Antoine Huguet, la liberté socialiste et l’horizon de 2027

À 31 ans, le nouveau premier secrétaire du Parti socialiste de Loir-et-Cher s’apprête à accueillir à Blois la rentrée nationale de sa formation. Enfant de l’école publique blésoise, socialiste critique du hollandisme et partisan d’une rupture avec la société du tout-marché, Antoine Huguet défend le rassemblement de la gauche tout en préparant déjà l’échéance suivante : une possible candidature dans la première circonscription de Loir-et-Cher.
À quelques semaines du CamPuS du Parti socialiste, Antoine Huguet assure ne pas éprouver de pression particulière. Plutôt de l’enthousiasme. Élu en juin 2026 à la tête de la fédération socialiste de Loir-et-Cher, le jeune responsable devra pourtant ouvrir, dans sa propre ville, l’un des principaux rendez-vous nationaux de son parti. Blois accueillera les 28 et 29 août des militants, des élus, des responsables politiques et des personnalités comme Matthieu Pigasse. Le Parti socialiste présente cette rencontre comme un moment de débats et de préparation collective, organisé cette année à l’approche d’échéances électorales qu’il juge décisives.
Pour les socialistes de Loir-et-Cher, la scène possède une résonance particulière. La fédération départementale n’est pas l’une des plus importantes du pays, rappelle Antoine Huguet, mais elle voit une nouvelle fois sa ville devenir, pendant quelques jours, le centre de gravité du parti. « Blois est la ville dans laquelle nous vivons, dans laquelle certains d’entre nous ont grandi. Voir les figures nationales et tous les camarades venir peupler les rues de Blois constitue forcément un moment de grande joie. » Mais derrière les retrouvailles militantes se joue déjà une partie de la campagne présidentielle de 2027 (18 avril et 2 mai), avec ses prétendants, ses divergences stratégiques et ses tentatives d’unification. « Il existe un enjeu derrière Blois 2026. Nous voulons que ce soit un moment de dynamique, de concorde et de fédération de l’énergie politique militante. »
Cette rentrée nationale constituera aussi une première exposition pour une figure encore peu connue du grand public. À 31 ans, Antoine Huguet ne cache plus son intention de compter dans les prochaines années, avec en ligne de mire une possible candidature aux élections législatives de 2027. Mais, avant ce cap, il y a un parcours et une construction intellectuelle. Antoine Huguet entend d’ailleurs présenter les deux comme indissociables.
De l’école blésoise aux sciences sociales
Antoine Huguet est né à Orléans, mais son histoire personnelle est principalement blésoise. Il raconte être arrivé dans la ville vers l’âge de deux ans et demi, avec sa mère, après la séparation de ses parents. Il y suit l’ensemble de sa scolarité : maternelle à la Clérancerie, école Marcel-Bühler, collège Blois-Vienne, puis lycée Dessaignes. Après une classe préparatoire à Orléans, il poursuit ses études à Paris et à Lyon, avec également un passage à Londres. Sa formation première relève des sciences sociales à l’École normale supérieure de Cachan, devenue ENS Paris-Saclay. « J’ai passé la majorité de mes études à traiter de questions économiques, sociologiques et historiques. » Toutefois, sa pensée politique ne s’est pas formée dans les amphithéâtres de l’enseignement supérieur. Il en situe les premières manifestations autour de ses 15 ans, lors de son entrée au lycée.
