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Pauline Brideron redonne une place au vivant sur des cartes anciennes

Sur d’anciennes cartes géographiques, Pauline Brideron dessine des coccinelles, des poulpes et bientôt des balbuzards pêcheurs. L’illustratrice, qui expose actuellement aux Voûtes du Puits Châtel à Blois, utilise des milliers de points de couleur pour représenter des animaux que l’on ne prend pas toujours le temps de regarder. Une démarche nourrie par son amour de la nature, son intérêt pour la cartographie et un parcours professionnel peu ordinaire.


Sur un des murs de pierre de la galerie des Voûtes du Puits Châtel, à Blois, sept coccinelles ont pris des proportions inhabituelles. Rouges, orangées, noires ou jaunes, elles occupent chacune le centre d’une ancienne carte géographique. Les routes, les reliefs et les noms de lieux restent visibles derrière leurs silhouettes. D’une œuvre à l’autre, les couleurs changent, les motifs aussi. Ces insectes que l’on remarque à peine dans un jardin révèlent ici une diversité insoupçonnée.

Pour cette série présentée dans l’exposition collective Les Marchands… de rêves, organisée par L’Art Pluriel à l’occasion des Rendez-vous de l’histoire, Pauline Brideron a choisi d’anciennes cartes militaires comme supports. Les sept coccinelles qu’elle y a dessinées appartiennent toutes à des espèces bien réelles. « Il existe plein de variétés », rappelle-t-elle. Certaines surprennent par leurs couleurs, d’autres par leurs motifs, bien loin de la familière coccinelle rouge à points noirs. En les représentant dans des dimensions inhabituelles, l’artiste invite à découvrir cette diversité que leur petite taille nous empêche souvent d’apprécier.

Pauline Brideron

Les cartes, une autre manière de regarder le monde

Pauline Brideron a toujours aimé les cartes. Elle apprécie de pouvoir se repérer, reconnaître un territoire, comprendre comment les lieux s’organisent les uns par rapport aux autres. Les cartes anciennes l’intéressent aussi pour ce qu’elles sont devenues : des documents oubliés, parfois abandonnés, quand ils ne finissent pas à la poubelle. En dessinant dessus, elle leur trouve un nouvel usage. Une démarche qui lui rappelle le street art, découvert pendant ses études à Nantes, où elle avait été séduite par cette manière de s’approprier des supports existants. Avec ses cartes et ses marqueurs, elle en propose une version bien à elle. « C’est du street art à domicile ! », plaisante-t-elle. Les fonds peu colorés des anciennes cartes militaires font particulièrement ressortir les teintes vives des insectes. L’artiste confronte deux formes de précision : celle des cartographes et celle de ses dessins, réalisés point par point.

À première vue, les coccinelles semblent peintes d’un seul tenant. En s’approchant, on découvre un travail minutieux de juxtaposition et de superposition de points. Pauline Brideron utilise des marqueurs à peinture acrylique. Elle commence avec des pointes relativement larges, puis réduit progressivement leur taille pour affiner les volumes, les textures et les détails. Le travail des couleurs est tout aussi important. Dans les parties orangées de ses dessins se glissent parfois du violet, du mauve ou du bleu. Ces nuances ne se distinguent pas nécessairement les unes des autres, mais leur accumulation contribue au rendu final.

Et puis, au delà de la seule question esthétique, une carte représente le monde à travers des frontières, des routes, des villes et des reliefs. Elle porte la marque de l’organisation humaine du territoire. Pauline Brideron y introduit des animaux, dont la présence est généralement absente de ces représentations. « On oublie parfois que dans ces cartes il y a aussi du vivant », lance l’illustratrice.

Le balbuzard pêcheur, son prochain sujet

Après les coccinelles et les poulpes, Pauline Brideron s’intéresse désormais au balbuzard pêcheur, un rapace bien présent en Centre-Val de Loire. Cet oiseau, qui se nourrit principalement de poissons, a longtemps disparu de France continentale comme espèce nicheuse avant de faire son retour en forêt d’Orléans, où une première nidification est observée en 1984. Il s’installe ensuite à Chambord en 1995. Depuis, sa présence fait l’objet d’un suivi attentif. Les jeunes sont notamment bagués pour mieux connaître leurs déplacements, tandis que des caméras permettent d’observer la vie des oiseaux au nid. Ces efforts de protection et de surveillance ont accompagné le retour progressif de l’espèce dans la région. Pauline Brideron connaît cet engagement en faveur de l’espèce. Elle voudrait contribuer, à sa manière, à faire connaître cet animal. « Il y a aussi ici des animaux qui méritent d’exister et d’être protégés. »

Pauline Brideron envisage de représenter le balbuzard sur de grandes cartes géographiques, en privilégiant le secteur entre Orléans et Blois, où l’oiseau est présent. Elle prépare ses illustrations à partir de photographies, qu’elle combine pour composer ses dessins. Un premier croquis sur papier lui permet de travailler les proportions avant de reporter l’oiseau sur la carte et de le peindre point par point. Elle préférerait pourtant dessiner d’après nature, en prenant le temps d’observer les oiseaux dans leur environnement. Ses activités d’art-thérapeute et de professeure de dessin lui en laissent peu la possibilité. « Financièrement, c’est compliqué d’avoir le temps d’observer et de dessiner toute la journée. » Elle espère présenter cette nouvelle série en 2027.

De la production animale à l’école d’art

« J’ai un parcours atypique, comme on dit », sourit Pauline Brideron. Élevée en milieu rural, elle suit d’abord des études agricoles jusqu’au BTS en productions animales, avant de se former au toilettage canin. Le dessin, qu’elle pratique depuis l’enfance, finit par la conduire à l’école Pivaut, à Nantes, où elle acquiert les techniques qui lui manquaient et découvre notamment le street art. Elle exerce ensuite plusieurs métiers : agente d’accueil et d’entretien dans une piscine, serveuse dans le restaurant familial, puis factrice pendant huit ans et demi. Sans jamais abandonner le dessin, elle réalise notamment des calendriers illustrés pour ses proches. Après La Poste, elle décide d’accorder davantage de place à la création et entreprend une formation en art-thérapie, qui marque un tournant dans son parcours. « Ça a vraiment déclenché mon envie d’exposer mon travail. »

Collectif L'Art Pluriel
Collectif L’Art Pluriel | Photo : Marc Alvarez

Informations pratiques

Les Marchands… de rêves, exposition collective de L’Art Pluriel, avec notamment Pauline Brideron, Nicole Gil, Corinne Benedek, Éric Diot, Émilie Chartier, Vanesa Bardelli et VDV Photographie.

Lieu : galerie Les Voûtes du Puits Châtel, passage Alain-Pierre, Blois.

Dates : du 8 au 11 octobre 2026.

Horaires : de 10 h à 13 h et de 15 h à 19 h.

Entrée libre.


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