre générations, entre manières d’habiter la ville, entre solitudes, désirs, blessures ou inquiétudes.

La comète agit comme un révélateur. Elle rappelle aux personnages l’immensité du monde, la fragilité des existences individuelles, la petitesse de certaines préoccupations face à ce qui nous dépasse. Le film prend alors une dimension plus philosophique : quelle est la place de l’être humain dans le monde ? Que deviennent nos peurs, nos amours, nos angoisses, lorsqu’un événement cosmique vient tout remettre à l’échelle ? Mais Comète ne se limite pas à cette idée. Les histoires séparées demeurent très humaines. Le film aborde la romance, la santé mentale, les relations familiales, les rencontres et les solitudes urbaines. Pour Laëtitia Scherier, c’est avant tout une fresque humaine, où Paris devient un espace traversé par des vies qui finissent par se répondre.

The Last Viking : le coup de cœur déjanté de la semaine

Troisième sortie nationale, et coup de cœur de Laëtitia Scherier : The Last Viking, d’Anders Thomas Jensen. Le film, interdit aux moins de 12 ans, n’est pas un film d’horreur, mais il relève clairement d’une forme de cinéma de genre. Le réalisateur danois signe ici son sixième long métrage et retrouve pour la sixième fois Mads Mikkelsen. L’acteur, désormais bien connu du grand public, a beaucoup tourné à l’international, mais il reste aussi associé au cinéma danois, notamment à Thomas Vinterberg, avec La Chasse et Drunk.

Dans The Last Viking, un homme sort de prison après quinze ans de détention pour un braquage qui a mal tourné. Il n’a qu’une idée en tête : récupérer son butin. Le problème, c’est que la seule personne qui connaît la cachette est son frère. Or l’état psychique de celui-ci s’est profondément dégradé pendant ces quinze années. Il est désormais convaincu d’être la réincarnation de John Lennon. À partir de cette situation, le film entraîne les deux frères dans une quête rocambolesque, une sorte de road trip absurde et tragique. « C’est un mélange d’humour noir et de tragédie », résume Laëtitia Scherier.

Le film pourrait se contenter de son étrangeté. Il va plus loin. Derrière la comédie noire, Anders Thomas Jensen propose une réflexion sur la différence, la santé mentale, l’identité et le besoin fondamental d’être accepté tel que l’on est. Il interroge aussi la notion de normalité : qui décide de ce qui est normal ? Comment les personnes exclues peuvent-elles construire leur propre communauté ? Laëtitia Scherier insiste sur le fait que le film ne juge jamais ses personnages. Il les montre dans leurs failles, leurs bizarreries, leurs excès, sans les réduire à cela. Plus le récit avance, plus il va loin, sans pour autant se disperser. « C’est un film complètement déjanté », dit-elle, mais un film dont la fin lui paraît particulièrement intelligente, parce qu’elle donne une profondeur nouvelle à tout ce qui précède.

Le Voyage de Chihiro : Miyazaki au sommet

Le cycle Ghibli continue de très bien fonctionner aux Lobis. Cette semaine, place au sixième titre du cycle : Le Voyage de Chihiro, de Hayao Miyazaki. Réalisé en 2001 et sorti en France en 2002, le film est devenu l’un des grands phénomènes culturels du cinéma d’animation. À l’époque, Miyazaki est déjà considéré comme l’un des plus grands cinéastes d’animation, mais Le Voyage de Chihiro franchit un seuil supplémentaire. Le film reçoit l’Ours d’or à Berlin en 2002, puis l’Oscar du meilleur film d’animation en 2003. Pour Laëtitia Scherier, le film fait partie de ces œuvres qui rappellent qu’un film d’animation, et a fortiori un dessin animé, n’est pas réservé au jeune public.

Le récit suit Chihiro, une petite fille de 10 ans qui déménage avec ses parents. En traversant un tunnel, la famille bascule dans un monde peuplé d’esprits, de divinités et de créatures fantastiques inspirées du folklore japonais. Très vite, Chihiro se retrouve séparée de ses parents et doit apprendre à survivre dans cet univers étranger. Comme souvent chez Miyazaki, l’aventure n’est pas une fin en soi. Le merveilleux permet de parler du monde, des peurs, des désirs, du passage de l’enfance vers l’adolescence, puis vers l’âge adulte. Le film contient aussi une critique très nette de la société de consommation et de la mauvaise répartition des richesses. Mais il reste avant tout un récit d’initiation. Chihiro apparaît d’abord comme une enfant craintive, parfois capricieuse. Peu à peu, elle apprend à faire confiance à ses propres ressources. Elle découvre sa capacité à agir, à comprendre, à aider, à tenir.

