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Anne-Sophie Demaria relie cyanotype, géométrie sacrée et imaginaire solarpunk

En plein jour, le regard rencontre d’abord le bleu profond du cyanotype. Des feuilles, des fougères et d’autres fragments végétaux y ont laissé leur empreinte claire, parfois ordonnée en mandala, parfois déployée avec davantage de liberté. Sur cette matière organique viennent se poser des lignes géométriques rouges ou orangées, précises, mathématiques. Mais lorsque la lumière décline, l’équilibre se renverse. Le bleu s’assombrit, les végétaux deviennent des ombres et les tracés sérigraphiés s’allument sous les ultraviolets.


Une seule création offre ainsi plusieurs images, selon le moment auquel elle est observée. C’est le principe du projet Le Lien développé par Anne-Sophie Demaria, qui signe ses œuvres sous le nom d’AnnDem Studio. Ses cyanotypes, sérigraphies néon et tentures seront présentés le mercredi 23 septembre 2026 à 20 heures, lors d’un vernissage immersif organisé dans l’alcôve de la boutique Blois Capitale. Une soirée consacrée à la géométrie sacrée, mais aussi aux relations entre le vivant, la technologie, la lumière et la musique.

Une scénographie capable de vivre de jour comme de nuit

À l’origine de Le Lien se trouve un appel à projets lancé pour le Hadra Trance Festival. Anne-Sophie Demaria répond en imaginant une scénographie capable de vivre de jour comme de nuit au sein d’un festival de musique électronique. « C’est à partir de cet instant que j’ai trouvé l’idée d’associer le soleil à la technologie, et la nature à la technologie », explique-t-elle. « J’ai voulu associer les cyanotypes à des graphismes sérigraphiés qui puissent être visibles à la fois le jour et la nuit. »

Le solarpunk lui fournit moins une doctrine à suivre qu’un point de rencontre entre plusieurs préoccupations qui l’accompagnent déjà : son attachement au vivant, son intérêt pour les technologies, la permaculture, la musique électronique et le désir de penser un avenir qui ne repose ni sur l’effacement de la nature ni sur le rejet systématique du progrès. « Je ne suis pas forcément d’accord avec tout, mais cela reste une bonne occasion de se rapprocher du vivant et de se raccorder à la nature, sans pour autant perdre les avantages technologiques du monde actuel », précise-t-elle.

Le soleil comme partenaire de création

Le travail d’Anne-Sophie Demaria commence par une technique photographique ancienne : le cyanotype. Inventé en 1842, celui-ci utilise des sels de fer photosensibles. Exposés au soleil puis rincés, ils produisent une image au bleu de Prusse caractéristique. Dans l’atelier, l’artiste sélectionne des feuilles, les agence sur un papier ou un textile préparé, puis expose l’ensemble au soleil. Les parties directement atteintes par la lumière deviennent bleues, les silhouettes apparaissent. « Il s’agit d’agencer les feuilles sous la forme de mandalas, les exposer au soleil, tout vérifier, puis attendre que le soleil accomplisse sa course », raconte l’artiste. « Le rinçage est ensuite le moment où l’on découvre si l’on a bien travaillé ou non. Parce que le soleil, lui, aura toujours bien travaillé. La feuille aura toujours bien travaillé. C’est à moi de réaliser une belle représentation, de respecter le temps de pose et d’écouter le soleil. »

La Blésoise travaille sur des papiers d’art, des pages de dictionnaire ou des textiles de seconde main. Ce choix répond à une sensibilité écologique, mais participe également à la singularité de chaque pièce. Une ancienne tenture, une page imprimée ou un morceau de tissu portent déjà une histoire et une structure auxquelles le cyanotype vient en ajouter une nouvelle.

Sur cette première image végétale intervient ensuite la sérigraphie. Des tracés géométriques sont déposés à l’aide d’encres néon réactives aux ultraviolets. Le geste réclame une précision particulière. En effet, un mauvais alignement, une encre mal répartie ou une pression irrégulière peuvent obliger à reprendre le travail depuis le début.


