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Carole Sicard : « C’est reposant d’être soi »

Après dix-sept années dans l’accompagnement professionnel, Carole Sicard élargit aujourd’hui sa pratique à une dimension plus personnelle. Son point de départ est simple : derrière une fatigue, une perte de sens ou une envie de reconversion se cache parfois un décalage plus profond entre ce que l’on est et ce que l’on s’est habitué à être. Avec ses bilans de compétences et son nouveau parcours « Revenir à soi », elle propose de travailler sur cet écart, sans promettre de solution toute faite ni se substituer à un suivi psychologique.


« Je suis épuisée de m’adapter aux attentes des autres. » La phrase lui a été confiée récemment par une femme venue se renseigner sur son accompagnement. Pour Carole Sicard, elle résume une situation qu’elle rencontre régulièrement : des personnes qui continuent d’avancer, travaillent, assument leur vie familiale et leurs responsabilités, mais finissent par ne plus très bien savoir ce qui, dans cette existence organisée, leur correspond réellement.

Un homme qu’elle a accompagné lui avait formulé le problème autrement. À l’issue du travail mené ensemble, il lui avait dit : « Carole, c’est reposant d’être soi. » La phrase est restée. Elle est même devenue l’un des points d’appui de l’offre personnelle que Carole Sicard développe désormais en parallèle de son activité d’accompagnement professionnel. Car, pour elle, le sujet touche à quelque chose de plus profond : la distance qui peut s’installer entre ce que l’on est et ce que l’on a appris à montrer, à faire ou à accepter.

Quand savoir faire ne suffit pas

Cela fait donc dix-sept ans que Carole Sicard travaille dans l’accompagnement. Elle préfère d’ailleurs aujourd’hui ce terme à celui de « coaching », devenu selon elle trop large. « L’accompagnement, pour moi, c’est vraiment être aux côtés des gens », explique-t-elle. Une partie de son activité demeure strictement professionnelle avec les bilans de compétences réalisés selon la Méthode Cohérence. Mais elle revendique une approche particulièrement approfondie : plutôt que de commencer par le CV, les qualifications ou les possibilités de reconversion, elle dit partir d’abord de la personne. Son constat repose sur une distinction qu’elle juge essentielle : « Les gens savent faire, ce n’est pas le souci. Mais parfois, ils savent faire des choses qui les épuisent. »

Elle prend l’exemple très parlant de l’évolution hiérarchique. Un salarié maîtrise son métier, obtient de bons résultats, puis se voit proposer un poste de manager. Sur le papier, la promotion semble aller de soi. Mais elle peut aussi l’éloigner de ce qui faisait précisément son engagement dans le travail. Progresser signifie-t-il forcément monter dans la hiérarchie ? Selon elle, non.

Carole Sicard évoque ainsi le cas d’une personne très à l’aise dans une activité manuelle, peu à peu éloignée de son savoir-faire pour se consacrer à d’autres tâches. Même décalage pour quelqu’un qui aime travailler seul, dans le calme, mais que ses nouvelles fonctions contraignent à multiplier les interactions du matin au soir. On peut être parfaitement compétent dans un rôle et, malgré tout, s’y épuiser.


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Le travail, parfois seulement révélateur

Beaucoup viennent d’abord avec ce qu’ils pensent être un problème de travail : une fatigue qui s’installe, l’envie de changer d’air, le sentiment que quelque chose ne tient plus. « Elles pensent que c’est le travail parce que c’est là qu’elles passent le plus de temps dans la journée », observe Carole Sicard. Très vite pourtant, le malaise déborde le cadre professionnel. Il touche à l’éducation, aux routines, aux attentes. À force de composer, de répondre présent, de tenir les rôles attendus, certains finissent par ne plus savoir ce qui leur appartient vraiment. Et une question : qu’est-ce que j’aime, moi ? Carole Sicard raconte que certaines personnes restent décontenancées lorsqu’elle la formule. « On ne m’a jamais posé la question », lui répondent-elles parfois.

L’experte parle alors de personnes qui fonctionnent « en mode robot », absorbées par la succession des journées et des obligations. Son accompagnement vise à remettre de l’attention sur les ressentis, les besoins ou les émotions : non pas pour éliminer toute adaptation à la réalité, mais pour distinguer ce qui est choisi de ce qui est subi. « On peut s’adapter en se respectant soi-même », résume-t-elle.

