Rue de Bel Air à Blois : exemple d’une “zone 30” ignorée par les automobilistes

À Blois, la rue de Bel Air, récemment rénovée, devait s’inscrire dans une logique de “rue apaisée”. Mais des relevés effectués en avril 2026 montrent un décalage marqué entre l’objectif affiché et les vitesses réellement pratiquées.
Située entre le centre-ville et les quartiers nord, la rue de Bel Air a fait l’objet d’une rénovation complète en 2026. Large de 7 mètres et à double sens, elle présente aujourd’hui un revêtement neuf et particulièrement lisse.
Dans le même temps, plusieurs éléments interrogent la Ligue contre la violence routière. Les trottoirs, jugés trop étroits, ne respectent pas la largeur minimale de 1,40 mètre. Surtout, la limitation à 30 km/h, pourtant censée s’appliquer à l’ensemble du quartier, n’est signalée qu’à une seule entrée de la rue. L’accès depuis la rue de Mare, lui, ne comporte aucun panneau.

82 % des conducteurs au-dessus de la vitesse autorisée
Pour objectiver les usages, la Ligue contre la violence routière a installé un capteur Telraam et enregistré les flux de circulation sur plusieurs jours en avril 2026. Les résultats sont nets : seuls 18 % des conducteurs roulent à moins de 30 km/h, tandis que 82 % dépassent la limitation. Dans le détail, la majorité des véhicules circule entre 30 et 50 km/h, avec un pic dans la tranche 40–50 km/h. Des vitesses plus élevées sont également relevées, certaines dépassant 70 km/h, et ponctuellement davantage.

L’analyse du V85 — indicateur couramment utilisé en sécurité routière, correspondant à la vitesse en dessous de laquelle circulent 85 % des véhicules — confirme cette tendance. Sur la rue de Bel Air, le V85 se situe tout au long de la journée bien au-dessus des 30 km/h, oscillant le plus souvent entre 50 et 60 km/h. Un pic proche de 80 km/h est observé en début de matinée. Autrement dit, même en tenant compte de la dispersion des vitesses, la vitesse de circulation “courante” reste largement supérieure à la limitation.

Ces éléments permettent de qualifier la situation : la vitesse pratiquée sur cette rue ne correspond pas à celle attendue dans une zone apaisée. Dans une rue réellement régulée à 30 km/h, la distribution des vitesses tend habituellement à se concentrer autour de cette valeur, avec un V85 proche du seuil réglementaire. Ici, les données suggèrent au contraire une vitesse de fonctionnement située autour de 50 km/h, nettement supérieure à l’objectif affiché.
Cette situation concerne un axe emprunté quotidiennement, notamment par des enfants se rendant à l’école Bel-Air. Le trafic y est estimé à environ 1 600 véhicules par jour, composé à 75 % d’automobilistes, 13 % de véhicules de livraison, 3 % de cyclistes et près de 8 % de piétons.
Entre objectif d’apaisement et réalité des usages
Si les données issues du capteur Telraam doivent être lues avec prudence — les vitesses mesurées étant indicatives et susceptibles de varier d’environ 10 % —, elles dessinent une tendance : la limitation à 30 km/h n’est pas, dans les faits, la vitesse pratiquée. Ces relevés ouvrent, de fait, une question plus large : celle de l’adéquation entre les aménagements urbains, la lisibilité des règles et les comportements réels des usagers.
En outre, sur le terrain, plusieurs comportements à risque ont été signalés : usage du téléphone au volant, stationnement sur les trottoirs — une pratique ancienne dans le quartier —, nuisances liées aux deux-roues motorisés ou encore présence de bonbonnes de protoxyde d’azote abandonnées.
Pour en savoir plus : https://telraam.net/fr/location/9000010875