Ajouter une géométrie construite à celle de la nature

Les végétaux utilisés dans les cyanotypes ne sont jamais parfaitement réguliers. Les feuilles diffèrent par leur taille, leur orientation, leur découpe ou leur état. Certaines compositions sont organisées en mandalas, mais conservent l’asymétrie propre à l’expérience vivante. La géométrie sacrée intervient en contrepoint. Ses lignes droites, ses cercles et ses entrelacements introduisent une structure beaucoup plus fixe.

Deux figures reviennent principalement dans la série. La première est la fleur de vie, un réseau de cercles. Dans l’interprétation personnelle de l’artiste, elle symbolise le tout, l’unité et les interactions. Le double cercle extérieur évoque une forme globale, déterminée, tout en laissant imaginer que la construction pourrait se poursuivre au-delà de ses limites visibles.

La seconde est le cube de Métatron. Anne-Sophie Demaria le relie davantage au mysticisme, aux éléments et aux forces qui entourent les êtres humains. La figure apparaît parfois dans son intégralité, parfois seulement en partie. Elle peut être parfaitement centrée ou sembler se dissoudre progressivement au contact des empreintes végétales.

Image Anne-Sophie Demaria
Image Anne-Sophie Demaria

Formée aux Beaux-Arts à Orléans, Anne-Sophie Demaria conserve le souvenir d’une scolarité marquée par les mathématiques. Elle aime les compositions nettes, organisées et précisément centrées. Mais elle accorde aussi une place importante à la sérendipité, aux signes imprévus et à ce qui apparaît sans avoir été totalement décidé. « Tout est cadré, mais tout est lié. Je pense rester quelqu’un de cartésien. Pour autant, j’ai ce petit côté qui me conduit à trouver des signes dans tout ce que je peux observer autour de moi », confie-t-elle. « Quand je regarde une figure de géométrie sacrée, même si tout est cadré, j’arrive à imaginer des ouvertures et à y voir d’autres choses, plus profondes. »


Une création, plusieurs vies

Les œuvres de la série Le Lien ne sont pas conçues pour être regardées sous un éclairage unique. Leur transformation au fil des heures fait partie intégrante du projet. En plein jour, le bleu du cyanotype, la blancheur laissée par les feuillages et les lignes sérigraphiées coexistent. Chaque couche reste lisible. Le végétal occupe souvent la première place, tandis que la géométrie se pose sur lui comme un réseau supplémentaire. Au crépuscule, le bleu perd progressivement de son intensité. Les tracés rouges, roses ou orangés commencent à prendre le dessus. La composition demeure visible dans son ensemble, mais sa hiérarchie change. Sous la lumière UV, une autre œuvre semble apparaître. L’environnement prend des teintes violettes et bleutées. Les encres néon s’illuminent avec force, tandis que les feuilles deviennent plus spectrales. Dans l’obscurité, la matière végétale se retire encore davantage et laisse dominer la construction géométrique. « Ce qui m’intéresse, c’est de vivre l’œuvre tout au long de la journée », explique Anne-Sophie Demaria.

La métamorphose des œuvres épouse jusqu’au rythme d’un festival, suivant le passage du jour à la nuit et les inflexions musicales qui l’accompagnent. Cher à l’artiste et employé dans l’univers de la psytrance, le terme twilight nomme précisément ce seuil crépusculaire où les repères visuels vacillent sans s’être encore effacés. L’œuvre, elle, demeure inchangée : seule la lumière varie, révélant certaines de ses composantes et en reléguant d’autres dans l’ombre. Déjà présente le jour, la géométrie s’impose sous les UV, tandis que les empreintes végétales persistent dans la nuit, à la limite du visible.

