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« Une journée aux châteaux » revient : 86 700 billets gratuits pour redécouvrir le Loir-et-Cher

Du 19 septembre au 18 octobre, l’opération départementale « Une journée aux châteaux » revient pour une neuvième édition particulièrement large. Cinq sites sont cette fois ouverts gratuitement aux Loir-et-Chériens : Chambord, la Commanderie d’Arville et trois maisons à thème de Sologne. Au-delà de la gratuité, le Département revendique une ambition simple : inciter les habitants à regarder autrement un patrimoine qu’ils côtoient parfois sans vraiment le connaître.


Il y aura Chambord, la star. Ses façades de pierre, son escalier à double révolution, ses jardins, son domaine. Mais l’édition 2026 d’« Une journée aux châteaux » conduira aussi beaucoup plus loin des itinéraires les plus fréquentés : jusqu’à Arville, dans le Perche, pour entrer dans l’univers des Templiers ; à Saint-Viâtre, pour comprendre le rôle des étangs en Sologne ; à Villeny, sur les traces du cerf ; ou encore à Chaon, dans un musée qui assume jusque dans son nom sa singularité, la Maison du Braconnage.

Du 19 septembre au 18 octobre, cinq sites accueilleront gratuitement les habitants du Loir-et-Cher (réservation obligatoire ICI sur le site du conseil départemental de Loir-et-Cher). C’est davantage qu’à l’habitude. Les précédentes éditions s’articulaient généralement autour de trois lieux. Philippe Gouet justifie ce choix par une volonté d’équilibre géographique autant que thématique. Au nord, la Commanderie d’Arville ; au centre, Chambord ; au sud, trois établissements réunis autour d’une même identité, celle de la Sologne. « Il nous a semblé absolument essentiel de regrouper ces trois sites. Ça avait du sens », explique le président du conseil départemental.

En additionnant les jauges annoncées pour chaque lieu, l’opération représente cette année 86 700 possibilités de visite : 45 000 billets pour Chambord, 22 500 pour Arville et 6 400 pour chacune des trois maisons de Sologne.

Chambord

Chambord, retour au point de départ

La présence du Domaine national de Chambord donne évidemment une belle dimension à l’édition. Le monument avait déjà participé à la première opération, en 2017. Il revient neuf ans plus tard avec une jauge fixée à 1 500 visiteurs gratuits par jour, soit 45 000 billets répartis sur la durée de l’opération. Pour Guillaume Lericolais, directeur général des services du Domaine national de Chambord, cette participation correspond à une politique plus large menée en direction des habitants. « On n’oublie pas que les Loir-et-Chériens sont les premiers visiteurs de Chambord », rappelle-t-il.

Le lien ne se limitera d’ailleurs pas à l’entrée gratuite. Pendant la période, des avantages spécifiques doivent être proposés aux habitants du département pour certaines visites, le spectacle équestre, la boutique ou encore les vins du domaine, sur présentation d’un justificatif de domicile.

Chambord profitera également de cette séquence pour lancer Les Festins de Chambord. À partir du 26 septembre, l’exposition installée au deuxième étage du château reconstituera quatre grandes scènes de réception ayant marqué son histoire, depuis la venue de Charles Quint auprès de François Ier en 1539 jusqu’au dîner organisé en 1988 en l’honneur du prince Charles et de la princesse Diana. Deux œuvres monumentales d’Alexander Calder doivent parallèlement rejoindre les jardins à la française dans le cadre d’une programmation régionale.

Commanderie d’Arville © ADT41

À Arville, les Templiers changent de décor

La Commanderie d’Arville sort elle d’une importante campagne de travaux et présente désormais un parcours muséographique entièrement renouvelé. Christine Charreau, présidente de l’association La Commanderie d’Arville, espère que l’opération permettra d’abord aux habitants de découvrir cette partie du département. « Sans doute seront-ils nombreux, les habitants du Loir-et-Cher, qui découvriront à la faveur de la visite de la Commanderie un territoire qu’ils ignoraient : le nord de notre département, c’est-à-dire en fait le sud du Perche, avec ses paysages très caractéristiques de collines et de bocage. »

Les habitués découvriront eux aussi un lieu transformé. L’accueil et la boutique ont été installés dans un ancien presbytère restauré ; les circulations ont été reprises ; surtout, le musée consacré aux Templiers a été entièrement repensé. Le parcours part d’Arville pour raconter la vie de l’ordre, les voyages terrestres et maritimes vers l’Orient, les croisades, les combats mais aussi les échanges entre les mondes chrétien et musulman, avant la disparition brutale des Templiers.

Écrans tactiles, vidéos, cartographies animées, mises en scène et objets historiques remplacent l’ancien dispositif sans bouleverser la logique générale de la visite. Une salle nouvelle s’intéresse également au « templarisme », autrement dit à la manière dont l’histoire des Templiers a ensuite été récupérée, transformée et parfois mythifiée.

Cette frontière entre histoire et légende intéresse particulièrement Christine Charreau : le musée veut pouvoir répondre à un visiteur exigeant tout en restant accessible aux enfants. Parmi les pièces présentées figurent notamment des croix de pèlerinage, des monnaies, une épée du XIIIe siècle et une cotte de mailles. Pour Philippe Gouet, cette rénovation justifiait pleinement le retour d’Arville dans l’opération. Le Département a participé au financement du chantier et revendique un soutien durable au site.

