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Orthopédagogie : Anne Goueffon apprend aux jeunes à… mieux apprendre

Comment fait-on pour être attentif ? Pour mémoriser une leçon, comprendre un texte ou mobiliser ses connaissances au bon moment ? Installée depuis peu à Vineuil, Anne Goueffon accompagne des enfants et des adolescents qui butent sur leurs apprentissages. Ancienne professeure des écoles, elle est aujourd’hui orthopédagogue et s’appuie principalement sur la « gestion mentale », une approche développée par le pédagogue Antoine de La Garanderie. Avec une idée : au-delà de ce qu’un élève doit apprendre, sait-il vraiment comment s’y prendre pour apprendre ?

Lorsqu’un enfant bute sur un exercice, Anne Goueffon ne cherche pas d’abord à lui redonner l’explication. Elle l’amène plutôt à revenir sur sa façon de faire : ce qu’il a regardé, ce qu’il s’est dit, l’image qu’il a pu se construire, la manière dont il a essayé de retenir l’information. « C’est vraiment un travail d’introspection et de connaissance de soi, de prendre conscience de ses stratégies de réussite », explique-t-elle. Son travail ne consiste donc pas à refaire le cours, mais à aider l’enfant à comprendre par quels chemins il apprend le mieux.

Un métier consacré aux difficultés d’apprentissage

Le métier reste encore assez méconnu en France. L’orthopédagogue accompagne des enfants, des adolescents ou des adultes qui rencontrent des difficultés pour apprendre. Son travail consiste à repérer ce qui les aide, ce qui les freine et les méthodes qu’ils peuvent mettre en place pour devenir plus autonomes. Selon les formations, cela peut toucher à l’attention, à la mémoire de travail, à l’organisation ou encore à la manière de prendre conscience de ses propres façons d’apprendre.

Anne Goueffon s’est tournée vers la gestion mentale bien avant son arrivée dans le Blaisois. Professeure des écoles pendant vingt-cinq ans, elle en avait découvert les principes au cours de sa formation initiale dans l’enseignement catholique. « J’avais eu un module sur la gestion mentale. C’était une journée, mais j’avais gardé ça en tête en me disant : “Ça, c’est hyper intéressant.” » Pendant des années, elle enseigne, élève ses quatre enfants et accompagne des élèves aux profils très différents. Mais certains continuent de lui échapper. « Tous les ans, il y en avait un ou deux qui restaient sur le carreau. Je n’arrivais pas à les aider avec toute ma bonne volonté, tous les moyens que j’avais. Je me suis dit qu’il fallait que je me forme pour avoir plus de moyens pour les accompagner. » En 2011, elle entame cette démarche.

Antoine de La Garanderie et la question du « comment »

Au cœur de sa pratique*, Anne Goueffon s’appuie sur les travaux d’Antoine de La Garanderie (1920-2010). Philosophe et pédagogue, il s’est notamment intéressé à la façon dont les élèves qui réussissaient s’y prenaient pour apprendre. Il les questionnait sur leurs méthodes : comment retenaient-ils un cours, préparaient-ils un examen, comprenaient-ils une notion ? De ces observations est née la gestion mentale, une approche qui cherche à rendre plus visibles les démarches utilisées par chacun pour apprendre. Anne Goueffon en retient surtout une idée : il ne suffit pas de savoir quoi apprendre, encore faut-il savoir comment s’y prendre. « Tout son combat, résume-t-elle, ça a été de dire aux profs : donnez-leur les moyens d’apprendre avant de leur transmettre des connaissances. »

Attention, mémorisation, compréhension, réflexion, imagination

La gestion mentale repose sur cinq « gestes » : l’attention, la mémorisation, la compréhension, la réflexion et l’imagination créatrice. Le terme « geste » compte. Anne Goueffon aime le rapprocher du sport : un joueur de tennis peut décomposer son revers, observer son mouvement, le corriger, puis le répéter jusqu’à le maîtriser. La Garanderie part d’une idée comparable pour les apprentissages : certaines opérations mentales peuvent elles aussi être observées, décrites et travaillées. « Un orthopédagogue peut décrire comment faire dans la tête pour être attentif, pour mémoriser, pour comprendre, pour réfléchir et pour imaginer. »

Pendant les séances, Anne Goueffon passe beaucoup par des exercices et des jeux. L’enfant est mis en situation, puis ils reviennent ensemble sur ce qu’il a fait, ce qui a fonctionné ou non. « J’ai plein d’activités qui mettent l’enfant en situation et, après, on analyse ensemble. Quand il n’y arrive pas, on recommence avec une autre activité jusqu’à ce qu’il y arrive. » L’enjeu n’est pas seulement de réussir l’exercice du moment, mais de comprendre comment cette réussite a été obtenue, afin que l’enfant puisse ensuite réutiliser cette manière de faire dans d’autres situations.

