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Dans les classes du Loir-et-Cher, l’OCCE 41 fait vivre la coopération au quotidien

À l’école, les savoirs occupent naturellement une place centrale. Mais aux côtés des apprentissages traditionnels se construisent aussi d’autres compétences : écouter l’autre, débattre, coopérer, surmonter un désaccord, mener un projet collectif ou apprendre à demander de l’aide. C’est cette conception de l’école que défend l’OCCE, l’Office central de la coopération à l’école, mouvement pédagogique ancien mais dont les enjeux résonnent fortement avec les préoccupations actuelles autour du climat scolaire, de l’empathie, de l’autonomie des élèves et de la vie démocratique dans les classes.

Dans le Loir-et-Cher, l’OCCE 41 agit à la fois comme structure d’accompagnement des coopératives scolaires et comme ressource pédagogique pour les enseignants. À Blois comme dans le reste du département, l’association intervient dans les établissements, forme les équipes, accompagne des projets, et cherche à diffuser une culture de la coopération dès le plus jeune âge. « Il se passe beaucoup de choses dans cette association », souffle Habiba El Allaoui, enseignante bénévole et vice-présidente de l’OCCE 41. À ses côtés, Alexandra Valentin, enseignante en détachement, salariée de l’association départementale, en est l’animatrice et la formatrice. Son rôle consiste à accompagner les enseignants, intervenir dans les classes et transmettre des pratiques coopératives.

Une histoire issue de l’éducation populaire

L’OCCE est une vieille histoire de l’école française. L’Office central de la coopération à l’école est né dans le sillage des mouvements d’éducation populaire et des pédagogies coopératives. Alexandra Valentin rappelle que le mouvement s’inspire des pédagogues de la fin du XIXe siècle, eux-mêmes nourris par l’expérience des coopératives ouvrières. L’idée centrale était alors de faire vivre la coopération à l’école pour former des citoyens capables de comprendre, de participer et de défendre leurs droits. « Ces pédagogues se sont demandé où il serait possible de faire vivre la coopération et d’émanciper le citoyen, afin qu’il puisse ensuite être en capacité de défendre ses droits. Ils sont donc allés vers l’école », résume Alexandra Valentin.

Dans cette histoire, Célestin Freinet occupe une place de référence. Alexandra Valentin le cite comme l’un des grands pédagogues ayant porté l’idée d’un élève citoyen en devenir, capable de penser, d’agir et de travailler avec les autres. L’OCCE, de son côté, s’est structuré au XXe siècle comme une fédération d’associations départementales. Il est aujourd’hui présent sur tout le territoire français. Dans le Loir-et-Cher, l’association départementale rassemble des élus, des enseignants bénévoles et deux salariées : Alexandra Valentin, enseignante détachée, et une secrétaire comptable. L’OCCE 41 est donc à la fois une structure associative, un appui administratif pour les coopératives scolaires et un acteur pédagogique. « Notre devise, c’est coopérer pour apprendre et apprendre pour coopérer », explique Alexandra Valentin.

L’association intervient sur plusieurs grandes thématiques : climat scolaire, art et culture, littérature, éducation à l’écologie et au développement durable. Mais ces approches ont un même objectif : développer la coopération à l’école.

Les enseignants contactent l’OCCE 41, puis Alexandra Valentin se rend dans les écoles pour mener des séances avec les élèves, en présence de l’enseignant. « L’objectif est que l’enseignant me voie interagir avec les élèves, mener l’action, mettre en œuvre la méthodologie. Il se forme ainsi en observant la pratique », explique-t-elle. Cette manière de former est importante. Alexandra Valentin parle d’isomorphisme : il ne s’agit pas seulement de dire comment faire, mais de montrer comment faire. L’enseignant observe, expérimente, puis peut reprendre les outils. L’accompagnement peut ensuite se poursuivre dans une logique de compagnonnage.