Trois maisons pour raconter une autre Sologne

Plus au sud, le choix est presque éditorial… ou comment raconter la Sologne via trois portes d’entrée complémentaires. À Saint-Viâtre, la Maison des Étangs s’attache à expliquer un paysage que l’on croit connaître. Ses huit salles thématiques racontent l’histoire, le fonctionnement et la biodiversité des étangs solognots.

La nouvelle scénographie cherche à sortir du musée contemplatif. Des « boîtes à histoires » font entendre différents personnages, dont un pêcheur ou un écologue ; les écrans tactiles permettent d’effectuer des manipulations et même de simuler certaines analyses de l’eau. « On veut que les visiteurs soient vraiment acteurs de leur visite », résume Laetitia Marion, animatrice de la Maison des Étangs.

Pour ces établissements plus éloignés des grands axes touristiques, l’opération départementale constitue surtout une occasion de toucher un public de proximité qui ne pense pas nécessairement à franchir leur porte. C’est aussi le constat de Michèle Lombardi, présidente de la Maison du Cerf à Villeny.

Créée en 1993, la Maison du Cerf retrace la place de l’animal dans les paysages et les traditions de Sologne. Son parcours muséographique, repensé ces dernières années, permet désormais une visite beaucoup plus autonome et interactive. Le calendrier de l’opération tombe surtout à un moment particulier : celui du brame du cerf.

À Chaon, le braconnage comme patrimoine social

La troisième maison s’autorise un pas de côté. À Chaon, la Maison du Braconnage raconte depuis 1997 une histoire moins institutionnelle du territoire. Thierry Keith, maire de la commune et vice-président de Cœur de Sologne chargé de la culture, assume volontiers l’étrangeté du sujet. « Rien que le nom, rien que l’appellation, effectivement, ça interroge. On fait un peu l’apologie de ce qui est un contournement de la loi. »

Le musée ne célèbre pourtant pas l’infraction. Il replace le braconnage dans l’histoire sociale de la Sologne : réglementation de la chasse, gardes-chasse, ruses employées pour leur échapper, pièges, braconnage nocturne et existence parfois rude des hommes de la forêt.


Maison du braconnage © Coeur de Sologne.jpg

Impossible, ici, d’échapper à Maurice Genevoix et à Raboliot. La Maison conserve aussi des éléments liés au tournage de L’École buissonnière, confiés par Nicolas Vanier. À l’extérieur, plusieurs sculptures monumentales de Christian Hirlay prolongent avec humour cette évocation du monde forestier. Un sentier botanique vient désormais compléter la visite. Il mêle découverte de la végétation solognote et identification des traces laissées par les animaux.

Le lieu revendique également une activité culturelle qui dépasse largement ses collections. Pendant l’opération, l’exposition photographique Le Canton d’hier à aujourd’hui sera proposée, tandis que des bénévoles raconteront chaque jeudi et vendredi après-midi des histoires et croyances populaires de Sologne. Des ateliers nature seront organisés le week-end. Le David Kozak Trio donnera également un concert le 26 septembre à 20h30, hors du dispositif de gratuité.

Thierry Keith résume cette proposition comme la possibilité de découvrir « une autre Sologne ». Celle des villages de briques, des forêts, des landes de bruyère et d’un patrimoine qui ne se mesure pas seulement à la hauteur des tours.

270 000 bénéficiaires depuis 2017

Cette neuvième édition intervient dans un contexte budgétaire que Philippe Gouet ne cherche pas à éluder. Le Département a choisi de maintenir l’opération malgré les restrictions qui pèsent sur ses finances. Depuis son lancement, 19 sites patrimoniaux ont bénéficié du dispositif et 270 000 Loir-et-Chériens ont profité d’une visite gratuite. Cela représente, souligne Philippe Gouet, « plus de deux habitants sur trois. »

L’objectif n’est pas seulement de remplir les sites pendant quelques semaines. Le Département observe que nombre de visiteurs reviennent ensuite avec leurs proches, particulièrement dans les structures les moins connues. « Pour les petits sites touristiques, ça a boosté les visites les années suivantes. Ça, c’est indéniable », assure Philippe Gouet.

Cette année, l’argument prend une résonance supplémentaire. Les professionnels du tourisme ont constaté une fréquentation moins dynamique qu’en 2025. À Chambord, Guillaume Lericolais évoque une baisse provisoire de 10 à 15 %, après plusieurs années de records. Chaleurs estivales, pouvoir d’achat, prix du carburant et incertitudes internationales figurent parmi les explications avancées.

L’arrière-saison devient donc particulièrement importante. Chambord compte sur l’opération départementale, ses nouvelles expositions et sa programmation de fin d’année pour retrouver de meilleurs niveaux de fréquentation.

Mais le principe d’« Une journée aux châteaux » dépasse ce seul enjeu économique. Christine Charreau l’a formulé d’une manière plus politique : découvrir les lieux qui racontent un territoire permet aussi de « mieux connaître notre histoire commune », ce qu’elle considère comme « un gage de concorde et de démocratie ».


Informations pratiques

*« Une journée aux châteaux », du 19 septembre au 18 octobre 2026. Réservation obligatoire à partir du 10 septembre sur le site du conseil départemental de Loir-et-Cher. L’offre est réservée aux habitants du département, avec justificatif de domicile demandé. Les réservations sont limitées à cinq personnes, dont deux adultes maximum. Les quotas annoncés sont de 45 000 billets à Chambord, 22 500 à la Commanderie d’Arville et 6 400 dans chacune des trois Maisons de Sologne.


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