La méritocratie à l’épreuve du réel
Son éveil politique ne vient ni d’un candidat, ni d’une campagne, ni même d’un parti. Il naît d’abord d’une révolte : celle provoquée par les inégalités et par la distance entre les promesses de la République et leur traduction dans la vie réelle. « L’un des principaux endroits où j’ai nourri une pensée politique est l’école publique », souffle-t-il. L’institution promet à chacun une place et les mêmes chances de réussir. Mais, selon lui, elle ne parvient pas toujours à corriger le poids des origines sociales, familiales ou culturelles, qui continuent d’orienter les parcours. « J’y ai vu, malgré tout ce qui est organisé pour que chacun puisse trouver sa place, un système méritocratique en faillite. » C’est de cet écart entre le discours et le réel que naît sa première défiance politique. « On nous répétait beaucoup les slogans de la méritocratie et de la liberté immédiate, dont chacun devrait se saisir pour réussir. Or, dans la réalité des faits, les choses ne se passent pas du tout ainsi. »
Avec le temps, une seconde conviction vient compléter la première : les institutions sont insuffisantes, parfois défaillantes, mais elles restent fragiles et doivent être défendues. Cette prise de conscience s’approfondit après les attentats du 13 novembre 2015. Antoine Huguet étudie alors à l’ENS et vit dans le 11ᵉ arrondissement de Paris. « J’appartiens à la génération Bataclan », dit le jeune homme avec émotion. Ce soir-là lui révèle que la vie quotidienne, la culture, la fête ou la possibilité de circuler librement ne sont jamais définitivement acquises. « La possibilité de vivre notre vie comme nous l’entendions, avec des moments de joie, de culture et d’émancipation, formait en réalité un édifice fragile. »
Sa politisation repose ainsi sur deux mouvements qui pourraient sembler contradictoires : dénoncer les promesses non tenues de la République et protéger ce qu’elle rend malgré tout possible. « Il y a eu à la fois une révolte et la prise de conscience de la chance que nous avons de vivre dans une société libre. »
Un socialiste « post-hollandiste »
Antoine Huguet n’adhère au Parti socialiste qu’en 2020, à un moment où la formation tente encore de se relever de son effondrement électoral de 2017. Son entrée au PS ne s’inscrit pas dans une nostalgie du dernier quinquennat socialiste. « Ce n’est pas François Hollande qui m’a politisé, très honnêtement », assure le premier secrétaire fédéral en Loir-et-Cher. « Dans le quinquennat Hollande, on voit apparaître les prémices de la politique socio-économique du macronisme qui lui a succédé. »
Il rejoint donc le Parti socialiste au moment où celui-ci traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente, affaibli sur les plans électoral, militant et national. « Je suis arrivé au Parti socialiste à un moment où il avait touché le fond et essayait de se relever. » Pourquoi choisir une formation aussi fragilisée ? Parce qu’il distingue le parti de l’idéal qu’il prétend porter. « Je crois dans l’idée socialiste, qui est intemporelle. » Il en dessine l’horizon : une société capable de garantir à chacun la dignité, la liberté et, autant que possible, le bonheur, sans sacrifier les générations futures. Au cœur de cette définition se trouve un mot que la gauche, selon lui, ne devrait jamais abandonner : la liberté.
« On nous a volé la thématique de la liberté »
Pour Antoine Huguet, la gauche a laissé la droite s’approprier le langage de la liberté. Il considère pourtant l’émancipation comme le cœur du projet socialiste. « On nous a volé la thématique de la liberté. »
La droite libérale, estime-t-il, présente la liberté comme une possibilité immédiate offerte à tous : entreprendre, consommer, réussir, se déplacer ou s’enrichir. Chacun serait placé devant les mêmes règles et devrait ensuite assumer la réussite ou l’échec de son parcours. Antoine Huguet conteste cette représentation à travers l’image d’une course de haies : « Nous partons tous — encore que ce ne soit pas toujours le cas — du même point de départ. Mais l’un est lesté et doit franchir cinquante haies, tandis qu’un autre n’en a que trois devant lui et ne porte aucun poids. » À l’arrivée, le premier est célébré pour son mérite, sans que soient considérées les différences de patrimoine, de santé, d’éducation, de réseau ou de sécurité matérielle. « Je ne crois pas que cette vision de la liberté soit juste, effective, ni même honnête. »
La distinction qu’il établit est celle qui sépare une liberté théorique d’une liberté réellement accessible. Dire à chacun qu’il possède les mêmes droits ne garantit pas qu’il dispose des moyens de les exercer. « La liberté s’organise. Elle s’organise collectivement », affirme le jeune socialiste.
Des sanctuaires à soustraire au marché
Antoine Huguet ne défend pas une économie entièrement administrée. Il ne propose ni la disparition de l’entreprise privée ni celle des mécanismes marchands. Il estime en revanche que certains besoins indispensables à la dignité humaine ne peuvent dépendre de la seule solvabilité des individus ou des exigences de rentabilité. « La société socialiste telle que je l’imagine n’est pas une société administrée à 100 %. Elle n’est pas davantage une société entièrement soumise au marché. » Il évoque une société capable d’établir des « sanctuaires » : l’école publique, l’hôpital, l’accès à l’eau, l’alimentation, l’accompagnement de la vieillesse et, plus largement, tout ce qui conditionne une existence digne. « Oui, tout ce qui touche directement à la dignité et à la liberté des personnes doit échapper à la dynamique libérale et marchande », tranche le secrétaire départemental.
