Passerelle sur la Loire : le projet prend corps au fil du fleuve

Sur les rives de la Loire, quelque chose commence à se dessiner. Non pas encore une ligne continue, ni un franchissement achevé, mais une promesse devenue tangible. Ce vendredi 16 janvier, la présentation d’un prototype grandeur nature marque une étape symbolique et technique dans la construction de la future passerelle reliant les deux rives du fleuve.
Six mois après le lancement officiel du chantier, le projet, annoncé dès 2019 comme l’un des grands engagements du Département en faveur des mobilités douces, entre dans une phase décisive. L’estacade est désormais en place, les premières piles de l’ancien barrage sont en cours de transformation, et la passerelle commence à exister autrement que sur plans. Autour du prototype, élus, partenaires institutionnels, techniciens et concepteurs se sont retrouvés pour donner à voir la matérialité d’un ouvrage appelé à s’inscrire durablement dans le paysage ligérien.

Un projet structurant pour le territoire
Longue de 380 mètres et reposant sur sept piles, la future passerelle permettra à terme un franchissement sécurisé de la Loire pour les piétons, les cyclistes et les cavaliers. Intégrée au parcours de la Loire à Vélo, elle reliera plusieurs pôles majeurs du territoire : sites touristiques, équipements de loisirs, base de canoë, camping du Val de Blois, parc des Mées. Au-delà du loisir, l’ouvrage est également pensé comme un levier de déplacements du quotidien, facilitant les trajets entre les deux rives.
Le projet représente un investissement global de 17,48 millions d’euros, cofinancé par le conseil départemental de Loir-et-Cher, la Région Centre–Val de Loire, l’État et Agglopolys. Un chantier d’envergure, tant par son coût que par la complexité environnementale et technique qu’implique toute intervention sur le dernier fleuve sauvage d’Europe.
L’estacade, première colonne vertébrale du chantier
Avant même que la passerelle ne prenne forme, il a fallu installer l’outil indispensable à sa construction : l’estacade. « Ce n’est pas la passerelle ! », rappelle d’emblée Aloïs Charpentier, directeur d’ATD 41, lors de la visite du site. « C’est un ouvrage provisoire, qui sera démonté à la fin du chantier. »

Large de 8,5 mètres, elle repose sur 70 pieux vibrofoncés et battus entre juin et décembre. Sa fonction est double : permettre l’accès aux piles existantes de l’ancien barrage et servir de plateforme logistique pour l’ensemble des interventions en rivière.

Sa mise en œuvre n’a pas été sans difficulté. Le sous-sol rencontré s’est révélé plus complexe que prévu, obligeant les équipes à adapter leur méthodologie. « Le battage descendait beaucoup plus profondément que ce qui était envisagé. Il a fallu modifier le format des pieux, avec la mise en place d’obturateurs, ce qui a eu un impact à la fois en termes de matériaux et de délais », explique le chef de projet. Malgré ces ajustements, les travaux se sont déroulés dans le calendrier prévu, en cohérence avec les contraintes réglementaires liées à l’arrêté de biotope.

Construire sur la Loire implique une vigilance de chaque instant. Le chantier fait l’objet d’un suivi environnemental strict, assuré par un bureau d’études spécialisé, en lien avec plusieurs acteurs locaux. Ce suivi concerne notamment les populations de sternes et de mouettes, présentes sur les îlots situés à proximité immédiate du chantier. Reproduction, nidification, envol des oisillons : chaque étape est observée avant toute reprise d’activité. « Ce suivi est réalisé en partenariat avec des structures locales, comme le CDPNE, et encadré par la DDT, avec laquelle nous échangeons régulièrement », précise Aloïs Charpentier. Une exigence écologique qui conditionne le rythme du chantier, mais qui façonne aussi la philosophie même du projet.

