L’ORTF, ses vedettes et ses coulisses s’exposent à Blois

Au Capitole, l’exposition « Regarder la télé » raconte vingt-cinq ans de télévision publique, de la RTF à l’ORTF, à travers les photographies conservées par l’INA. Présentée jusqu’au 15 novembre, elle fait découvrir les métiers, les tournages et les visages qui ont accompagné l’installation du petit écran dans les foyers français. Produite par l’INA et coproduite par les Rendez-vous de l’histoire, elle s’inscrit dans les célébrations du bicentenaire de la photographie.
Sur les murs du Capitole, des portraits de vedettes voisinent avec des photographies de tournage, de décors et de techniciens au travail. Des boîtes métalliques de films sont empilées sous les cadres. Un appareil photographique repose sur son trépied. Devant les écrans, des visiteurs s’installent avec un casque pour regarder les séquences proposées. L’exposition rassemble les images et les outils d’une télévision dont on découvre ici les conditions de fabrication.

Ouverte depuis le 21 septembre, Regarder la télé puise dans un fonds de plus de deux millions de photographies conservées par l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Les commissaires Véronique Clavier, Stylianos Kypraios et Audwin Lachaud ont retenu la période allant de 1949, année de création de la Radiodiffusion-télévision française, à 1974, celle de la dissolution de l’ORTF, qui lui avait succédé en 1964.
Les deux institutions employaient des photographes pour documenter leur activité. Leurs images montrent les préparatifs, les installations et les gestes qui échappaient aux téléspectateurs. Pierre Matheron, chargé de mission Éducation nationale aux Rendez-vous de l’histoire et membre du comité scientifique de l’exposition, souligne l’intérêt de ces archives : « C’est tout ce qui est hors champ, dont on n’aurait pas de traces si ça n’avait pas été photographié. »
Une scène ramène directement à Blois. Dans la cour du château, un cadreur, casque sur les oreilles, manœuvre une caméra installée sur une plateforme à roulettes.

Lorsqu’on demande au photographe Nicolas Wietrich quelle image il préfère, il ne désigne pas celle-ci mais une course hippique. Un caméraman filme au passage des chevaux. « C’est un instant décisif où on voit le cheval en train d’embrasser la caméra », décrit-il. Il s’attarde sur le léger flou des chevaux, la netteté du caméraman, la justesse du moment saisi. Dans cette photographie, qu’il rattache à l’émission Les Coulisses de l’exploit, il retrouve l’héritage de Cartier-Bresson : cette capacité à choisir l’instant où les mouvements composent une image. « Il y en a plusieurs que j’aime bien, bien sûr, mais celle-là est très parlante. »
Son regard attire l’attention sur la qualité du travail photographique. Les images ont une fonction documentaire, mais leurs auteurs soignent aussi le cadrage, les rapports entre les personnages et leur environnement, la composition. Nicolas Wietrich insiste sur cette double exigence : conserver une trace et produire une photographie à part entière.
Le cliché choisi pour l’affiche illustre cette attention. Un photographe, debout sur une chaise, vise le chanteur Félix Marten au milieu d’un décor d’escaliers et de draperies. Dominique Gonot a saisi cette scène le 13 octobre 1960, sur le plateau de Du caf’conc’ au music-hall.

Nicolas Wietrich rappelle l’importance du service photo à l’époque de l’argentique, avec ses prises de vue et tout le travail de développement qui suivait. Pierre Matheron évoque, lui, la construction des décors et les réalisations manuelles. Les archives gardent la mémoire de cette activité collective, jusqu’aux ateliers où se dessinent les logos de la RTF.
Le parcours aborde également le Service de la Recherche et ses expérimentations. Des formes nouvelles y prennent naissance, parmi lesquelles Les Shadoks. La télévision cherche ses moyens d’expression à mesure qu’elle développe ses programmes.

Quand le petit écran entre dans les maisons
Cette histoire se déroule dans une société qui s’équipe et place de grands espoirs dans le progrès technique. « On pense que c’est un outil qui va améliorer la société », explique Pierre Matheron à propos de la télévision. Le cap du million de téléviseurs est franchi en France en 1958, celui des dix millions en 1969. En quelques années, des programmes et des visages entrent dans le quotidien de millions de personnes. Nicolas Wietrich rapporte à ce sujet le souvenir confié par une visiteuse : lorsque la speakerine souhaitait « Bon appétit » à l’écran, sa grand-mère lui répondait « Bon appétit ». Les décors, les tournages et les artistes témoignent des efforts consacrés à des émissions destinées à prendre place dans la vie familiale.
Actualités, théâtre, musique, sport et fiction participent à cette culture commune. L’exposition restitue l’ambition d’informer, d’instruire et de divertir qui accompagne le développement de la télévision publique. Wladimir Porché, directeur général de la RTF de 1949 à 1957, voyait dans la radio et la télévision des moyens de contribuer au développement intellectuel et spirituel du public.

Les vedettes se construisent aussi sur papier
Les photographies contribuent à entretenir une proximité. Elles circulent dans les magazines, présentent les artistes et prolongent les émissions. « Ces photographies, en fait, elles ne sont pas juste là pour garder une trace de l’activité, elles vont aussi être utilisées dans la presse », rappelle Pierre Matheron. Au milieu des années 1960, Télé 7 Jours devient le magazine français le plus vendu. Le succès du petit écran nourrit celui de la presse spécialisée, qui permet aux lecteurs de retrouver leurs vedettes et de découvrir les coulisses des programmes.
Informations pratiques
« Regarder la télé », jusqu’au 15 novembre 2026, au Capitole, 14 rue des Juifs, à Blois. Exposition consacrée à vingt-cinq ans de télévision publique dans le fonds photographique de l’INA, de 1949 à 1974.


