Un rendez-vous pour des récits d’aventures cyclistes

Samedi 21 février, à 18h30, salle Roland-Dorgelès à Blois, avec Vélo 41, ils ne viendront pas “faire rêver” au sens publicitaire du terme. Ils viendront raconter ce que le vélo fait au voyage — et ce que le voyage fait à ceux qui pédalent. Christelle, Aziz et Thomas ont trois itinéraires, trois rythmes, trois façons de partir. Mais une ligne commune : une expérience qui tient autant à la géographie qu’aux gens, et qui se mesure moins en kilomètres qu’en intensité.

Ils ne se connaissaient pas. Et puis il y a eu des rencontres, des présentations, une suite d’enchaînements. Et la découverte, en discutant, que leurs récits se répondaient : le Maroc — l’Atlas, Merzouga, le sud — comme horizon commun, même si chacun y est allé à vélo pour des raisons différentes, sur des temporalités différentes.
Car dans leurs voix, il n’est pas question de record. Christelle le dit sans détour : « Le plus important, ce n’est pas le nombre de kilomètres. Ce sont les gens, les expériences. » Thomas, lui, parle d’abord de cohérence : partir sans avion, s’arranger avec le travail, et faire du vélo une manière de se déplacer “juste” à ses yeux. Aziz, enfin, raconte un départ poussé par un projet concret : un centre médical au sud du Maroc. Trois manières d’entrer dans le voyage. Une même sensation, au bout : celle d’avoir vécu “autrement”, et de revenir avec quelque chose qui déborde la simple anecdote.
Ce trio, pourtant, ne repose pas sur un voyage commun. Thomas : novembre et décembre 2025. Aziz : de septembre à octobre 2025. Christelle : d’août 2024 à mars 2025. Même zone d’aimantation, mais pas le même calendrier, ni la même raison de partir.
Christelle : un itinéraire qui s’est ouvert “au fil des rencontres”
Christelle part de Blois, avec une idée claire : « A vélo, mais seule. » Rien, au départ, n’annonce le sud du Sénégal. Elle imagine traverser l’Espagne, rejoindre le Maroc, faire un bénévolat, retrouver un guide avec qui elle avait déjà randonné. Puis le voyage bifurque — littéralement. « Je suis passée par le Portugal, parce qu’une copine portugaise m’a conseillé de faire un détour », explique-t-elle. Et surtout, il y a cette rencontre dans le sud de l’Espagne : « J’ai rencontré deux Allemands… je les ai suivis au Maroc. » Eux visaient l’Afrique de l’Ouest. Elle continue : « Du coup, je suis allée jusqu’au Sénégal avec eux, dans le sud du Sénégal. »
Pas de recherche de performance. Pas de course à la distance dans son voyage. Elle dit même le contraire : « S’il y avait une côte et que mon vélo était trop lourd, je descendais et je poussais. » L’important n’est pas d’“être forte”, mais d’avancer. De s’ajuster. D’accepter la réalité. Sur la mécanique, elle reste lucide : une crevaison, et une prudence de voyageuse qui sait qu’on n’improvise pas au milieu de nulle part. « Je ne suis pas calée en mécanique vélo… j’allais souvent dans des magasins de vélo quand c’était possible, pour éviter une surprise. Par exemple au milieu de la traversée du Sahara, ce n’est pas le moment… »
Le voyage, chez Christelle, s’organise aussi par périodes : rouler, puis se poser. Elle s’arrête trois semaines pour son bénévolat au Sénégal. Et elle justifie ce choix avec une phrase qui dit beaucoup de son rapport au voyage : le nomadisme ne suffit pas toujours. « Je voulais m’imprégner des coutumes locales », dit-elle, en expliquant qu’elle roulait jusque-là surtout entre Européens, et que se poser lui permettait d’être “avec des Sénégalais”, d’échanger, de comprendre autrement.
Dans les “moments forts”, Christelle cite d’abord le Sahara : « Éprouvant… mais incroyable. » Puis une expérience très précise : la Mauritanie, un train minier. Enfin, il y a la trame constante : les rencontres, au Maroc, en Mauritanie, au Sénégal. Pour dormir, elle décrit une pratique majoritaire : « La plupart du temps, c’était du bivouac. » Elle donne même une méthode : s’arrêter vers 16h-17h pour repérer. Et quand ce n’est pas le bivouac : hôtels en ville, parfois chez l’habitant, parfois des solutions “sur la route”, stations-service, haltes policières…“plus on va dans le sud”.
“J’ai vécu 3 000 vies” : le retour comme une collision
La partie la plus frappante, chez Christelle, n’est peut-être pas l’aller, mais le retour. Elle parle d’un choc : reprendre le travail très vite, un rythme intense, et la difficulté à “digérer” ce qui vient d’être vécu. « Pendant sept mois, j’ai pris le temps. Et là, tout allait très vite. » Elle cherche ses mots, puis trouve une image simple : « On a 3 000 vies en quelques semaines, mois. Et quand on revient, c’est la vie normale. » Et surtout cette sensation de décalage : revenir au même endroit, et constater que rien n’a bougé…
Aziz : Blois–Merzouga pour la cause
Pour Aziz le cyclo-voyage débute en septembre 2025 pour deux mois. Son récit est construit autour d’une cause précise qu’il veut soutenir : la création d’un centre médical dédié aux diabétiques à Erfoud, au sud du Maroc. Rapidement, il achète un vélo, effectue un “crash test” d’une semaine entre Blois et la dune du Pilat pour évaluer la faisabilité de l’effort. Et puis, c’est le grand départ… Blois, Limoges, Montauban, Perpignan, en passant par Toulouse, où il raconte une rencontre marquante : Lilou, cyclo-voyageuse “à la fin de son voyage”, qui revenait du Népal après “un an et 10 000 km”. Il dit : « Une de mes plus belles rencontres… elle m’a donné du courage. »
Ce qui distingue le voyage d’Aziz, c’est l’objectif de communication assumé. Il le dit clairement : pendant le trajet, il voulait “motiver”, “expliquer”, faire connaître le projet. La forme, elle, est très simple : « une petite affiche » accrochée derrière les bagages. Juste assez pour intriguer. « Les gens prenaient en photo, venaient, posaient des questions. » En parallèle, un compte Instagram alimenté : 1braquet1sourire. « Cela a permis de toucher pas mal de gens et de récolter pas mal de dons, et ça continue”.