Le film sera proposé en VF et en VO. Pour une première découverte, la directrice des Lobis le recommande plutôt à partir de 10 ou 11 ans. Certaines séquences peuvent impressionner les plus jeunes, notamment la disparition momentanée des parents de Chihiro, qui peut réveiller des peurs très fortes chez les enfants.

Quand Harry rencontre Sally : la comédie romantique américaine par excellence

Le cycle rétro se poursuit également. Après une belle fréquentation autour de Stand by Me et Vol au-dessus d’un nid de coucou, Les Lobis passent à une semaine plus légère, consacrée aux comédies romantiques.

Premier film : Quand Harry rencontre Sally, de Rob Reiner, sorti en 1989. Le film est souvent présenté comme la comédie romantique américaine par excellence. Mais derrière sa légèreté apparente, Laëtitia Scherier y voit une réflexion très fine sur le temps qui passe, l’amitié, les relations entre les hommes et les femmes, et la manière dont les sentiments évoluent. À la fin des années 1980, le film participe aussi au renouvellement de la comédie romantique hollywoodienne. Cette réussite doit beaucoup au scénario de Nora Ephron, qui réalisera ensuite Nuits blanches à Seattle et Vous avez un mess@ge, deux autres films importants du genre.

L’intelligence de Quand Harry rencontre Sally tient à sa manière de regarder les hésitations, les rendez-vous manqués, les maladresses des débuts amoureux. Les personnages ne tombent pas amoureux au premier regard. Ils apprennent d’abord à se connaître, à s’agacer, à se manquer, à revenir l’un vers l’autre. Leur histoire se construit avec le temps et la patience.

Le duo formé par Billy Crystal et Meg Ryan participe largement à la magie du film. Lui incarne un homme cynique, terrorisé par l’échec sentimental et protégé par son humour. Elle joue une femme organisée, perfectionniste, très précise dans sa manière d’être au monde. Leur opposition nourrit la comédie, mais aussi la justesse du récit. Plus de trente-cinq ans après sa sortie, le film reste d’une grande modernité dans son observation des comportements amoureux. Certains spectateurs des Lobis ont déjà confié qu’ils l’attendaient avec impatience, parfois pour le revoir vingt ans après une première découverte.

Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain : Paris, solitude et petits gestes

Pour accompagner Quand Harry rencontre Sally, Les Lobis proposent aussi Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet. Laëtitia Scherier le présente comme l’une des grandes comédies romantiques françaises.

Sorti en 2001, le film a été un immense phénomène, avec plus de 8 millions d’entrées en France. Il est devenu l’un des plus grands succès internationaux du cinéma français de cette décennie. Au-delà des chiffres, il a réussi à réunir un public très large autour d’une proposition visuellement forte, populaire et singulière.

Jean-Pierre Jeunet avait déjà réalisé Delicatessen, La Cité des enfants perdus et Alien, la résurrection. Fort de cette expérience, notamment technique, il revient avec un film plus intime, centré sur une jeune femme solitaire qui décide, discrètement et de manière altruiste, d’améliorer la vie des personnes qui l’entourent.

Le film parle de la peur d’aimer, de la solitude, mais aussi du pouvoir des petits gestes. Chez Amélie, une attention, une idée, une action presque minuscule peut transformer une existence. Le film repose sur cette croyance dans les détails du quotidien, dans les liens indirects, dans ce que chacun peut provoquer sans forcément se mettre en avant.

Audrey Tautou, encore peu connue du grand public à l’époque, devient avec ce rôle une figure emblématique du cinéma français. Le personnage d’Amélie s’impose rapidement dans l’imaginaire collectif, en France comme à l’étranger. Le film a aussi transformé l’image de Montmartre dans le monde entier. On lui a parfois reproché de montrer un Paris idéalisé, sublimé. Laëtitia Scherier rappelle toutefois qu’il s’agit de cinéma, et que le cinéma peut aussi faire rêver. Jean-Pierre Jeunet transforme Paris en décor de conte, avec des plans pensés presque comme des illustrations. La musique de Yann Tiersen participe pleinement à cette identité. L’accordéon, le piano, les motifs mélodiques : impossible de penser au film sans entendre cette bande originale devenue elle aussi très célèbre. Plus de vingt ans après sa sortie, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain reste un film qui fait du bien à revoir. Ce qu’il raconte de la solitude demeure très actuel, tandis que sa foi dans les petits gestes garde une portée intemporelle.


>> Pour en savoir plus : blois-les-lobis.cap-cine.fr


Comme chaque été, Les Lobis fermeront pendant un mois à compter du 22 juillet. Cette coupure permettra de faire du rangement, d’envisager quelques aménagements dans le cinéma et, bien sûr, de prendre un peu de repos. La réouverture est prévue le 19 août, avec la sortie de la Palme d’or. Le cinéma proposera également Soudain, de Ryūsuke Hamaguchi, sorti la semaine précédente.


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