Moulin, Quelques mots d’amour et Wild Horse Nine : les films de la semaine aux Lobis

Deux sorties nationales trouvent leur place cette semaine aux Lobis malgré une programmation déjà bien remplie. Laetitia Scherier a tenu à proposer Moulin, le nouveau film de László Nemes, ainsi que Quelques mots d’amour, de Rudi Rosenberg, qui suit une adolescente obsédée par le père qu’elle n’a jamais connu. Lundi prochain, elle défendra en avant-première un véritable coup de cœur : Wild Horse Nine, le nouveau Martin McDonagh.
Les semaines se suivent et les films installés à l’affiche continuent de trouver leur public. Aux Lobis, Le Corset a désormais dépassé les 650 entrées, tandis que Notre Salut poursuit lui aussi sa carrière. Une bonne nouvelle pour la salle, même si ces succès compliquent parfois l’arrivée des nouveautés : lorsqu’un film continue à remplir, il faut lui conserver des séances.
Moulin, un film que Laetitia Scherier tenait à avoir aux Lobis
Le premier est Moulin, de László Nemes, présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes. Le cinéaste hongrois s’était imposé dès son premier long métrage, Le Fils de Saul, Grand Prix à Cannes en 2015 avant de recevoir l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Depuis, Les Lobis ont accompagné son travail, de Sunset à Orphelin. Laetitia Scherier tenait donc à ne pas laisser passer ce nouveau film, même si sa programmation s’est faite dans des conditions inhabituelles : elle n’a pas pu le voir en amont. « Ça me semblait quand même très important d’insister pour l’avoir aussi aux Lobis. Déjà parce que je trouve son réalisateur très talentueux, et surtout pour son sujet politique fort. »

Moulin se concentre sur juin 1943. Jean Moulin, chargé de réunifier les forces de la Résistance, est arrêté. Gilles Lellouche l’interprète face à Lars Eidinger, qui joue Klaus Barbie. Le film s’attache à leur confrontation et aux derniers jours du résistant, soumis à la torture sans livrer ses compagnons. « Au-delà du politique en soi, il y a des valeurs humaines, humanistes, de vivre ensemble. »
Dans Quelques mots d’amour, l’absent prend toute la place
Avec Quelques mots d’amour, Rudi Rosenberg revient au long métrage onze ans après Le Nouveau. Présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, le film nous ramène à Sarcelles en 1995, auprès d’Erika, interprétée par Hafsia Herzi, qui élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaëlle a grandi sans connaître son père. Pour rendre cette absence moins douloureuse, elle s’est convaincue qu’il l’aime quelque part, mais qu’il n’a simplement jamais réussi à le lui dire. En grandissant, cette explication ne lui suffit plus. Le besoin de retrouver cet homme devient de plus en plus pressant : Abigaëlle veut savoir qui il est, mettre un visage sur son absence et comprendre pourquoi il n’a jamais été là. « L’absence de quelqu’un peut occuper une place absolument considérable dans son existence. » Rudi Rosenberg suit cette obsession sur plusieurs années. Le père n’apparaît presque pas et pourtant sa présence fantasmée finit par organiser une partie de la vie de sa fille.

Pour Laetitia, cette quête touche rapidement à quelque chose de plus intime que la seule envie de retrouver un père. Abigaëlle cherche aussi à comprendre d’où elle vient, quelle place elle occupe dans son histoire familiale et pourquoi cet homme a choisi de rester absent. À mesure qu’elle avance, le spectateur sent bien que la rencontre, si elle a lieu, ne suffira sans doute pas à combler tout ce qui s’est construit autour de ce manque. Erika, sa mère, se retrouve alors dans une position particulièrement difficile. Elle connaît une partie des réponses que sa fille réclame et sait qu’elles risquent de lui faire mal. Elle voudrait la protéger, sans pour autant devenir celle qui l’empêche d’aller jusqu’au bout de sa recherche. « Elle est complètement tiraillée entre le besoin de protéger sa fille, au risque de se faire détester, et le fait que le rôle d’une mère, c’est aussi d’accompagner son enfant et de l’aider à trouver des réponses. »
Malgré ce matériau assez douloureux, Quelques mots d’amour garde beaucoup d’humour. Il ne vient pas simplement détendre le spectateur entre deux scènes difficiles. Laetitia y voit plutôt quelque chose de très familier : ces plaisanteries, parfois maladroites, que l’on utilise lorsque la tristesse ou la colère deviennent trop pesantes. « L’humour représente aussi tous les mécanismes de défense qui peuvent se mettre en place quand on se retrouve dans des situations qui nous dépassent. »
Rudi Rosenberg retrouve également ce qui faisait une partie du charme du Nouveau, avec plusieurs comédiens non professionnels autour de ses interprètes principaux. À Cannes, il expliquait d’ailleurs avoir voulu retrouver cette spontanéité, dans un récit cette fois beaucoup plus mélancolique et nourri en partie par sa propre histoire familiale. Laetitia en retient « un très joli film sur la filiation, sur l’amour et sur l’absence ».
Wild Horse Nine, deux agents de la CIA au bout de leur histoire
Les Lobis proposeront lundi 2 novembre une avant-première de Wild Horse Nine, le nouveau film de Martin McDonagh, avant sa sortie nationale le 4 novembre. Un véritable coup de cœur Pour Laetitia Scherier ! Le réalisateur de Three Billboards : Les Panneaux de la vengeance et des Banshees d’Inisherin réunit cette fois John Malkovich, Sam Rockwell, Steve Buscemi, Tom Waits, Parker Posey, Mariana Di Girolamo et Ailín Salas. John Malkovich a reçu pour son rôle la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise.

