Budget participatif : comment les habitants de Blois peuvent transformer leur ville

À Blois, certaines installations du quotidien racontent déjà une autre manière de fabriquer la ville. Les cabanes installées place Jean-Jaurès, l’aire de jeux inclusive du Mail Pierre-Charlot ou encore le théâtre de verdure de la Pinçonnière sont issus du budget participatif, dispositif lancé par la Ville en 2019 et qui revient cette année avec une enveloppe maintenue à 250 000 euros (dépôt des dossiers jusqu’au 31 mai 2026).
Derrière ces aménagements visibles, parfois modestes mais très concrets, se dessine une trame : associer davantage les habitants aux décisions touchant directement leur cadre de vie. Une volonté que porte notamment Amandine Lebrat, maire-adjointe à la démocratie participative, qui voit dans le budget participatif bien plus qu’un simple appel à idées. « Les habitants et les habitantes sont les experts de leur quotidien », affirme-t-elle.
Un dispositif installé
Le budget participatif blésois existe depuis 2019. À son lancement, l’enveloppe allouée était de 150 000 euros avant d’être portée à 250 000 euros dès 2020. Le principe est simple : permettre aux habitants de proposer des projets d’intérêt général relevant du budget d’investissement de la Ville.
Culture, environnement, sport, mobilité, sécurité, patrimoine ou encore cadre de vie : les champs possibles sont relativement larges, à condition qu’il s’agisse d’une réalisation concrète et durable. « On ne pourrait pas financer un festival, parce que cela reste quelque chose d’éphémère qui ne laisse pas de réalisation concrète », précise l’élue. Le dispositif est ouvert à toute personne de plus de 15 ans résidant à Blois, sans condition de nationalité. Les projets peuvent être portés individuellement, par une association ou par un collectif d’habitants.
Depuis plusieurs années, la municipalité observe une évolution dans la manière dont les habitants s’emparent du dispositif. « Au début, certains projets étaient peut-être un peu moins structurés, un peu plus flous. Aujourd’hui, on voit que les choses sont davantage pensées en amont », explique l’élue. « Quand on arrive à faire dialoguer de nombreuses personnes autour de sujets qui les concernent directement, il peut émerger des choses très fortes ».
L’aire de jeux inclusive du Mail Pierre-Charlot, par exemple, avait été proposée par la mère d’un enfant porteur de handicap. D’autres projets, plus discrets, traduisent aussi cette logique d’usages quotidiens : l’agrandissement des toilettes du port de la Creusille, l’aménagement d’un parcours de rando-trail ou encore la création d’espaces dédiés aux chiens.
En 2025, 800 personnes ont pris part au vote pour départager les projets retenus. Un chiffre que la Ville souhaite désormais faire progresser. « On aimerait vraiment qu’il y ait davantage de votants et que de plus en plus de personnes s’emparent du dispositif », reconnaît Amandine Lebrat.
Une sélection beaucoup plus technique qu’il n’y paraît
Derrière l’image parfois légère du “projet citoyen”, le budget participatif repose en réalité sur un important travail technique réalisé par les services municipaux. Chaque proposition fait l’objet d’une étude de faisabilité : coût, contraintes réglementaires, emprise sur le domaine public, compatibilité avec le budget d’investissement, accessibilité ou encore sécurité. « Ce sont notamment les services techniques qui étudient la faisabilité et vérifient que cela relève bien du domaine public et du budget d’investissement », explique l’élue.
Certaines contraintes sont invisibles pour le grand public mais peuvent devenir décisives. Les cabanes installées près de la Halle aux Grains en constituent un exemple révélateur. « Il y avait une question de poids parce qu’elles sont installées au-dessus d’un parking. Il fallait être extrêmement attentif à cela. »
Pour tenter d’améliorer la qualité des dossiers, la Ville a mis en place depuis deux ans un “accélérateur d’idées” en partenariat avec Loir&Cher Tech. Le rendez-vous, organisé cette année le jeudi 21 mai, de 17h30 à 20h30 à la Cité du Numérique (5–11 avenue de Vendôme), permet aux habitants de confronter leurs idées à des experts capables d’évaluer leur faisabilité technique et budgétaire. L’objectif est aussi d’aider les porteurs de projets à mieux structurer leur dossier avant son dépôt officiel.
Convaincre, faire campagne, obtenir des votes
Le budget participatif est aussi devenu, au fil des années, un exercice de mobilisation. Une fois les projets jugés éligibles, leurs porteurs doivent convaincre les habitants de voter pour eux. Réunions, communication sur les réseaux sociaux, mobilisation des proches ou du quartier : certains projets mènent désormais de véritables campagnes locales. « La Ville ne va pas faire campagne à leur place », rappelle Amandine Lebrat. « Mais il y a des réunions pour les accompagner et leur expliquer le dispositif. »
Les projets retenus racontent aussi les attentes
En observant les projets lauréats, une tendance se dessine : les habitants privilégient souvent des aménagements très concrets, liés à l’usage quotidien des espaces publics. Le cani-parc “Les Babines Heureuses”, arrivé en tête en 2025, en est un exemple marquant. Porté par plusieurs habitantes, le projet prévoit des espaces d’agility, de détente et de végétalisation dédiés aux chiens. Autre illustration : le parcours de rando-trail imaginé par l’association Génération Trail et Triathlon Blois, ou encore l’agrandissement des toilettes du port de la Creusille, pensé en réponse à la fréquentation croissante du site lors des événements estivaux.

Des frustrations peuvent également apparaître autour de certains projets. La galerie à ciel ouvert de la rue des Fossés-du-Château, réalisée dans le cadre du budget participatif, a ainsi suscité des réserves chez plusieurs commerçants du quartier des Arts, qui estiment que cet espace devrait avant tout mettre en valeur les artisans.
Les limites du budget participatif
Le budget participatif ouvre des possibilités, mais il possède aussi des limites. Par exemple, un projet de piétonnisation de l’hypercentre peut-il être posé ? « Probablement pas« , répond Amandine Lebrat. Les services municipaux considèrent qu’il s’agit d’un « projet structurant déjà largement traité en interne », dépassant largement l’échelle financière et opérationnelle du dispositif. Et puis, le contexte réglementaire actuel autour de la loi d’orientation des mobilités impose progressivement l’interdiction du stationnement à moins de cinq mètres en amont des passages piétons.
Cette réponse illustre les frontières très concrètes du dispositif : les habitants peuvent proposer des aménagements, parfois transformer des usages, mais les grands choix structurants de la ville restent traités dans le cadre des politiques municipales classiques.
Une démocratie locale appelée à s’étendre
Le budget participatif ne constitue qu’un volet d’une stratégie plus large de démocratie locale que la municipalité souhaite renforcer durant cette mandature.
Une nouvelle assemblée citoyenne doit ainsi être lancée au second semestre. Une première expérience avait déjà accompagné l’émergence du tiers-lieu intergénérationnel à l’Espace Jorge-Semprun. « L’idée est aussi de fédérer les différents dispositifs de démocratie locale pour que les habitants puissent plus facilement s’en emparer », explique Amandine Lebrat. La Ville envisage également de multiplier les consultations ciblées autour des projets touchant directement au cadre de vie des habitants.
>> Pour participer au budget participatif (jusqu’au 31 mai 2026) : blois.fr/info/2026/bp