Le conseil coopératif, une démocratie à hauteur d’enfant

Parmi les outils centraux figure le conseil de coopération. Alexandra Valentin le décrit comme une instance de classe où les élèves apprennent à s’écouter, à parler, à argumenter, à prendre des décisions et à mener des projets ensemble. Le principe est simple : « un enfant, une voix ». L’enseignant reste garant du cadre et de la sécurité, mais il n’est pas là pour imposer seul toutes les décisions. « Il y a vraiment cette idée que chaque enfant peut être proactif et porteur de projet », précise Alexandra Valentin. Le conseil coopératif permet de répondre à des questions très concrètes : comment fait-on quand on est vingt-cinq ? Comment choisit-on un projet ? Comment se donne-t-on les moyens de le mener ? Comment agit-on collectivement ?

Habiba El Allaoui en a fait l’expérience dans sa propre classe. Elle avait d’abord sollicité l’OCCE pour un projet autour du jeu de société. Elle souhaitait y intégrer une dimension coopérative, qui ne repose pas uniquement sur le fait de gagner contre l’autre. Cette première entrée l’a conduite vers d’autres pratiques : jeux coopératifs, conseil coopératif, théâtre coopératif, formation.

Former les enseignants, puis faire vivre les pratiques

Pour l’OCCE 41, l’intervention auprès des élèves ne se sépare pas de la formation des adultes. Alexandra Valentin insiste sur ce point : l’association tient à ce qu’il y ait d’abord un temps de formation des enseignants sur les thématiques proposées. Les interventions en classe durent généralement de trois à cinq séances, selon les projets.

Ce travail ne concerne pas seulement les enseignants. L’OCCE peut aussi former des AESH, des services civiques, des ATSEM en école maternelle. « Il s’agit vraiment d’acculturer toute la communauté éducative à cette approche », explique Alexandra Valentin. Les chiffres donnés donnent un ordre de grandeur de l’action menée. Alexandra Valentin indique avoir vu environ 900 élèves l’an dernier, dans une trentaine de classes, soit environ 35 à 37 classes. Ce chiffre ne comprend pas tous les enseignants rencontrés dans d’autres cadres, notamment les formations menées avec la DSDEN autour de l’empathie, qui ont réuni 70 enseignants par jour sur deux journées.

À Blois, selon Alexandra Valentin, les écoles publiques sont très largement affiliées à l’OCCE. Cela permet à l’association de communiquer directement avec les équipes et de proposer des actions autour du conseil coopératif, du cadre coopératif, de la poésie, des débats philosophiques ou du climat scolaire.

Une classe transformée pendant trois ans

L’expérience d’Habiba El Allaoui constitue l’un des exemples les plus concrets de ce que peut produire la coopération dans une classe. Pendant trois ans, elle a suivi les mêmes élèves, du CE1 au CM1, en développant progressivement des pratiques coopératives.

Le point de départ était simple : un projet de jeu de société. Mais cette première étape a ouvert sur une transformation plus profonde de la classe. Les élèves ont vécu des conseils coopératifs, des jeux coopératifs, du théâtre coopératif, des projets collectifs et même une réorganisation de l’espace de classe. Avec les élèves, et en lien avec la Ville de Blois, l’aménagement de la salle a été repensé : meubles à hauteur d’élèves, outils d’aide, caissons permettant de travailler debout, assises variées, réorganisation de l’espace et du temps.

Mais le changement le plus important est ailleurs. « J’ai vu leur évolution et j’ai vu un goût pour la démocratie », dit-elle. Les élèves ont appris à proposer, voter, débattre, se mettre d’accord, mais aussi à utiliser la coopération dans d’autres contextes. Habiba El Allaoui raconte que, même dans des projets qui ne relevaient pas directement de la coopération, les élèves réinvestissaient les méthodes apprises. Ils se mettaient à deux, trois ou quatre, échangeaient leurs idées, construisaient ensemble. « On peut utiliser la coopération, pas forcément pour faire de la coopération », résume-t-elle.

Dire ses difficultés, demander de l’aide

Pour Habiba El Allaoui, l’un des apports majeurs de la coopération concerne le rapport à la difficulté. Les élèves apprennent à dire qu’ils ne savent pas, à demander de l’aide, à reconnaître leurs erreurs et à chercher des ressources. « Il y a eu une capacité des élèves à dire leurs difficultés, à apprendre à demander de l’aide, et surtout à faire confiance à l’autre », explique-t-elle.