Une empreinte humaine qui finit par s’effacer

Parmi les créations de la série, l’une associe les végétaux et les figures géométriques à une empreinte digitale. Celle-ci introduit explicitement la présence humaine au milieu de la nature et des formes inspirées par la technologie. Pour Anne-Sophie Demaria, l’empreinte évoque à la fois la singularité de chaque individu et l’omniprésence de l’humanité. Elle interroge la place que celle-ci s’accorde dans le vivant, comme dans les systèmes technologiques qu’elle a construits.

L’accident technique ouvre ainsi une réflexion qui dépasse la seule esthétique. L’être humain peut-il encore trouver sa place sans chercher à tout dominer ? Comment utiliser la technologie sans rompre davantage les équilibres naturels ? « Toute la relation avec la technologie mériterait d’être un peu mieux maîtrisée, mieux comprise et davantage conscientisée », estime Anne-Sophie Demaria. « Mais l’être humain a sa place dans la mesure où il respecte la nature. » À ses yeux le vivant finira par poursuivre son histoire, que l’humanité en fasse ou non partie.

La musique comme espace de liberté et méthode de travail

La musique électronique n’est pas seulement évoquée par les circuits ou les encres fluorescentes. Elle accompagne concrètement chaque étape de la création. Anne-Sophie Demaria écoute de la trance depuis les années 2000. Son oreille s’est progressivement dirigée vers des formes plus précises de psytrance, notamment la full-on et la twilight. Elle écoute également du dub fusion, dont elle apprécie les rythmes répétitifs et hypnotiques. « La musique est quelque chose de viscéral », affirme-t-elle. « Elle m’aide à me canaliser et à me concentrer, à ne pas partir dans tous les sens. »

Elle décrit les festivals comme ses espaces de liberté. Dans l’atelier, la musique lui permet d’entrer dans un état de flow, cette concentration intense au cours de laquelle le geste semble se prolonger presque sans effort et la perception du temps s’atténue. « Je peux passer une journée entière sans me rendre compte que j’ai réalisé vingt cyanotypes. Ils ne sont pas identiques, mais reposent tous sur le même principe. À la fin de la journée, j’en ressors avec un sentiment d’accomplissement. » La répétition intervient aussi dans la sérigraphie : appliquer l’encre, accomplir le geste, soulever le cadre, découvrir l’image, vérifier le résultat, puis recommencer. L’artiste rapproche ce processus d’une méditation.

Le projet réunit ainsi plusieurs formes de rythme. Celui de la musique, celui de la nature, celui de la géométrie, celui du geste, celui du soleil et celui du temps.

Une alcôve pour l’expérimenter

Le mercredi 23 septembre 2026 à 20 heures, l’alcôve de la boutique Blois Capitale accueillera les œuvres d’Anne-Sophie Demaria pour un vernissage immersif, dans le cadre d‘une soirée consacrée à la géométrie sacrée.

L’espace permettra de baigner les créations dans des états lumineux, avec un fond musical, et de faire l’expérience de leur transformation. La proximité offerte par l’alcôve doit permettre d’observer les empreintes végétales, les superpositions, les détails des sérigraphies et les imperfections du geste avant de découvrir leur révélation sous les ultraviolets. La soirée prolongera ainsi la logique même du projet Le Lien. Elle mettra en relation des techniques anciennes et des encres contemporaines, la lenteur du soleil et l’intensité de la lumière UV, la régularité des figures géométriques et l’imprévisibilité du végétal.

Le public n’aura pas nécessairement besoin de connaître les significations traditionnellement prêtées à chaque symbole. Il pourra d’abord regarder, laisser sa perception changer et faire l’expérience d’une œuvre qui ne demeure jamais tout à fait identique. « Tout est cadré, mais tout est lié », résume Anne-Sophie Demaria. Dans ses créations, les feuilles et les circuits, le jour et la nuit, la maîtrise et l’accident ne s’annulent pas. Ils coexistent et se répondent.


Vernissage immersif autour de la géométrie sacrée
Mercredi 23 septembre 2026 à 20 heures
Boutique Blois Capitale – 16 rue Émile-Laurens, 41000 Blois


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