Le Festival Télérama, Hamnet et Olivia aux Lobis

Cette semaine, aux Lobis, le calendrier s’est imposé de lui-même : le Festival Télérama est de retour, avec sa sélection annuelle de films à revoir, accompagnée de nouvelles sorties particulièrement attendues. Un moment toujours un peu particulier dans l’année pour Laëtitia Scherier, directrice du cinéma, qui revendique pleinement son regard personnel sur la programmation.
« Le festival propose une quinzaine de films que les critiques de Télérama estiment être les meilleurs de l’année », rappelle-t-elle. Mais aux Lobis, la sélection ne se contente jamais d’être reproduite telle quelle. « Je refais toujours moi-même un choix, parce que je ne partage pas forcément tous leurs avis. » L’enjeu est double : permettre au public de revoir les films qui ont rencontré un fort succès, mais aussi offrir une seconde chance à ceux qui sont passés plus discrètement, parfois étouffés par une concurrence trop dense ou des dates de sortie mal placées.

Parmi les films qui avaient déjà trouvé leur public et qui reviennent à l’écran figurent Valeur sentimentale, Sirat, The Brutalist, Un simple accident ou encore Partir un jour. À l’inverse, Laëtitia Scherier tenait particulièrement à reprogrammer Black Dog, film chinois, ainsi que Nouvelle Vague, deux œuvres qu’elle juge « excellentes », mais qui n’avaient pas rencontré l’audience espérée lors de leur première exploitation.
Le Festival Télérama est aussi l’occasion d’une avant-première : À pied d’œuvre, le nouveau film de Valérie Donzelli. Son septième long métrage de fiction marque son retour après L’Amour et les Forêts en 2023, son dernier film de fiction, suivi du documentaire Rue du Conservatoire.
Cette fois, la réalisatrice adapte l’autobiographie du photographe et écrivain Franck Courtès. Le récit suit un homme qui, au sommet d’une carrière florissante dans la photographie, décide de tout quitter pour se consacrer à l’écriture. Un saut dans le vide volontaire, presque radical, destiné à rompre avec le confort matériel pour s’obliger à créer. Peu à peu, les économies fondent. Pour survivre, il s’inscrit sur une application de services à la personne et devient un homme à tout faire : bricolage, jardinage, montage de meubles, petits travaux du quotidien. Le film observe avec précision l’usure physique et psychologique du personnage, mais aussi la manière dont le regard des autres se transforme avec la chute sociale. Sa place dans la société vacille : celle de son ex-femme, interprétée par Valérie Donzelli elle-même, celle de ses enfants, de sa famille, mais surtout celle qu’il occupe désormais aux yeux des clients et des utilisateurs de ces plateformes.
Sans jamais verser dans une mise en scène appuyée, le film adopte une forme épurée, presque sèche, qui accompagne la grisaille du quotidien et la répétition des journées passées à gagner quelques euros. En filigrane, pointe la directrice du cinéma, une question traverse tout le récit : qu’est-ce que la liberté ? Est-elle liée à la sécurité financière et à la tranquillité d’esprit, ou bien à la possibilité de faire ce que l’on aime, quitte à perdre confort et statut social ?

Autre grand temps fort de la semaine : Hamnet, nouveau film de Chloé Zhao, son cinquième long métrage. Après Nomadland, qui lui avait valu l’Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisatrice en 2021, la cinéaste adapte le roman de Maggie O’Farrell, paru en 2020.
Le film imagine les circonstances de la mort du fils de William Shakespeare, Hamnet, décédé à l’âge de onze ans de la peste, et la manière dont ce drame intime aurait nourri l’écriture de Hamlet. Plutôt que de s’attacher à la figure publique du dramaturge, le récit se concentre sur la vie familiale, la relation amoureuse entre Shakespeare et son épouse — appelée Agnès dans le film —, et sur la manière dont le deuil traverse le couple.
Porté par Jessie Buckley et Paul Mescal, le film se distingue par une grande retenue émotionnelle. Pas de dramatisation excessive, mais une intensité délicate, presque silencieuse. Chloé Zhao y déploie sa signature visuelle : une caméra proche des corps, une lumière naturelle, une attention constante à la nature, omniprésente dans le récit. L’action se déroule loin de Londres, dans le village où les deux époux se sont rencontrés, tandis que Shakespeare commence à faire des allers-retours vers la capitale, partagé entre la création et l’attachement à sa famille.
Un film sur l’amour, le deuil et la naissance de l’œuvre artistique, que Laëtitia Scherier décrit comme « absolument bouleversant », et déjà largement récompensé outre-Atlantique.

Enfin, la semaine s’ouvre aussi au jeune public avec Olivia d’Irene Iborra Rizo, film d’animation en stop-motion adapté du roman La vie est un film de Maite Carranza. Destiné aux enfants à partir de 8-9 ans, le film aborde une thématique rarement traitée frontalement : la précarité vécue par une famille du point de vue des enfants.
Olivia vit avec sa mère, ancienne actrice devenue sans emploi, et son petit frère. Après la perte du travail, les coupures d’électricité et le relogement en foyer, la jeune fille invente une fiction pour protéger son cadet : leur vie serait en réalité le tournage d’un film, et tout ce qui leur arrive ne serait qu’un rôle à jouer. Une manière de préserver l’innocence de l’enfance, tandis qu’elle-même grandit trop vite.
Le film mêle conte, imaginaire et réalisme social. Les angoisses d’Olivia prennent la forme de tremblements de terre invisibles, métaphore d’une vie qui se fissure. Mais le récit ne s’enferme jamais dans la noirceur : rencontres, solidarités, amitiés et entraide traversent le film, porté par une grande douceur formelle. Pour Laëtitia Scherier, c’est un film essentiel, autant pour les enfants confrontés à ces réalités que pour ceux qui ne les vivent pas : « Il n’est jamais trop tôt pour comprendre que tout le monde ne vit pas de la même façon, et qu’il n’y a aucune honte à tomber dans la précarité. »
Une semaine dense, sensible et profondément humaine, où le cinéma, une fois encore, devient un espace de transmission, de réflexion et d’empathie partagée.
>> Pour en savoir plus : blois-les-lobis.cap-cine.fr