Sa critique du « tout-marché » trouve également un prolongement dans la question climatique. Pour Antoine Huguet, le marché ne peut, à lui seul, organiser une réponse juste aux bouleversements à venir. Il revient donc à la puissance publique d’anticiper les risques, de hiérarchiser les besoins et de protéger d’abord les populations les plus exposées. « Les inégalités climatiques vont venir s’ajouter aux inégalités économiques. Seule une très petite minorité de personnes extrêmement aisées pourra réellement se protéger des effets des sécheresses, des canicules, des inondations ou du manque d’accès à l’eau. Nous sommes dans un système qui exploite non seulement le travail et les travailleurs, mais également les ressources naturelles. L’un des enjeux de la prochaine campagne présidentielle sera de marquer une rupture absolument claire avec cette dynamique. »
Quel rassemblement pour 2027 ?
Au sein du Parti socialiste, Antoine Huguet appartient au courant de Boris Vallaud. Lors du congrès de 2025, il a signé le texte d’orientation Unir. Ce ralliement repose d’abord sur une proximité politique et personnelle : il suit le député des Landes depuis son adhésion au PS et dit apprécier sa méthode de travail, ses idées et, en particulier, son approche des questions économiques.
Mais son choix traduit surtout une conviction : avant de prétendre rassembler la gauche, le Parti socialiste doit d’abord apprendre à dépasser ses propres rivalités. Antoine Huguet se reconnaît ainsi dans la volonté d’Unir de restaurer une capacité d’action collective au sein du parti. Cette réunification interne n’est toutefois qu’une étape. L’enjeu suivant consiste à bâtir une offre commune avec les autres composantes de la gauche.
C’est dans cette perspective que, le 9 juillet 2026, les militants socialistes ont adopté à 55,5 % une stratégie prévoyant la désignation, au mois d’octobre, d’un candidat ou d’une candidate par les adhérents du PS et des organisations se reconnaissant dans un « pôle socialiste ». La personne retenue devra ensuite proposer à l’ensemble de la gauche démocratique, écologique et républicaine un rassemblement fondé sur un programme commun, un accord législatif et un contrat de gouvernement. Les modalités précises de ce processus doivent encore être définies par un comité interpartis.
Antoine Huguet défend un espace politique qui irait, selon les personnalités, de Raphaël Glucksmann à François Ruffin, et d’Aurore Lalucq à Clémentine Autain ou Marine Tondelier. « Je trouve que ce pôle politique est cohérent dans ses propositions. Il reprend, pour une large part, la vision de la société que j’ai décrite. »
La France insoumise (LFI) reste en dehors de ce périmètre. Antoine Huguet explique cette séparation moins par un refus abstrait de toute coopération que par une opposition à la méthode de Jean-Luc Mélenchon. « Il était hors de question de nous ranger immédiatement, sans aucune discussion, derrière une candidature qui ne se serait soumise à aucun processus de désignation. » Il pose trois exigences : discuter du programme, déterminer les règles de désignation et définir avant l’élection les conditions d’un éventuel exercice du pouvoir. « Il faut pouvoir parler des idées, de la méthode de gouvernement et du pacte gouvernemental que nous pourrions construire. »
Le secrétaire fédéral envisage ainsi le début de la campagne présidentielle autour de deux grandes candidatures à gauche. Il compte sur les électeurs pour faire émerger progressivement celle qui semblera la mieux placée pour accéder au second tour. S’il reconnaît le danger d’une dispersion plus large, il mise sur le « principe de réalité » des responsables politiques, convaincu que la menace d’une victoire du Rassemblement national finira par imposer le rassemblement. « Je ne crois pas qu’ils aient envie d’être les artisans de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. »

Place publique : une clarification économique attendue
Antoine Huguet ne considère pas Raphaël Glucksmann ou Place publique comme des adversaires. « Si nous nous engageons dans un processus de désignation commun, c’est évidemment parce que l’essentiel de nos idées nous rassemble. » Il rappelle que les socialistes ont mené avec lui la campagne des élections européennes de 2024 et qu’une partie des militants éprouve à son égard une réelle sympathie. Les convergences lui paraissent nombreuses en matière européenne, internationale, écologique, démocratique et républicaine. « Sur le plan international, il n’existe pas entre nous l’épaisseur d’un papier à cigarette. »
La principale différence se situe, selon lui, dans le rapport au libéralisme économique et à l’héritage du macronisme. « Place publique n’a pas encore, de mon point de vue, affirmé des positions aussi clairement ancrées à gauche sur les questions sociales et économiques. » Il ne parle pas d’un fossé infranchissable, mais d’une clarification nécessaire. Toute candidature commune devra, selon lui, porter une rupture avec l’affaiblissement des services publics et l’extension du domaine marchand.