L’hospitalité faite aux cyclo-voyageurs
Aziz revient longuement sur l’accueil reçu tout au long de son périple, un accueil qu’il décrit comme constant, désarmant de simplicité. « Ce n’est pas un mythe », insiste-t-il. Pour lui, cette hospitalité n’a rien d’abstrait : elle s’incarne dans des scènes très concrètes, presque banales, et d’autant plus frappantes. Il en raconte une, précisément, dans le sud. Il ne demande rien d’autre que de quoi remplir sa gourde. L’homme qui lui ouvre — ferronnier — ne se contente pas d’indiquer un robinet : il l’invite à entrer, à passer par le jardin. Puis la femme arrive, la conversation s’élargit, et ce qui devait être un simple geste devient une invitation entière. Une chambre. Un repas. La famille.
De cette expérience, Aziz retient une conviction forte : on a souvent tendance à croire que l’humanité s’est perdue, alors qu’elle est simplement là, disponible — à condition de faire le premier pas, de demander, d’oser aller vers les autres.
Thomas : l’Atlas sans avion
Notre troisième cyclo-voyageur s’appelle Thomas. Il est parti à l’automne, entre novembre et début décembre 2025, depuis la Catalogne, où il se trouvait pour des raisons professionnelles. De là, il a pris la route vers le Maroc, avec une contrainte qu’il s’était fixée dès le départ : ne pas prendre l’avion. Arrivé au Maroc, il vise un seuil : Marrakech, comme “porte d’entrée”, puis l’Atlas.
Thomas évoque aussi une source d’inspiration précise : le cycliste Maximilian Schnell, nomade, qui a « vécu dix ans sur son vélo ». Les images qu’il avait vues de l’Atlas, prises à une période comparable de l’année, ont agi comme un déclencheur — pour les paysages, bien sûr, mais aussi pour l’idée de tranquillité qu’elles dégageaient. Il le précise toutefois aussitôt : il n’a pas cherché à suivre un itinéraire existant. Cette traversée, il l’a construite à sa manière, en traçant son propre chemin.
Contrairement à Christelle, Thomas ne s’installe pas vraiment en bivouac au Maroc. Il le dit franchement : « C’est un apprentissage, il faut se sentir à l’aise ». Résultat : quelques campings, mais plutôt des auberges. D’autant plus que la nuit est “très fraîche” à cette époque, ce qui décourage.
Montrer “une autre facette” du vélo
S’il s’agit, ce samedi, de raconter leurs voyages à vélo au public blésois, Thomas inscrit aussi la soirée dans une perspective plus large. Pour lui, il s’agit de sortir le vélo de ses cadres habituels — celui du strict usage urbain comme celui du seul engagement militant. Le voyage à vélo, explique-t-il en substance, en est une autre facette, plus ouverte, plus accessible, et surtout praticable par tous.
Et puis, à pied, disent-ils, c’est trop lent, éprouvant sur la durée. En voiture, au contraire, tout va trop vite : on traverse les paysages sans les goûter. Le vélo occupe cet entre-deux précieux. On avance suffisamment pour aller loin, mais assez lentement pour voir, s’arrêter, parler, rester accessible. Chacun le formule avec ses mots. Christelle parle de « contemplation ». Thomas évoque la tranquillité. Aziz, lui, insiste sur cette possibilité d’aller « vers n’importe qui ». Tous décrivent, à des degrés différents, une expérience sociale très particulière : être à découvert, donc abordable — et devoir parfois oser demander. Cette vulnérabilité assumée devient une clé de la rencontre.
Ils racontent aussi une sociabilité propre à la route. Les échanges de conseils, les discussions improvisées, les questions de matériel ou d’itinéraires. Christelle évoque même l’existence de groupes de messagerie, notamment sur WhatsApp pour l’Afrique de l’Ouest : un monde parallèle de voyageurs qui partagent informations, alertes, bons plans, et se réjouissent de se croiser, parfois sans s’être jamais vus.
Ce que transmettra la soirée avec Vélo 41 tient précisément à cela : rendre le voyage à vélo concret. De ces récits émergeront aussi des conseils très terre-à-terre. Commencer petit. Intégrer le vélo dans le quotidien — « aller chercher sa baguette », rouler avec les enfants. Apprendre en roulant. Et puis un point surgira comme une évidence partagée par tous : l’alimentation. « Tu ne manges pas, tu ne pédales pas », lance Aziz. Barres, flocons, boulangeries, etc. : le carburant n’est pas un détail, c’est une condition.
Samedi soir, à Blois, ils ne vont pas seulement projeter des images. Ils vont remettre en circulation quelque chose de plus rare : une expérience racontée avec ses aspérités, ses doutes, ses trouvailles. Et rappeler qu’avant d’être une aventure, le voyage à vélo commence souvent par une décision très simple — pédaler, et voir ce que la route fait à la vie.


