Moins de manifestants mais toujours les mêmes revendications pour l’éducation

Le cortège était nettement moins fourni ce mardi 13 octobre 2026 dans les rues de Blois. Les syndicats avancent 500 à 600 participants. Trois fois moins que le 6 octobre. Lycéens et personnels de l’Éducation nationale ont néanmoins poursuivi leur mobilisation pour réclamer davantage de moyens, de meilleures conditions d’études et de travail, et un accès plus juste à l’enseignement supérieur. Une participation en recul également à l’échelle nationale, sans que les difficultés dénoncées depuis plusieurs semaines aient disparu.
« Y’aura de l’espoir tant qu’y a des gamins. » Sur une grande banderole blanche, quelques mots résument l’état d’esprit d’une partie des manifestants. Ce mardi matin à Blois, les lycéens ont de nouveau retrouvé des personnels de l’Éducation nationale dans la rue. La participation était sensiblement inférieure à celle du mardi précédent. Depuis la mi-septembre, les lycéens se mobilisent contre des difficultés qui touchent directement leur quotidien : enseignants absents et non remplacés, classes surchargées, journées trop longues, bâtiments dégradés et inégalités entre établissements.

La question des emplois du temps occupe une place particulièrement importante. Des élèves dénoncent des journées qui commencent tôt, se terminent tard et laissent peu de place au travail personnel, aux activités extrascolaires ou simplement au repos. Les problèmes de remplacement peuvent encore compliquer cette organisation, avec des heures de permanence qui se multiplient et des enseignements qui prennent du retard. Les premières données de la consultation nationale lancée par le ministère de l’Éducation nationale confirment l’importance de ces préoccupations. Selon les résultats présentés le 10 octobre, les emplois du temps apparaissaient dans environ 70 % des contributions recueillies, devant l’état des bâtiments scolaires.
L’accès aux études supérieures constitue un autre motif de contestation. Parcoursup est critiqué par les organisations lycéennes qui dénoncent la sélection, le manque de transparence des procédures et l’incertitude qui accompagne les choix d’orientation. L’Union syndicale lycéenne demande notamment la suppression de la plateforme et davantage de places dans l’enseignement supérieur.

Les personnels demandent les moyens de faire fonctionner l’école
Les revendications lycéennes trouvent un écho chez les enseignants et les autres personnels de l’Éducation nationale. En Loir-et-Cher, la FSU, la FNEC FP-FO, la CGT Éduc’action et SUD Éducation ont signé un appel commun à la mobilisation du 13 octobre, invitant notamment les personnels enseignants du premier et du second degré, administratifs, de santé et sociaux à faire grève. Dans leur communiqué, les organisations apportent un soutien explicite aux jeunes : « Les revendications lycéennes sont légitimes. Elles rejoignent en partie celles que nous avons portées dans de nombreuses mobilisations ces dernières années. »
Les syndicats demandent d’abord l’annulation des suppressions d’emplois prévues dans le budget 2027 et la création des postes qu’ils estiment nécessaires au bon fonctionnement du service public d’éducation. Le projet budgétaire prévoit notamment la suppression de 1 588 postes d’enseignants, dont 1 250 dans le public. Le gouvernement justifie ces orientations par la diminution attendue du nombre d’élèves, un argument que contestent les organisations syndicales au regard des besoins qu’elles constatent sur le terrain. Leurs demandes concernent également les rémunérations et les conditions d’exercice des métiers. Elles réclament des augmentations salariales sans contreparties, un plan de titularisation des personnels non titulaires, une grille nationale de rémunération pour les assistants d’éducation (AED) et la création d’un statut pour les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). À ces revendications s’ajoute un plan de rénovation des bâtiments scolaires.
Une mobilisation nationale en recul
La diminution de l’affluence constatée à Blois correspond à une tendance déjà observée lors des précédentes journées de mobilisation. Le mardi 6 octobre, 266 000 personnes avaient manifesté dans toute la France selon le ministère de l’Intérieur, contre 450 000 selon les organisations lycéennes et étudiantes. Deux jours plus tard, le jeudi 8 octobre, la participation était tombée à 71 500 manifestants selon les autorités et environ 130 000 selon les organisateurs. Ce mardi 13 octobre, le ministère de l’Éducation nationale recensait 214 lycées fermés, contre 800 le 6 octobre. Ce bilan ne prend toutefois pas en compte tous les établissements dont le fonctionnement a été perturbé sans fermeture administrative.
Le mouvement restait présent dans de nombreuses villes. À Lyon, 11 000 manifestants étaient recensés par la préfecture en début d’après-midi. Plusieurs milliers de personnes ont également défilé à Nantes et à Marseille, tandis que deux cortèges étaient organisés à Paris. La participation des personnels à la grève demeure limitée. Selon les chiffres provisoires communiqués ce mardi par le ministère, 3,71 % des agents de l’Éducation nationale étaient grévistes, dont 4,52 % des enseignants. Le taux atteignait 10,31 % parmi les personnels de vie scolaire.
Pour les lycéens, manifester peut aussi susciter des inquiétudes
La baisse du nombre de manifestants pose la question des difficultés rencontrées par les jeunes pour poursuivre leur mobilisation. Plusieurs facteurs peuvent peser sur leur décision, sans qu’il soit possible de mesurer leur influence. Les lycéens ne disposent pas juridiquement du droit de grève reconnu aux salariés. Ils restent soumis à une obligation d’assiduité, et leur participation à une manifestation pendant les heures de cours peut entraîner une absence injustifiée, voire une sanction selon les circonstances et le règlement intérieur de leur établissement.
Pour les élèves de première et de terminale, l’inquiétude peut également concerner les évaluations, les enseignements de spécialité et la préparation aux examens. À cette pression scolaire s’ajoute parfois la crainte de compromettre son orientation. Parcoursup ne collecte pourtant pas automatiquement les relevés d’absences des lycéens. La plateforme reçoit en revanche les notes et les appréciations des enseignants, dans lesquelles des observations relatives à l’assiduité peuvent figurer.

Le climat entourant les mobilisations constitue une autre source possible d’appréhension. Plusieurs adolescents ont été grièvement blessés lors d’interventions policières.
Des annonces gouvernementales, mais des désaccords persistants
Face à la contestation, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé le 8 octobre le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants dans les établissements les plus en difficulté. Ce mardi matin, il a indiqué qu’une partie des moyens disponibles avait déjà été affectée et que des recrutements supplémentaires de contractuels étaient engagés. Une annonce qui laisse sceptiques syndicats et lycéens.
Une consultation nationale a été ouverte sur la plateforme Agora jusqu’au 23 octobre. Les lycéens peuvent y présenter anonymement les principales difficultés qu’ils rencontrent et les changements qu’ils souhaitent voir apporter à leur scolarité. Ces réponses ne satisfont pas les organisations mobilisées. Les représentants lycéens réclament des engagements plus larges sur les moyens accordés à l’éducation et sur l’accès à l’enseignement supérieur. Les syndicats de personnels contestent toujours les suppressions de postes et demandent des mesures concernant les rémunérations, les recrutements et les conditions de travail.