Pedro Sánchez et le « socialisme par la preuve »
À l’échelle européenne, Antoine Huguet voit en Pedro Sánchez l’exemple d’une gauche capable de démontrer, par l’exercice du pouvoir, que progrès social et efficacité économique peuvent aller de pair. Selon lui, le chef du gouvernement espagnol apporte ainsi « la preuve par l’action » qu’une politique socialiste peut améliorer concrètement la vie de la population. Il évoque l’augmentation du salaire minimum espagnol. Entre 2018 et 2026, celui-ci est passé de 735 à 1 221 euros bruts mensuels, versés quatorze fois par an, soit une progression cumulée de 66 %. « C’est l’exemple d’une gauche au pouvoir qui améliore la vie des gens, mais qui ne fait pas abstraction des défis du siècle à venir. »

La blessure des législatives de 2024
Les élections anticipées de 2024 ont laissé une profonde amertume chez les socialistes blésois. Et plus globalement chez le peuple de gauche. Après la dissolution de l’Assemblée nationale, Marc Gricourt avait fait connaître sa volonté de porter la candidature du Nouveau Front populaire dans la première circonscription loir-et-chérienne. Les négociations nationales avaient finalement attribué celle-ci à La France insoumise, qui avait choisi Reda Belkadi. « L’épisode de 2024 est un épisode malheureux pour nous. Il nous a marqués localement et nous ne voulons pas qu’il se reproduise », déclare Antoine Huguet.
La suite de la campagne a accentué le ressentiment local. LFI a retiré son investiture à Reda Belkadi après la mise au jour d’anciennes publications antisémites. Conséquence. Marine Bardet, candidate du RN, est arrivée en tête avec 35,22 %, juste devant Marc Fesneau, à 34,56 %. Au second tour, Marc Fesneau a conservé son siège avec 60,20 % des suffrages, contre 39,80 % pour Marine Bardet.
En 2027, la fédération entend donc réclamer que la première circonscription revienne au Parti socialiste, le mieux placé pour battre à la fois le bloc central et le Rassemblement national. « Il y aura des discussions. Dans ces négociations, la fédération sera mobilisée pour que la candidature soit socialiste. »
Marc Gricourt en position de soutien ?
Une autre question se pose : Marc Gricourt pourrait-il être candidat ? Selon Antoine Huguet, le maire de Blois ne se projette plus aujourd’hui dans cette perspective. Il souhaiterait plutôt soutenir la personne jugée capable de l’emporter. Mais son rôle resterait déterminant. « Je n’imagine pas qu’un candidat ou une candidate de gauche puisse l’emporter sans son soutien. » Si Marc Gricourt choisit effectivement de passer le relais, les socialistes devront faire émerger une nouvelle figure. Antoine Huguet pourrait devenir cette personne.
« Je l’envisage et j’y travaille »
Le nouveau premier secrétaire fédéral ne fait pas de déclaration officielle de candidature. Les élections législatives ne sont pas encore convoquées, les accords entre partis n’existent pas et aucun processus interne de désignation n’a commencé. Il confirme néanmoins se préparer à cette éventualité. « Une candidature aux élections législatives est quelque chose de sérieux qui se prépare, je l’envisage et j’y travaille dès aujourd’hui. »
Cette ambition est soumise à plusieurs conditions. La première est institutionnelle : une nouvelle dissolution devrait être prononcée après l’élection présidentielle. La deuxième est interne : le candidat socialiste devrait être choisi selon les règles du parti et, souhaite-t-il, par un vote des militants. La troisième condition est politique : il refuse l’idée d’une candidature solitaire, imposée par l’appareil socialiste ou maintenue contre le reste de la gauche. « Cette candidature ne serait ni une candidature d’obstination ni une candidature d’isolement. »
Elle devrait réunir les différentes composantes de la gauche locale, obtenir le soutien de ses principales figures et mener une campagne suffisamment préparée. « Il n’y aura pas d’autre ligne que celle du rassemblement de la gauche. » Antoine Huguet imagine une campagne de terrain, construite autour du progrès social, de la démocratie, de la transition écologique et de la mobilisation des électeurs de gauche. « Il faudra fédérer le peuple de gauche dans cette circonscription, avec le soutien de tous les partenaires et de toutes les figures locales. »
La première étape reste la présidentielle. Il veut d’abord participer à la campagne du candidat ou de la candidate qui émergera du processus de rassemblement et empêcher une victoire du Rassemblement national. « Ma première priorité est d’être aux avant-postes dans la campagne présidentielle et de tout faire pour que l’extrême droite ne soit pas élue. » Viendra ensuite, éventuellement, le temps de sa propre candidature.
À 31 ans, Antoine Huguet avance donc avec une prudence soigneusement formulée : pas de candidature sans vote militant, pas d’investiture réclamée comme un dû, pas de campagne contre les partenaires de gauche et pas de victoire imaginée sans le soutien des principales figures socialistes locales.


