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Benjamin Salesse : « On ne doit plus laisser passer le racisme décomplexé »

Nouveau secrétaire départemental du Parti communiste français en Loir-et-Cher, Benjamin Salesse ne découvre ni le militantisme ni le territoire. Adhérent au PCF depuis 1992, ancien conseiller municipal à Monteaux, syndicaliste, il prend aujourd’hui davantage de responsabilités dans une période qu’il juge lourde de dangers mais aussi de possibilités politiques. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, il aura notamment la charge d’organiser dans le département la campagne de Fabien Roussel.

Le 20 juin, Benjamin Salesse a pris la tête de la fédération du PCF de Loir-et-Cher à l’issue du congrès départemental, élu à l’unanimité. Une situation dont il s’amuse : « Ce n’était pas un score soviétique, mais j’ai été élu à l’unanimité. » Sa candidature relevait d’abord, insiste-t-il, d’un choix collectif. Elle rencontrait toutefois une disposition personnelle : celle de prendre davantage de responsabilités. « J’avais envie, dans la période actuelle, de m’engager un peu plus politiquement. »

« Une pierre à apporter à l’édifice »

Pourquoi maintenant ? Benjamin Salesse décrit une période « porteuse de profonds espoirs, de profondes revendications », mais également « lourde de grands dangers », en France comme à l’étranger. « Je me suis dit que j’avais, en toute modestie, une pierre à apporter à l’édifice, en tout cas au niveau départemental, pour animer la vie démocratique et puis porter encore davantage nos valeurs vis-à-vis de nos partenaires et de la population. » Car à ses yeux, son parti doit trouver sa place dans un ensemble plus large : « Pour moi, c’est un combat progressiste et un combat de gauche dans sa globalité. »

La question de la singularité communiste demeure pourtant entière, alors que le parti a considérablement perdu de son poids électoral national. Benjamin Salesse répond d’abord par l’implantation territoriale du PCF et le nombre d’élus locaux qu’il conserve. Puis par ce qui, selon lui, constitue encore une identité politique : les services publics, le partage des richesses, l’égalité entre les femmes et les hommes, la lutte contre les discriminations, la démocratie sociale, la place des syndicats ou encore la solidarité internationale. Il cite également la « sécurité emploi-formation », projet défendu de longue date par les communistes et qui vise à sécuriser les parcours professionnels en permettant d’alterner emploi et formation tout au long de la vie, avec un revenu garanti pendant les périodes de transition.

Un engagement commencé en 1992, entre apartheid et mémoire familiale

L’histoire militante de Benjamin Salesse commence en 1992, dans un contexte peu favorable au communisme européen. Le mur de Berlin est tombé trois ans plus tôt, l’Union soviétique vient de disparaître. Son engagement ne naît pourtant ni à Moscou ni à Berlin, mais en regardant vers l’Afrique du Sud. Les mobilisations contre l’apartheid et pour la libération de Nelson Mandela jouent un rôle décisif dans sa politisation. « C’est ce qui m’a amené à la politique : la lutte contre le racisme, les discriminations et la ségrégation. »

Il y a aussi une histoire familiale. Des grands-parents communistes, et surtout un grand-père résistant puis déporté, dont il évoque la détention à Châteaubriant, au moment où Guy Môquet et les autres otages qui seront fusillés en octobre 1941 y étaient emprisonnés. Puis Mauthausen et le commando de Loibl Pass. Des souvenirs longtemps tus, raconte-t-il, avant que certains récits ne ressortent au détour de conversations. Benjamin Salesse ne veut pas pour autant transformer cette filiation en destin tout tracé : « Ce n’est pas de l’atavisme, mais il y a une tradition familiale. »

Trente-quatre ans après avoir pris sa carte au PCF, Benjamin Salesse se retrouve désormais chargé de mener la bataille présidentielle dans le Loir-et-Cher. Le parti a déjà choisi son candidat : consultés début septembre, 72,06 % des 23 962 communistes ayant exprimé un suffrage ont approuvé la candidature de Fabien Roussel. La fédération va donc prendre le chemin des marchés, distribuer ses tracts, coller ses affiches et investir les réseaux sociaux. Mais l’enjeu dépasse la mécanique d’une campagne électorale. Pour Benjamin Salesse, il s’agit surtout de retrouver une prise sur les catégories populaires, dans les quartiers, les entreprises comme dans les territoires ruraux.

