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L’industrie du Loir-et-Cher face au paradoxe de l’emploi

Avec près de 19 000 salariés dans le secteur privé, l’industrie demeure un pilier de l’économie du Loir-et-Cher. Pourtant, ses effectifs ont reculé de 14,1 % depuis 2010, une diminution nettement plus marquée qu’à l’échelle nationale. Automobile, métallurgie, agroalimentaire, pharmacie ou maroquinerie connaissent des évolutions très différentes. Dans ce contexte, les entreprises doivent aussi faire face aux difficultés de recrutement et au départ à la retraite d’une partie importante de leurs salariés. Le tableau de bord publié par l’Observatoire de l’Économie et des Territoires (OET) permet de mesurer l’ampleur de ces transformations.

Le Loir-et-Cher reste un département fortement industrialisé. À la fin de l’année 2025, 18 858 salariés du secteur privé travaillaient dans l’industrie, répartis dans 755 établissements employeurs. Avec 23,8 % de l’ensemble des emplois salariés privés, cette activité conserve une place plus importante dans l’économie locale qu’en Centre-Val de Loire, où elle représente 22 % des effectifs, et surtout qu’à l’échelle nationale, où sa part atteint 15,9 %.En intégrant les données du recensement de 2023, qui reposent sur un périmètre plus large, le département compte environ 20 500 emplois industriels. Il occupe le 25e rang des départements métropolitains pour le poids de l’industrie dans l’emploi total, après avoir perdu cinq places depuis le précédent recensement.

Cette présence industrielle demeure structurante pour l’économie départementale. Elle repose sur des entreprises de tailles et de spécialités variées, dont l’activité fait également travailler de nombreux sous-traitants. Mais son importance actuelle ne doit pas masquer une évolution préoccupante : sur quinze ans, le Loir-et-Cher a perdu une proportion de ses emplois industriels nettement supérieure à celle observée dans le reste de la France.

Un recul de l’emploi industriel plus marqué qu’ailleurs

L’évolution des effectifs salariés industriels privés entre 2010 et juin 2026 est parlante. Selon les données de l’Urssaf reprises par l’Observatoire, leur nombre a diminué de 14,1 % en Loir-et-Cher, contre 8,9 % à l’échelle régionale et seulement 2,1 % pour l’ensemble de la France. Le département a donc subi une contraction de l’emploi industriel bien plus importante que la moyenne nationale. Ce constat s’inscrit dans une évolution de longue durée, qui ne saurait être attribuée à la seule conjoncture économique récente.

La situation semble toutefois avoir cessé de se dégrader au même rythme. L’Observatoire relève une stabilisation des effectifs depuis 2023, malgré un contexte économique ayant entraîné la fermeture de quelques établissements.

Automobile, meubles, plasturgie : des pertes importantes depuis 2019

Cette évolution générale recouvre des situations contrastées. Certaines branches ont fortement réduit leurs effectifs, tandis que d’autres poursuivent leur développement. L’industrie départementale ne se compose plus tout à fait des mêmes activités qu’il y a quelques années. Cinq grands secteurs concentrent à eux seuls 55 % des emplois salariés industriels du département : l’agroalimentaire, la fabrication de produits métalliques, l’automobile, les activités liées au nucléaire et la plasturgie.

L’automobile figure parmi les branches qui ont enregistré les reculs les plus importants. Entre 2019 et 2025, ses effectifs ont diminué de 30 %, pour atteindre 1 497 salariés. Cela représente approximativement 640 emplois de moins en six ans. La fabrication de meubles connaît une évolution comparable, avec une baisse de 31,6 % de ses effectifs entre 2019 et 2025. Elle ne rassemble plus que 743 salariés. La fabrication de produits en caoutchouc et en plastique recule de 25,5 %, pour atteindre 1 089 emplois, tandis que la fabrication de machines et équipements enregistre une diminution de 26,9 %.

La fabrication de produits métalliques résiste davantage, sans échapper au mouvement général. Avec 2 765 salariés, elle demeure le deuxième employeur industriel du département, derrière l’agroalimentaire, mais ses effectifs ont diminué de 3,9 % en six ans.

Agroalimentaire, cuir et pharmacie : des activités en croissance

L’agroalimentaire demeure donc le premier secteur industriel du Loir-et-Cher, avec 3 537 salariés à la fin de l’année 2025. Ses effectifs ont progressé de 12,4 % depuis 2019. Cette activité, représentée notamment par des entreprises comme SNV ou Foodiz Fresh, conserve une place importante dans plusieurs bassins d’emploi.

L’industrie du cuir et de la chaussure connaît une progression beaucoup plus rapide. Avec 583 salariés en 2025, elle affiche une hausse de 60,6 % en six ans. L’OET souligne le rôle joué par l’implantation de Louis Vuitton dans ce développement.

L’industrie pharmaceutique progresse également, avec une augmentation de 21,5 % de ses effectifs entre 2019 et 2025. Elle rassemble désormais 649 salariés. On citera notamment les entreprises Chiesi et Innothera parmi les acteurs de cette activité.

La fabrication d’autres matériels de transport, qui comprend notamment des activités liées à MBDA, compte 827 salariés, soit une progression de 14,5 % sur la même période.

