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L’agglomération blésoise compte désormais 41 étoiles pour la qualité de sa nuit

La nuit n’est plus seulement une parenthèse entre deux journées. Elle est un espace écologique à part entière, fragile, structurant, et profondément impacté par les choix d’aménagement. C’est tout l’enjeu du travail mené depuis plusieurs années autour de la trame noire, également appelée trame étoilée, au cœur d’une réflexion territoriale qui associe élus, techniciens, scientifiques et associations environnementales. Réunis vendredi dernier lors d’un conseil communautaire, les acteurs du territoire ont présenté les résultats d’une étude inédite menée par le SIAB – Syndicat intercommunal de l’agglomération blésoise, ainsi que la remise officielle des labels « Villes et villages étoilés » décernés par l’ANPCEN.

Villes et villages étoilés

Comprendre la trame noire : préserver l’obscurité pour le vivant

De 2023 à 2025, le SIAB a conduit une étude complète consacrée à la trame noire, ou trame étoilée. Celle-ci correspond à l’ensemble des corridors écologiques caractérisés par une certaine obscurité, empruntés par les espèces nocturnes pour se déplacer, se nourrir ou se reproduire.

Cette trame complète la trame verte et bleue déjà bien identifiée dans les documents de planification. Elle permet d’intégrer une dimension longtemps négligée : le rôle de la nuit dans les continuités écologiques. L’étude s’est appuyée sur plusieurs niveaux d’analyse : un état des lieux des pratiques d’éclairage public ; une connaissance écologique fine du territoire, notamment à travers les chauves-souris, espèces indicatrices protégées depuis 1981 ; un croisement de ces données afin d’identifier les zones fonctionnelles, dégradées ou rompues par la lumière artificielle.

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Des chiffres qui éclairent autrement la nuit

Les données présentées lors du conseil communautaire donnent la mesure des enjeux. À l’échelle du SIAB, 29 500 luminaires publics ont été recensés pour 146 000 habitants, soit environ un lampadaire pour cinq habitants, une moyenne comparable au niveau national. Mais leur implantation n’est pas neutre : 23 780 mâts impactent des réservoirs de biodiversité ; 5 237 mâts affectent directement des corridors écologiques. Les effets sont loin d’être marginaux. Car 64 % des invertébrés et plus de 30 % des vertébrés sont des espèces nocturnes. Un seul lampadaire peut provoquer la mort d’environ 150 insectes par nuit d’été.

Les mesures de qualité du ciel nocturne, réalisées à l’aide d’instruments embarqués, ont également mis en évidence un phénomène souvent méconnu : les pratiques d’une commune influencent directement la qualité du ciel des communes voisines. À Saint-Denis-sur-Loire, par exemple, la qualité du ciel ne devient réellement optimale qu’à partir du moment où Blois éteint une partie de ses quartiers. Une démonstration concrète de l’interdépendance territoriale.

Une évolution mesurable sur dix ans

Malgré ces constats, les résultats montrent aussi une dynamique positive. À l’échelle du SIAB, la pollution lumineuse a déjà été divisée par deux en dix ans. Une baisse visible sur les images satellites, confirmée par les données de radiance nocturne. Entre 2014 et 2024, l’indice de qualité de la nuit s’est nettement amélioré, même si certains pôles urbains — Blois, Mer ou Saint-Laurent-Nouan — demeurent très structurants dans le paysage lumineux.

L’objectif affiché est clair : diviser encore par deux la pollution lumineuse entre 2025 et 2030, en cohérence avec la Stratégie nationale pour la biodiversité. Ces orientations seront intégrées au Schéma de cohérence territoriale (SCoT) du Blaisois, actuellement en cours de révision, afin d’être ensuite déclinées dans les PLUi, les plans climat et les politiques locales.

Éclairer mieux

Contrairement aux idées reçues, la réflexion ne se limite pas à « éteindre ». Elle porte sur la qualité, la temporalité et l’orientation de la lumière. « Il ne s’agit pas de faire du blackout partout », a insisté Christophe Degruelle, président du SIAB, rappelant la nécessité d’adapter les horaires aux usages réels, aux lieux et aux périodes de l’année. La technologie joue ici un rôle central, à condition d’être maîtrisée.
Les LED, par exemple, peuvent être vertueuses… ou très problématiques.

« Une LED trop blanche, au-delà de 3 000 kelvins, c’est interdit. Et c’est le pire pour l’humain, car elle inhibe la sécrétion de mélatonine », a expliqué Christophe Martin-Brisset, correspondant Loir-et-Cher de l’ANPCEN. Les recommandations actuelles privilégient des températures de couleur très chaudes — 2 200 kelvins, voire 1 850 kelvins dans les zones naturelles — proches des anciens éclairages orangés, bien mieux tolérés par la biodiversité et par le sommeil humain.

Sécurité : des idées reçues à déconstruire

La question du sentiment d’insécurité – lié à des défauts d’éclairage – ne peut être ignorée. « Les chiffres montrent que l’extinction en cœur de nuit n’augmente pas la délinquance, et peut même s’accompagner d’une baisse des incivilités », répond Christophe Martin-Brisset, citant notamment des données issues de collectivités ayant mis en place des extinctions nocturnes dès 2022. Pour autant, la notion d’acceptabilité sociale reste centrale. Plusieurs élus ont souligné l’importance du ressenti, notamment pour les femmes ou les usagers tardifs des transports.

La réponse passe par une gestion fine et sélective de l’éclairage : maintenir certains axes plus longtemps, rallumer plus tôt à proximité des gares ou des arrêts de bus, et compenser ailleurs par des extinctions anticipées. « C’est une affaire de gestion intelligente dans l’espace et dans le temps », résume le représentant de l’ANPCEN.

Le label « Villes et villages étoilés », moteur de progrès

Créé en 2009, le label « Villes et villages étoilés » récompense les communes engagées dans une amélioration continue de la qualité de l’environnement nocturne, pour les humains comme pour la biodiversité. Il s’appuie sur les pratiques d’extinction ; la puissance et la couleur des luminaires ; l’orientation des flux lumineux ; la prise en compte du cadre réglementaire. À ce jour, 1 062 communes sont labellisées en France.

Les derniers résultats de l’ANPCEN font état de 42 communes labellisées “Villes et Villages Étoilés”, pour un total de 113 étoiles à l’échelle du département. Le Grand Chambord se distingue tout particulièrement : 15 communes labellisées sur 16 lui permettent d’obtenir la distinction “Territoire de Villes et Villages Étoilés”, faisant de ce territoire le premier de la Région Centre-Val de Loire. À noter également la performance de Neuvy et Fontaines-en-Sologne, qui obtiennent quatre étoiles. Deux communes ont en revanche perdu leur label : Ouchamps et Ménars.

Dans le centre du département, Agglopolys affiche également une forte mobilisation avec 16 communes labellisées, parmi lesquelles Blois, Vineuil et Saint-Gervais-la-Forêt. La capitale départementale décroche une étoile, tandis que La Madeleine-Villefrouin, l’une des plus petites communes du Loir-et-Cher, obtient trois étoiles. L’agglomération blésoise compte désormais 41 étoiles pour la qualité de sa nuit.


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