Elle prend l’exemple du théâtre coopératif. Se montrer devant les autres n’est pas simple. Après chaque atelier, les élèves prenaient un temps de retour : qu’ai-je appris ? Qu’ai-je ressenti ? Ces moments libéraient la parole. Les élèves découvraient qu’ils pouvaient partager les mêmes difficultés et les traverser ensemble. Habiba El Allaoui se souvient notamment d’élèves de CM1 aidant des élèves de CE1 qui avaient le trac. « Il y a donc l’éducation à l’empathie, même si elle n’est pas formulée comme telle : tu as une difficulté, je peux être là pour toi. »

Cette logique modifie aussi le rapport à l’apprentissage. Il ne s’agit pas d’éviter les obstacles, mais d’apprendre à les affronter. « Toute personne qui apprend, adulte ou enfant, est confrontée à des obstacles. Il ne s’agit pas de gommer ces obstacles, mais d’apprendre comment y faire face », explique-t-elle. L’aide peut venir d’un pair, d’un document, d’une ressource. Le tutorat joue ici un rôle important : un élève peut aider dans un domaine où il est à l’aise, puis être aidé dans un autre. Pour Alexandra Valentin, ce fonctionnement bénéficie à la fois à celui qui aide et à celui qui reçoit l’aide.

Une réponse aux enjeux du climat scolaire

La métacognition (penser à ses pensées) consiste à revenir sur ce qui vient d’être vécu. Après un jeu, une activité, un atelier, les élèves prennent le temps de réfléchir : qu’avons-nous fait ? Comment l’avons-nous fait ? Qu’avons-nous ressenti ? Qu’est-ce que cela nous apprend ? « Pour éduquer à l’empathie, il faut parler des émotions », rappelle Alexandra Valentin.

La coopération ne signifie pas que tous les élèves entrent facilement dans le dispositif. Certaines résistances existent, en particulier chez des enfants qui ont un rapport difficile à l’autre ou qui ne se sentent pas en sécurité. Alexandra Valentin insiste sur la progressivité : avant de demander à des élèves de coopérer pleinement, il faut commencer par des jeux de connaissance, puis des jeux de confiance, avant d’aller vers des jeux de coopération, d’entraide et de solidarité. « Pour coopérer de façon optimale, il faut être en sécurité, se sentir en confiance. Pour se sentir en confiance, il faut se connaître. Et pour se connaître, il faut aller de soi vers les autres. Cela demande un travail », explique-t-elle.

Cette progressivité vaut aussi pour les adolescents. Alexandra Valentin a mené des activités coopératives et d’éducation à l’empathie, c’était à Tours, avec des élèves de SEGPA. À cet âge, les résistances peuvent être plus fortes, surtout si les élèves n’ont jamais rencontré ces pratiques auparavant. Mais la méthode reste la même : se connaître, construire la confiance, poser un cadre.

Le droit de ne pas participer

La coopération, telle qu’elle est défendue par l’OCCE 41, ne repose pas sur la contrainte. Habiba El Allaoui insiste sur la possibilité de dire non. Dans certaines activités, un élève peut poser un « joker » et ne pas participer. « L’idée n’est pas de forcer. Il ne s’agit pas de dire que la coopération prévaut sur tout le reste. C’est accueillir le principe de réalité », explique-t-elle.

Alexandra Valentin dit poser ce cadre dans tous les jeux de coopération, quel que soit l’âge des participants. Les activités coopératives impliquent la personne elle-même. Il y a donc une prise de risque. L’élève doit pouvoir dire : « Là, je n’y vais pas. » L’objectif n’est pas de produire une classe uniformément enthousiaste, mais de créer un cadre où les peurs, les freins, les réussites et les difficultés peuvent être exprimés et accueillis.

Une pédagogie du cadre, pas du flou

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les pratiques coopératives ne relèvent pas d’une liberté vague ou d’un effacement du rôle de l’enseignant. Habiba El Allaoui insiste sur le fait que les conseils coopératifs sont très cadrés. Il y a un temps défini, des rôles, des fonctions : maître du temps, secrétaire, président de séance selon les organisations. Les élèves changent de rôle, apprennent à se placer à différents endroits du collectif, à écouter, à parler, à réguler. « On pourrait croire que, parce que l’on parle, c’est une grande liberté. Mais pas du tout : c’est très cadré », explique-t-elle.