Les activités liées à la production et à la distribution d’électricité « nucléaire » représentent quant à elles 1 421 emplois. Leurs effectifs ont augmenté de 11,3 % en six ans. L’étude met notamment cette progression en relation avec les grands travaux engagés à la centrale nucléaire de Saint-Laurent-Nouan.

Ces évolutions illustrent la recomposition de l’industrie départementale. Les secteurs qui se développent ne sont pas nécessairement ceux qui employaient historiquement le plus de salariés. Surtout, leur croissance n’a pas suffi, jusqu’à présent, à compenser l’ensemble des pertes enregistrées depuis 2010.

Blois rassemble le plus grand nombre d’emplois, Vendôme reste le territoire le plus industrialisé

La répartition géographique des emplois permet également de mesurer les différences entre les territoires. L’arrondissement de Blois concentre 7 688 emplois industriels salariés privés, soit 40,8 % du total départemental. Il constitue ainsi le premier bassin industriel du Loir-et-Cher en nombre d’emplois. L’automobile, la chimie et les activités nucléaires figurent parmi ses principales caractéristiques. Mais l’industrie ne représente que 18 % de l’ensemble des emplois salariés privés du Blaisois.

La situation est très différente dans le Vendômois. Avec 5 673 salariés industriels, ce territoire dispose d’un volume d’emplois inférieur à celui du Blaisois, mais l’industrie y représente 37,9 % de l’emploi salarié privé. Près de quatre salariés sur dix y travaillent donc dans ce secteur. L’activité industrielle vendômoise repose sur plusieurs branches, notamment l’agroalimentaire, le travail des métaux, l’automobile, les meubles, la réparation de machines et la maroquinerie.

Dans le Romorantinais, l’industrie emploie 5 497 salariés, soit 25,4 % de l’ensemble des emplois salariés privés. Les principales activités concernent l’agroalimentaire, les produits métalliques, la fabrication de matériels de transport et la plasturgie.

Des effectifs en recul, mais toujours des besoins de recrutement

Alors que l’emploi industriel a diminué depuis quinze ans, les entreprises continuent de rechercher de nouveaux salariés. L’enquête Besoins en main-d’œuvre 2026 de France Travail recense 1 370 projets de recrutement dans l’industrie du Loir-et-Cher, soit une augmentation de 4 % par rapport à l’année précédente.

L’agroalimentaire arrive en tête des secteurs qui envisagent de recruter, devant la métallurgie et la fabrication de produits métalliques, puis les industries chimique et pharmaceutique. Les besoins concernent des qualifications très diverses. Parmi les métiers recherchés figurent les ouvriers du conditionnement et de l’emballage, les ouvriers qualifiés de l’agroalimentaire, les professionnels de l’usinage, les techniciens de maintenance ou encore les salariés spécialisés dans les installations industrielles.

Certains profils demeurent particulièrement difficiles à trouver. En Centre-Val de Loire, les techniciens de maintenance industrielle, les tourneurs-fraiseurs, les techniciens méthodes, les ingénieurs en recherche et développement et les responsables d’unité de production font notamment partie des métiers identifiés comme étant en tension en 2026.

Des rémunérations moyennes supérieures de 19,2 %

La question du recrutement se pose alors même que les rémunérations industrielles sont globalement plus élevées que dans de nombreux autres secteurs. Selon les données de l’Insee portant sur l’année 2022, le salaire annuel brut moyen en équivalent temps plein atteignait 42 202 euros dans l’industrie, contre 35 396 euros pour l’ensemble des salariés du champ de comparaison retenu. L’écart représente 19,2 %.

Près de 4 000 départs à la retraite attendus d’ici 2030

Le renouvellement des générations représente un autre enjeu majeur. Selon les projections présentées par l’Observatoire, environ 4 000 départs à la retraite sont attendus dans l’industrie du Loir-et-Cher entre 2024 et 2030. Cela correspond à 21 % des effectifs, soit approximativement un salarié sur cinq.

Tous ces départs ne se traduiront pas nécessairement par des embauches. Mais le renouvellement d’une partie importante des effectifs suppose de pouvoir disposer de salariés formés, capables de reprendre les fonctions et les compétences de ceux qui quittent l’entreprise. Cette perspective concerne aussi la transmission des savoir-faire. Dans de nombreuses activités industrielles, la maîtrise des équipements, des procédés de fabrication ou des opérations de maintenance repose sur des connaissances acquises au cours de plusieurs années d’expérience. La formation initiale, l’apprentissage, la reconversion professionnelle et la formation continue apparaissent donc comme des leviers importants.

Les femmes toujours minoritaires dans l’industrie

L’OET relève également la faible évolution de la place des femmes dans les entreprises industrielles. Elles représentent un peu plus de 31 % des salariés du secteur en Loir-et-Cher, une proportion qui a peu changé depuis dix ans. Selon l’étude, les femmes occupent majoritairement des fonctions support et restent peu présentes dans les activités de conception et de production.


Source : Observatoire de l’Économie et des Territoires, « L’industrie en Loir-et-Cher », Les Fiches de l’Observatoire, n° 195, octobre 2026. Données Insee, Urssaf et France Travail.


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