Faire « exister » une information dans sa tête

Anne Goueffon revient souvent sur la représentation mentale, c’est-à-dire ce que l’enfant construit intérieurement à partir de ce qu’il voit ou entend. Pour elle, recevoir une information ne suffit pas : encore faut-il qu’elle soit réellement reprise et organisée dans la tête pour pouvoir être mémorisée ou utilisée. « Beaucoup d’enfants ne savent pas ce que c’est qu’être attentif. Ils imaginent que, parce qu’on voit ou parce qu’on entend, ça va s’installer dans le cerveau. »

Dans la gestion mentale, on parle d’« évocation » pour désigner ce qui se forme intérieurement à partir de ce que l’on a vu ou entendu. Chez certains, cela passe surtout par des images ; chez d’autres, par des mots, une voix intérieure, ou par un mélange des deux. Antoine de La Garanderie accordait une place importante à ces représentations. Anne Goueffon parle parfois de « langue maternelle pédagogique » pour désigner le mode qui vient le plus spontanément. Il ne s’agit pas, pour autant, de coller une étiquette à l’enfant. Son travail consiste plutôt à l’aider à repérer ce qu’il utilise déjà et à essayer d’autres façons de faire. Elle résume cela avec une image : n’avancer qu’avec son mode habituel, ce serait un peu comme marcher à cloche-pied. On avance, mais avec plus d’efforts.

Des enfants en difficulté, mais pas seulement

Un jour, alors qu’elle faisait des courses de rentrée, un jeune homme vient vers elle avec un grand sourire. Anne reconnaît un ancien élève sans parvenir tout de suite à retrouver son prénom. Puis il lui annonce : « Vous savez, j’ai eu mon concours de médecine cette année et c’est grâce à ce que vous m’avez appris, parce que je continue à me servir de tout ça. » Anne Goueffon raconte cette scène afin d’illustrer l’impact durable d’un accompagnement.

D’autant plus que l’orthopédagogie ne s’adresse pas seulement aux élèves en échec scolaire. L’experte explique avoir aussi accompagné des enfants à haut potentiel, des lycéens ou encore des étudiants qui cherchaient surtout à mieux comprendre leur façon d’apprendre. Dans les faits, elle reçoit principalement des jeunes âgés de 9 à 15 ans, de la fin du primaire au collège. Certains lui sont adressés par des enseignants, des orthophonistes ou des neuropsychologues. Elle accorde d’ailleurs beaucoup d’importance au lien avec l’école : « Quand les enseignants sont prêts à collaborer, je suis vraiment toute prête à travailler main dans la main, à leur partager les avancées, ce que j’ai découvert pour l’enfant, ce qui pourrait l’aider, ce qui pourrait être mis en place en classe. »

L’orthopédagogue ne souhaite pas installer une prise en charge interminable. Elle parle généralement d’un accompagnement compris entre cinq et douze séances, soit quelques semaines à quelques mois. « Ce n’est pas de la rééducation. C’est vraiment un accompagnement à la prise de conscience, puis un petit entraînement, parce qu’une nouvelle habitude, ça se travaille. »


*Au fil de sa formation, Anne Goueffon s’est aussi intéressée aux travaux de Jean-Philippe Lachaux, directeur de recherche en neurosciences cognitives à l’Inserm, spécialiste de l’attention. Il est notamment à l’origine du programme ATOLE, conçu avec des professionnels de l’éducation pour aider les élèves à mieux comprendre et maîtriser leur attention.


>> Pratique : Anne Goueffon, Les Ateliers pour grandir, à Vineuil. Séances d’environ 1 h 15 – Contact : 06 51 54 91 19 – lesatelierspourgrandir.fr


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