Cette organisation permet aussi de développer une forme de flexibilité. Une fois, l’élève aide ; une autre fois, il est aidé. Une fois, il est en réussite ; une autre fois, il reconnaît une difficulté. Dans le théâtre coopératif, les élèves apprennent également à apprécier leur propre production et celle des autres. Pour Habiba El Allaoui, la coopération permet de sortir d’une logique binaire : « tu sais » ou « tu ne sais pas ». L’enjeu devient plutôt : comment j’appréhende l’apprentissage ?

La question de la verticalité

La coopération peut parfois susciter des interrogations, voire des oppositions. Certains parents peuvent souhaiter une école plus verticale, plus proche de l’image qu’ils ont gardée de leur propre parcours scolaire. Alexandra Valentin dit avoir rencontré ce type de réserve. « Certains parents, avec un souvenir totalement subjectif de leur propre parcours scolaire, peuvent s’imaginer que la “bonne vieille école”, avec un maître dans une posture de toute-puissance et de coercition, sera plus efficace », observe-t-elle.

Elle précise toutefois qu’il n’existe pas de méthode parfaite. La coopération n’est pas présentée comme une recette miraculeuse. « Il n’y a pas non plus de diktat ou de bien-pensance de la coopération. Il ne s’agit pas de dire que c’est parfait. » Dans cette démarche, l’enfant est écouté dans son intégralité, avec ses limites, ses freins et ses peurs. Ce qu’il ressent n’est pas invalidé.

Une autre posture pour l’enseignant

La coopération transforme aussi la place de l’enseignant. Pour Alexandra Valentin, elle suppose une forme de congruence : l’adulte doit incarner ce qu’il demande aux élèves. « Les élèves ne sont absolument pas dupes, qu’ils aient cinq ans ou quinze ans. Si je prône l’empathie, la bienveillance, la coopération, mais que je ne les incarne pas, cela ne marche pas. C’est même contre-productif. Les élèves sentent l’arnaque. »

L’enseignant doit donc accepter de faire un pas de côté. Il n’abandonne pas son rôle, mais il quitte une posture de contrôle total. Il devient garant du cadre, accompagnateur, régulateur, tout en laissant davantage de place à l’initiative des élèves. Cette évolution n’est pas toujours simple. Alexandra Valentin souligne que les enseignants sont souvent héritiers d’une culture professionnelle plus descendante. La coopération oblige donc à déconstruire certaines habitudes.

Jouons les livres, Théâ, poésie : des projets concrets dans le Loir-et-Cher

L’OCCE 41 déploie plusieurs actions dans le département. Parmi elles figure un prix littéraire. Les classes lisent des ouvrages sélectionnés par une commission d’enseignantes, puis votent pour un lauréat. Cette action donne lieu à une journée organisée au château de Villesavin, intitulée « Jouons les livres ». Les enfants y participent à de grands jeux coopératifs en lien avec les livres lus. Les équipes rassemblent des élèves de différentes classes et de différentes écoles. La journée du 16 juin doit réunir trois classes de maternelle.

Autre projet important : Théâ, action nationale de théâtre coopératif déclinée dans les départements. Le principe est que tous les élèves soient sur scène. Il ne s’agit pas de confier le rôle principal à un seul enfant, mais de permettre à toute la classe de s’approprier un texte, des rôles, une mise en scène. Cette année, quatre classes ont participé à la restitution du 12 mai.

Alexandra Valentin insiste sur la force inclusive de ce théâtre coopératif. Un élève qui lit difficilement, qui parle peu français ou qui est très timide peut tout de même être présent sur scène. Des solutions sont trouvées : texte soufflé à l’oreille, texte affiché, organisation collective. « Il y a une créativité qui permet à chaque enfant, dans ce qu’il est, d’avoir sa place », explique-t-elle. L’OCCE 41 souhaite également développer une action autour de la poésie.

Faire vivre la démocratie avant de l’enseigner

Dans une époque où l’école est régulièrement interrogée sur le climat scolaire, le harcèlement, la place de l’empathie et la formation du citoyen, l’OCCE 41 rappelle une idée simple : la démocratie ne s’enseigne pas seulement comme une notion. Elle peut se pratiquer, dès l’enfance, dans des gestes ordinaires de classe. « Et ce sont des compétences utiles toute la vie », résume Habiba El Allaoui.

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