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Laurence Boisot : un chemin vers le théâtre

Sur la scène de La Petite pièce en haut de l’escalier (lire ici), Laurence Boisot incarne Grâce, une femme placée face à un interdit d’une simplicité presque enfantine, mais chargé d’inquiétude : une porte qu’elle n’a pas le droit d’ouvrir. Derrière ce rôle se dessine pourtant un autre récit, plus discret, plus profond : celui d’un parcours construit dans la durée, entre désir ancien de théâtre, engagement dans l’enseignement et travail au sein d’une compagnie. Car si le théâtre occupe aujourd’hui une place centrale dans la vie de la Blésoise, il ne s’est pas d’emblée imposé comme une évidence professionnelle.

Une envie ancienne, longtemps tenue à distance

L’envie de jouer ne date pas d’hier. Laurence Boisot situe ce désir dès l’adolescence. « J’ai toujours voulu faire ça. » Mais une vocation, même tenace, ne suffit pas toujours à ouvrir un chemin tout tracé. Dans son entourage familial, l’idée d’une carrière artistique ne va pas de soi. Elle poursuit donc d’autres études et s’oriente vers l’enseignement. Le théâtre, lui, ne disparaît pas : il demeure, mais dans un cadre amateur.

Au lycée déjà, une classe théâtre lui permet d’entretenir cet élan. À partir de là, la pratique devient régulière. Depuis ses quinze ans, elle joue chaque année dans différentes compagnies, à une seule exception près : l’année du concours de professeure des écoles.

Pendant plusieurs années, Laurence Boisot mène de front son métier d’enseignante et ses activités théâtrales. Puis vient un moment de bascule. « À un moment donné, je me suis autorisée à ne faire que ça. » Elle prend alors une disponibilité de l’Éducation nationale pendant trois ans pour se consacrer pleinement au théâtre.

Cette période constitue une étape décisive. Elle suit notamment la première promotion du conservatoire de Blois, qui ouvre alors ses portes. Elle participe aussi à des stages de cinéma à Paris, où elle rencontre des professionnel·les du milieu. Ces expériences confortent une intuition déjà présente : celle qu’un engagement artistique plus affirmé est possible. « Je me suis dit : je peux finalement en faire mon métier. »

Ce passage, à 33 ans, vers une activité professionnelle dans le théâtre ne va pas sans difficultés. Laurence Boisot le sait : commencer dans ce milieu dans la trentaine, sans être passée par une grande école nationale, suppose de bâtir autrement son parcours et son réseau. La question du statut d’intermittente du spectacle se pose aussi très concrètement. Certains contrats disponibles relèvent davantage de l’animation que du théâtre tel qu’elle souhaite le pratiquer. Dans le même temps, sa vie personnelle évolue. Elle compose avec ces réalités. Aujourd’hui, elle travaille dans un service hospitalier dans le cadre d’un poste relevant toujours de l’Éducation nationale, tout en poursuivant ses projets théâtraux.

La Compagnie du Divan, un lieu pour choisir et créer

Laurence Boisot co-dirige aujourd’hui la Compagnie du Divan avec la comédienne Céline Moreau. La création de spectacles devient alors une manière de défendre des œuvres qui lui importent véritablement. « Quand on a une compagnie, on peut choisir ce qu’on veut. » Si elle peut jouer des textes classiques, elle affirme néanmoins un goût particulier pour les écritures contemporaines. « Il y a des super pièces actuelles qui méritent d’être jouées. » C’est notamment le cas de l’œuvre de Carole Fréchette, dramaturge québécoise qu’elle admire depuis plusieurs années.

Le théâtre comme lieu de création et de révélation

Pour Laurence Boisot, l’un des aspects les plus stimulants du théâtre réside dans le temps de la création. Avant même la rencontre avec le public, le travail sur le texte et sur les personnages représente un moment essentiel. « Moi, j’adore toute la création. » Explorer un rôle devient aussi, pour elle, une façon de mieux se comprendre soi-même. « Le théâtre m’a permis de me découvrir à travers des personnages. »

Lorsque vient la représentation, l’expérience se transforme. Le rapport direct avec les spectateur·rices donne au spectacle vivant une intensité singulière. Après une représentation, Laurence Boisot dit éprouver un état très particulier : « Je me sens toujours très vivante après les pièces. » Cette sensation ne tient pas seulement à la présence du public, mais aussi à la qualité du partage qui se noue dans la salle. L’échange fait pleinement partie de ce qui se joue.

Monter une pièce, pour elle, ne consiste pas seulement à divertir. Laurence Boisot explique qu’elle choisit souvent des textes capables d’ouvrir une réflexion chez les spectateur·rices. Et la diversité des réceptions appartient, selon elle, à l’essence même du spectacle vivant.

Parmi les souvenirs les plus marquants de son parcours, elle évoque la réception de La Peau d’Élisa, autre pièce de Carole Fréchette. À l’issue de certaines représentations, des spectateur·rices sont venus lui demander qui était l’autrice, découvrant alors son travail pour la première fois. Pour la comédienne, ces échanges ont une valeur particulière. Ils disent la capacité du théâtre à faire circuler des œuvres, à éveiller une curiosité, à prolonger la scène bien au-delà du plateau.



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