Parler salaires, fiscalité, emploi et services publics, sans abandonner pour autant le terrain du racisme, de l’homophobie, des droits des femmes, des discriminations ou des libertés publiques. « On ne doit plus laisser passer autour de nous les dérives de langage et le racisme décomplexé que l’on peut entendre un peu partout. »

Pour Benjamin Salesse, la bataille est donc aussi culturelle. Il relie la progression de l’extrême droite au sentiment de déclassement, mais aussi à un discours de repli qui désigne des boucs émissaires et entretient la nostalgie d’une France passée, largement fantasmée.

À ce récit, il oppose ce qu’il dit observer dans le Loir-et-Cher : des associations, des clubs sportifs, des acteurs culturels et des bénévoles qui continuent à faire vivre des lieux, des projets et des solidarités. Autant de signes, à ses yeux, que le repli n’a pas tout emporté. Pour Benjamin Salesse, le chantier est là : reprendre pied là où la gauche a reculé, sans dissocier la question sociale du combat contre le racisme, les discriminations et les atteintes aux libertés publiques.

Climat, paix, solidarités : du Loir-et-Cher à l’international

Chez Benjamin Salesse, la question écologique ne se détache pas du reste. Elle rejoint directement le pouvoir d’achat, l’agriculture, la santé et les conditions de vie. Après un été marqué par de fortes chaleurs, il estime qu’il faut accélérer l’adaptation des territoires : logements, équipements publics, organisation des villes, mais aussi soutien aux agriculteurs confrontés à des épisodes climatiques plus brutaux. « Il va falloir qu’on aborde la transition écologique de manière ferme et décidée », insiste-t-il, en plaidant aussi pour une agriculture paysanne et une consommation davantage tournée vers les productions locales.

Cette approche se prolonge dans une conception plus large de la solidarité. Benjamin Salesse revendique l’internationalisme comme l’un des fils de son engagement communiste. Il évoque la Palestine, Cuba, l’Ukraine, le Soudan, le Proche et le Moyen-Orient, mais aussi l’Amérique latine. Dans tous ces cas, il revient au même principe : soutien aux populations confrontées à la guerre, respect du droit international et refus de considérer que les injustices deviennent secondaires lorsqu’elles se déroulent loin de la France.


Cuba occupe une place particulière dans ce raisonnement. Il dénonce les conséquences du blocus et des difficultés économiques qui touchent l’île, et évoque notamment les besoins liés à l’énergie. Cette solidarité prendra une forme concrète à Blois samedi 26 septembre, lors d’une soirée organisée salle Beauce de l’ALCV, rue Dupré, de 18 h à 23 h. À 18 h 30, un premier temps sera consacré à la crise énergétique et aux formes de solidarité possibles, avec des témoignages. La soirée se poursuivra à 19 h 30 par une initiation à la danse avec Michel Martinez, puis à 20 h 30 par un concert-bal de salsa avec Cuarteto Café con Pan.

marche climat

Quelques heures plus tôt, Benjamin Salesse participera aussi à un autre rendez-vous qui rassemble plusieurs des préoccupations développées pendant l’entretien : la Marche pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale, organisée à Blois [lire ici] ce même samedi 26 septembre. Pour lui, le rapprochement de ces thèmes n’a rien d’artificiel : crise climatique, inégalités sociales, guerres et fragilisation des populations se répondent et appellent, selon lui, des mobilisations qui ne restent pas enfermées dans un seul registre. De l’écologie locale à la solidarité internationale, il revendique ainsi un même fil conducteur : ne pas dissocier les combats. Et c’est aussi dans cet esprit qu’il formule son appel final : « Garder espoir pendant les mois qui viennent, s’engager, s’investir et ne pas avoir peur de prendre la parole. »


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