Se réaligner sans sauter dans le vide

Reste une objection évidente : une vie ne se réorganise pas uniquement en fonction de ce que l’on aimerait être. Il y a le salaire, le logement, parfois les enfants, les engagements déjà pris, et ce besoin de stabilité qui pèse dans toute décision. Carole Sicard ne l’ignore pas. Ce qu’elle conteste, c’est l’idée qu’un changement doive forcément passer par une rupture nette. Un projet peut mûrir pendant deux, trois ou quatre ans. Elle cite par exemple le slashing, qui consiste à faire coexister plusieurs activités. « Pourquoi “ou” ? Pourquoi pas “et” ? » Revenir à soi, dans cette logique, ne veut donc pas forcément dire faire de sa passion un métier, mais lui redonner une place réelle dans sa vie.

Une expérience qu’elle a elle-même traversée

Carole Sicard peut aussi s’appuyer sur sa propre histoire. Avant de se tourner vers l’accompagnement, elle a travaillé quinze ans dans la restauration, jusqu’à devenir manager. Elle y a connu de l’intérieur cette progression hiérarchique qu’elle questionne aujourd’hui : la reconnaissance, la confiance accordée, le salaire qui augmente, puis des responsabilités de plus en plus éloignées de ce qui lui correspondait réellement. Le parcours s’est terminé par un burn-out, suivi d’une dépression, dont elle dit avoir mis près d’un an à se relever. Sa reconversion lui a permis de mettre des mots sur ce qui, dans ses fonctions passées, l’animait vraiment : non pas la position hiérarchique, mais l’accompagnement des personnes. Le changement n’a rien eu d’immédiatement confortable. Elle estime avoir perdu environ la moitié de son salaire au début de sa reconversion. Une expérience qu’elle utilise aujourd’hui pour rappeler aux personnes qu’elle accompagne qu’une réorientation peut être progressive. « L’idée, ce n’est pas de sauter dans le vide. »

Une frontière clairement posée avec la psychothérapie

Carole Sicard tient à poser une limite nette : elle n’est pas psychothérapeute. Son accompagnement peut tenir compte de ce qui s’est joué auparavant, mais sans chercher à en faire l’analyse. « Je vais prendre connaissance de l’avant, mais je vais surtout voir, très pragmatiquement, ce qu’on en fait pour l’après. » À Blois, elle travaille d’ailleurs en complémentarité avec une psychothérapeute et dit orienter certaines personnes lorsqu’elle estime qu’un travail psychologique doit précéder le sien. « Comme c’est un accompagnement qui bouscule quand même, parce qu’on va en profondeur, l’idée n’est pas de mettre les gens mal. » Elle ne promet pas davantage un résultat déterminé : le parcours dépend du rythme de chacun, de son implication et de ce qui peut survenir en chemin.

Entre méthode, expérience et intuition

Sa pratique laisse aussi une place à l’intuition. Carole Sicard se décrit pourtant comme quelqu’un de rationnel. Avec le temps, elle dit avoir appris à ne plus écarter certaines impressions immédiates lorsqu’elles surgissent en séance. Elle utilise également, de façon ponctuelle, des oracles comme support de réflexion, lorsqu’ils permettent selon elle d’ouvrir une autre lecture d’une situation ou d’un ressenti. Une part plus subjective de son approche, qu’elle assume désormais aux côtés de son expérience et de ses outils. « Chaque personne est unique. À chaque fois, c’est une nouvelle histoire qui se crée. »

« Changer de lunettes »

Quand on lui demande si l’accompagnement débouche nécessairement sur un changement de cap, Carole Sicard tempère. Changer ne signifie pas toujours changer de métier, d’entreprise ou de vie. Cela peut aussi consister à comprendre ce qui épuise, à poser une limite, à réorganiser son quotidien, à renouer avec une activité laissée de côté ou simplement à regarder autrement une situation. Elle résume cette évolution par une image : « Ils ont changé de lunettes. »


Pour en savoir plus :
Carole Sicard — Oser Être 📞 06 61 56 93 09
Accompagnante en transformation et alignement de vie à Blois
Bilan de compétences : Méthode Cohérencemethode-coherence.com


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