Le Chili de 1973 sert de toile de fond. Peu avant le coup d’État militaire, deux agents de la CIA, Chris et Lee, sont envoyés sur l’île de Pâques. Ils travaillent ensemble depuis des années, mènent des opérations clandestines et connaissent parfaitement les logiques d’ingérence auxquelles ils participent. Chris commence pourtant à se rapprocher de deux jeunes Chiliennes et laisse filtrer des informations qui auraient dû rester confidentielles. La situation historique compte beaucoup, mais Laetitia a surtout été saisie par ce que Martin McDonagh fait de ses deux personnages vieillissants. « Ils semblent commencer seulement à mesurer réellement le poids de leurs actes, la vieillesse arrivant. »
Le film regarde ainsi deux hommes qui ont passé leur carrière à intervenir dans la vie d’autres pays et à considérer leurs opérations comme un travail parmi d’autres. Avec le temps vient la possibilité d’un bilan, et peut-être le désir tardif de croire qu’une forme de rédemption reste encore accessible. Laetitia se montre beaucoup moins convaincue que ses personnages. « Le véritable sujet du film, c’est la confrontation tardive entre le fait d’avoir passé toute sa vie professionnelle à exercer la violence, le contrôle et l’ingérence, et la possibilité, à mon sens totalement illusoire, d’une forme de rédemption. »
Martin McDonagh conserve son humour noir. Chris et Lee peuvent évoquer avec une désinvolture presque comique des événements dont les conséquences ont pourtant été dramatiques. Le choix pourrait paraître déplacé s’il ne révélait justement quelque chose de leur rapport au monde. « Ça montre à quel point les gens peuvent être complètement aveugles sur les répercussions de leurs actions. » Plutôt que d’adopter le point de vue des victimes ou des opposants au régime à venir, le réalisateur reste auprès de ces deux hommes. Laetitia a aimé ce déplacement, précisément parce qu’il oblige à regarder l’aveuglement de l’intérieur. L’île de Pâques apporte au film une ampleur visuelle inattendue. Les grandes étendues, les silhouettes isolées et la manière de placer les personnages dans le paysage ont parfois évoqué le western à la programmatrice. Elle ne cache pas son enthousiasme : « Voilà, un coup de cœur de la semaine. Je suis très contente de pouvoir le proposer en avant-première. »

Avec Élève !, entrer réellement dans une classe
Le lendemain, changement d’échelle et de décor. Mardi 3 novembre à 20 h 30, le SNES-FSU 41 proposera aux Lobis un ciné-débat autour du documentaire Élève ! de Clara Bouffartigue et Françoise Davisse. Cette dernière participera à la rencontre avec le public. Les réalisatrices ont suivi pendant plusieurs mois trois classes, du CM2 à la 6e, dont une SEGPA. Elles observent les élèves au travail, leurs hésitations, leurs échanges et la manière dont les enseignants construisent leurs cours et accompagnent les apprentissages. La caméra s’attarde sur tout ce qui se joue dans une classe et qui demeure généralement invisible lorsque le débat sur l’école se réduit aux programmes, aux résultats ou aux réformes. « C’est un métier d’enseignement, mais c’est aussi un métier de transmission. La relation entre les enseignants et les élèves, cette relation de confiance et d’accompagnement, est absolument fondamentale. » Le documentaire s’intéresse notamment à la préparation des enseignants, à leurs choix pédagogiques et à la manière dont un groupe apprend progressivement à chercher, discuter, se tromper et recommencer.
Une heure de cinéma, ou presque, avant de prolonger le sujet avec ceux qui enseignent, ceux qui filment leur travail et ceux qui auront simplement envie d’en parler.
>> plus d’informations :blois-les-lobis.cap-cine.fr


