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Enerflux : la CGT rejette l’offre ICM Technologie et reste prudente face à SIRIUS Space

À quelques jours de l’audience du 5 mai devant le tribunal des affaires économiques de Lyon, la CGT Enerflux Blois prend position sur les deux offres de reprise présentées le 21 avril aux représentants du personnel. Le site industriel blésois, placé en redressement judiciaire depuis le 9 décembre 2025, compte encore 180 salariés. Deux candidats sont en lice : ICM Technologie et SIRIUS Space. Mais derrière le soulagement suscité par l’existence même de repreneurs, le syndicat décrit une situation sociale brutale : 93 salariés repris dans l’offre ICM Technologie, 102 à 110 dans celle de SIRIUS Space. Même dans l’hypothèse la moins défavorable, plusieurs dizaines d’emplois sont menacés. Pour la CGT, le débat ne peut pas se limiter à la survie juridique de l’entreprise : il porte désormais sur les conditions sociales et industrielles de cette reprise.

Une réunion de présentation qui a durci les positions

La prise de position syndicale intervient après la présentation des projets de reprise aux élus du CSE, mardi 21 avril, à Blois. Dans un communiqué, la CGT Enerflux indique que les représentants du personnel ont alors pu entendre les deux candidats potentiels : ICM Technologie, d’une part, et SIRIUS Space, d’autre part. C’est à l’issue de cette séquence que le syndicat a choisi de rendre publique son analyse, en alertant « la population et la presse » sur l’avenir des salariés, qu’il estime « gravement menacé » .

Le ton est particulièrement sévère concernant ICM Technologie. La CGT ne se contente pas de critiquer le contenu du projet : elle met aussi en cause les conditions mêmes de la présentation. Le syndicat évoque une intervention marquée, selon lui, par une attitude « agressive, irrespectueuse, méprisante et arrogante » du président de la société, à l’égard des salariés, des représentants du personnel, de l’administratrice judiciaire et du management en place .

Pour les élus CGT, ce point n’est pas secondaire. Dans une procédure de reprise, la relation instaurée avec les représentants du personnel donne aussi une indication sur la manière dont un éventuel repreneur entendrait conduire l’entreprise. Le syndicat estime ainsi que les propos et le comportement observés lors de cette réunion ne démontreraient pas les qualités nécessaires pour reprendre un site comme Enerflux, dont il rappelle les savoir-faire industriels et les compétences humaines.

ICM Technologie : une offre rejetée par la CGT

Sur le fond, la CGT Enerflux formule plusieurs griefs contre l’offre d’ICM Technologie. Le syndicat dénonce une absence de « vision industrielle claire », un manque de garanties concrètes sur la pérennité de l’activité et une structuration jugée insuffisante du projet global .

Mais c’est surtout l’impact social de l’offre qui concentre l’alerte. La proposition d’ICM Technologie porterait sur la reprise de 93 salariés sur 180. Pour la CGT, cette perspective reviendrait à laisser près d’un salarié sur deux sans solution. Le syndicat qualifie cette offre de « socialement destructrice » et juge ses conséquences humaines et économiques « catastrophiques » .

Dans la procédure en cours, les élus du CSE doivent transmettre leur avis au tribunal le 5 mai. La CGT annonce clairement la ligne qu’elle défendra : appeler au rejet de l’offre ICM Technologie et privilégier toute solution alternative qui serait, selon elle, plus respectueuse des salariés et porteuse d’un véritable projet industriel.

SIRIUS Space : une appréciation plus nuancée, mais une inquiétude sociale

Le jugement porté sur SIRIUS Space est plus mesuré. La CGT indique que la présentation de cette offre a été menée dans un esprit « plus constructif ». Le projet ferait apparaître, selon le syndicat, des perspectives stratégiques et ambitieuses de diversification à court et moyen terme pour Enerflux. Cet élément est présenté comme susceptible d’ouvrir une réflexion industrielle plus cohérente.

Mais le communiqué prend soin de ne pas transformer cette appréciation plus favorable en soutien sans réserve. La CGT appelle à rester « vigilants et prudents ». Car, là encore, le volet social reste lourd. L’offre SIRIUS Space prévoirait la reprise de 102 à 110 salariés. Même dans cette hypothèse, plusieurs dizaines de postes seraient supprimés immédiatement.

Le syndicat mentionne aussi des projections à horizon 2028, qui pourraient atteindre 160 à 165 salariés. Mais il insiste sur leur caractère potentiel. Pour la CGT, ces perspectives ne peuvent pas effacer les suppressions d’emplois prévues à court terme. Le problème central demeure donc entier : une reprise peut apparaître plus structurée ou plus prometteuse industriellement, tout en laissant une partie importante des salariés hors du périmètre immédiat.

« Les salariés ne sont pas une variable d’ajustement »

Dans son communiqué, la CGT résume sa position en une formule nette : « Dans les deux cas, que ce soit avec ICM Technologie ou SIRIUS Space, nous faisons face à une casse sociale massive. » Le syndicat ajoute : « Derrière les chiffres, ce sont des vies, des familles, des territoires qui sont directement frappés. Les salarié.es d’ENERFLUX ne sont pas une variable d’ajustement ».

Le communiqué interpelle également les pouvoirs publics. La CGT Enerflux indique poursuivre ses échanges avec eux et demande à l’État, à la Région et au Département d’intervenir « rapidement et concrètement ». Enerflux n’est pas seulement une entreprise en difficulté. C’est aussi un site industriel blésois, avec des compétences, une histoire productive et un impact direct sur l’emploi local.

La prochaine étape se jouera le 5 mai, devant le tribunal des affaires économiques de Lyon. Les élus du CSE devront y faire connaître leur avis sur les offres de reprise. Cet avis ne décidera pas seul de l’issue de la procédure, mais il pèsera dans l’appréciation des projets, notamment sur leurs conséquences sociales et leur crédibilité industrielle. D’ici là, la CGT Enerflux a choisi de placer le débat sur la place publique. Pour le syndicat, la question n’est plus seulement de savoir si Enerflux peut être reprise. Elle est de savoir dans quelles conditions, avec combien de salariés, quelles garanties, et pour quel avenir industriel réel à Blois.


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