Consolider l’existant pour accueillir l’avenir
Grâce à l’estacade, les équipes peuvent désormais intervenir directement sur les piles de l’ancien barrage. Autour de certaines d’entre elles, des batardeaux ont été installés : de véritables enceintes métalliques permettant de mettre les structures à sec.
Marc Mimram, architecte du projet, en décrit le principe avec pédagogie : « Le batardeau est un système d’éléments métalliques que l’on glisse les uns dans les autres pour former une enceinte étanche. Cela permet de pomper l’eau à l’intérieur et d’intervenir sur les fondations. » À l’intérieur, les opérations se succèdent : démontage d’anciennes structures métalliques, repérage et traitement des fissures, comblement des cavités, homogénéisation du béton. Une étape invisible pour le grand public, mais absolument déterminante. « Il faut d’abord consolider, réparer, renforcer, avant de pouvoir rehausser les piles et accueillir ensuite la structure métallique de la passerelle », résume Aloïs Charpentier

Le prototype : moment charnière du projet
C’est pourtant un autre objet qui concentre tous les regards ce jour-là : le prototype. Acheminé sur site à l’automne, ce tronçon grandeur nature — large d’environ cinq mètres — permet de valider l’ensemble des choix définitifs avant le lancement complet de la fabrication industrielle. « C’est un prototype à l’échelle 1 », explique Marc Mimram. « Il permet de vérifier les détails d’assemblage, les proportions, l’esthétique, la relation au paysage. »
La hauteur du garde-corps, par exemple, a été pensée pour permettre la cohabitation des piétons, des cyclistes et des chevaux. Mais au-delà de la technique, c’est la philosophie de l’ouvrage qui se révèle.
Une passerelle pensée comme un lieu, pas seulement comme un passage
Pour l’architecte, la passerelle ne se résume pas à un franchissement fonctionnel. « On ne se débarrasse pas de la Loire en la traversant. Au contraire, on vient à elle. » L’ouvrage est conçu comme une promenade, une adresse nouvelle dans le paysage ligérien. Les arcs métalliques, parfois au-dessus du tablier, parfois en dessous, créent des séquences variées. À certains endroits, les usagers pourront s’asseoir et contempler le fleuve. « C’est un espace public offert à tous, qui permettra de partager la Loire », insiste Marc Mimram.
Une vision qui s’inscrit dans sa manière d’aborder chaque projet : jamais générique, toujours enracinée dans la géographie du lieu. « Ce n’est pas un ouvrage que vous avez déjà vu ailleurs. Ce que nous faisons ici, c’est une passerelle pour vous, et uniquement pour vous. Elle sera donc unique. »
Composer avec le vivant
Cette singularité passe aussi par la prise en compte du vivant. Des dispositifs spécifiques, partiellement couverts d’osier, seront installés au droit des îlots fréquentés par les sternes. Leur particularité : ils pourront être déplacés. « Les îles sont sauvages, elles peuvent bouger. Les oiseaux aussi. Il fallait donc des protections adaptables », explique l’architecte. Sur les 380 mètres de la passerelle, seules certaines portions seront concernées, précisément là où le besoin écologique l’impose. Une manière d’inscrire l’ouvrage dans un dialogue permanent avec le fleuve.
Les prochaines étapes
Après la présentation du prototype, le calendrier du chantier s’accélère. Les premières opérations d’assemblage de la charpente métallique doivent débuter dès février, avec l’arrivée des premiers tronçons fabriqués en usine.
Ces éléments, contraints par le gabarit routier, seront réassemblés sur site avant d’être progressivement lancés, de pile en pile, à partir du printemps. En parallèle, les travaux de réparation et de renforcement se poursuivront sur les autres piles, en fonction du niveau de la Loire et des contraintes environnementales. L’équipement final — revêtement, garde-corps, filets — interviendra ultérieurement, avant les essais de charge et l’inauguration officielle prévue en 2027. Le prototype présenté ce 16 janvier n’est pas encore un pont, mais il en porte déjà l’esprit.


