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[Municipales à Blois] Comment le MEDEF a auditionné tous les candidats

Ce mardi matin, à la Maison des entreprises, une audition “à froid”, cadrée, minutée, sans face-à-face, attendait les candidats à l’élection municipale de Blois 2026. Déborah Sciou, première vice-présidente du MEDEF Loir-et-Cher, dirigeait l’exercice. Elle en résume la logique d’une formule claire : créer un espace où l’on parle d’économie locale et de décision municipale, sans transformer la salle en arène. Pour rappel, le MEDEF Loir-et-Cher, ce sont environ 250 entreprises adhérentes, représentant près de 10 000 emplois.

La première demande est une demande de méthode : comment la Ville travaillera avec “le monde économique”. Vient ensuite la question du versement mobilité, présenté comme une charge qui pèse sur l’activité économique. Troisième thème : la sécurité, replacée dans une logique d’activité (salariés, dirigeants, clients) et donc dans une logique de fonctionnement quotidien. Quatrième thème : la capacité de la municipalité à faciliter l’émergence des projets. Enfin, il y a le sujet de la visibilité du tissu économique local, avec une date précise : les Journées du patrimoine économique, portées par le MEDEF 41 (qui se tiendront cette année les 25, 26 et 27 septembre).

medef et municipales à Blois

Les problèmes exprimés

Par la voix de Pierre Limouzin (CPC), la question de l’accès des consultants indépendants à la commande publique fut posée, comme un levier à la fois de professionnalisation de l’action publique et de sécurisation de l’argent investi. Vint ensuite Fabrice Fouquet pour la Fédération française du bâtiment, dont l’intervention bascula vers un propos plus dense, plus chiffré, alarmant. Le logement y apparut comme une urgence structurelle. Les grands équilibres nationaux — 420 000 logements à produire chaque année — furent aussitôt ramenés à l’échelle locale : 842 logements par an en Loir-et-Cher, environ 600 sur le bassin d’emploi de Blois. Des chiffres qui, insista la FFB, ne relèvent pas de la projection théorique mais d’une réalité sociale tangible : parcours résidentiels bloqués, jeunes adultes contraints de demeurer au domicile familial, seniors privés de solutions adaptées, colocations subies faute d’alternative.

À cette urgence du logement s’est ajoutée celle de la rénovation énergétique. Fabrice Fouquet a appelé les collectivités à montrer l’exemple sur leur propre patrimoine — écoles en tête — tout en accompagnant les particuliers vers des rénovations globales, efficaces, dégagées de la fraude et de la complexité administrative.

Même logique du côté des travaux publics. Par la voix de Henry Daguerre, la Fédération régionale des travaux publics n’a pas parlé de projets à venir, mais de patrimoine existant : celui qui vieillit, se fissure et fuit. Les chiffres : 212 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 70 % portés par les collectivités ; 8 000 kilomètres de réseaux d’eau potable, avec près de 20 % de pertes ; 2 800 kilomètres de réseaux d’assainissement, qu’il faudrait 277 ans à renouveler au rythme actuel ; 6 600 kilomètres de routes communales et intercommunales, fragilisées par le retrait-gonflement des argiles et le défaut d’entretien. Le mot a été lâché : dette grise. Une dette invisible, accumulée par le sous-investissement, qui s’est traduite — et se traduira davantage encore — par des ruptures de service, des risques accrus pour la sécurité et des coûts démultipliés.

La place de la voiture est ensuite entrée dans le débat, avec Philippe Bigot pour Mobilians : « Dans nos territoires, la voiture n’est pas un luxe, c’est une nécessité. » Trop de contraintes et trop de taxes ont conduit, a-t-il expliqué, les ménages à conserver des véhicules plus anciens, produisant l’effet inverse de celui recherché.

L’industrie a ensuite pris la parole, avec Régis Bonraisin pour l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM). La métallurgie, a-t-il rappelé, représente dans le Loir-et-Cher 94 entreprises et 7 300 salariés. Des sites productifs qui ont besoin de foncier disponible, de compétences, de logements pour les salariés et de services publics à coûts maîtrisés. La séquence s’est refermée avec les taxis du Loir-et-Cher. Par la voix d’un représentant de l’Union nationale des taxis – section 41, le ton est devenu plus grave, plus social, avec la question de l’accès aux soins. Depuis le 1er novembre 2025, la nouvelle convention tarifaire a fragilisé l’équilibre économique du secteur : heures d’attente non rémunérées, baisse des tarifs, contraintes accrues. Or, « sans transport, pas de soins. »

Les réponses des candidats

Le tirage au sort a donné la main au maire sortant. Marc Gricourt a ouvert la séquence des réponses en installant un cadre qu’il a voulu factuel. Il a d’abord rappelé que les collectivités avaient déjà recours, selon lui de manière régulière, à des cabinets de conseil privés, comme Klopfer, notamment sur les questions financières, organisationnelles ou d’évaluation des services publics. Il a cité des contractualisations anciennes, inscrites dans la durée, et défendu l’idée que la Ville n’avait jamais fermé ses marchés aux compétences extérieures, à condition que celles-ci respectent le cadre du droit public. Sur ce point, il a insisté sur le relèvement des seuils de mise en concurrence simplifiée, présenté comme un levier concret pour faciliter l’accès des prestations intellectuelles locales à la commande publique. Une réponse qu’il a voulu technique, en rappelant que l’ouverture des marchés devait rester compatible avec le code des marchés publics.

Le maire sortant a ensuite élargi son propos au bâtiment et à l’investissement public, rappelant que les collectivités portaient l’essentiel de l’investissement en France. Il a revendiqué la stabilité, voire la progression, de la capacité d’investissement municipale depuis 2008, malgré les contraintes budgétaires, et annoncé une enveloppe supérieure à 100 millions d’euros sur la prochaine mandature, issue de la prospective financière engagée.

Le logement a occupé une place centrale dans son intervention, à travers le rappel du programme de rénovation urbaine mené au début des années 2000, qu’il a présenté comme un soutien majeur à l’activité du bâtiment local. Il a évoqué les opérations de démolition-reconstruction, la mobilisation des bailleurs sociaux, puis les projets plus récents de reconversion de bâtiments tertiaires en logements.

Sur l’urbanisme, Marc Gricourt a rappelé le cadre prescriptif dans lequel s’inscrivent les PLU et PLUi, entre orientations nationales, régionales et locales. Il a défendu une exigence accrue sur les questions environnementales, présentée comme une anticipation nécessaire de l’avenir, et a souligné que les marchés en lots séparés constituaient déjà une pratique courante de la Ville, favorisant selon lui les entreprises locales.

Concernant les travaux publics et la mobilité, il a reconnu les difficultés d’entretien du patrimoine, tout en réaffirmant un engagement sur la voirie, les trottoirs et les mobilités douces. Sur la fiscalité, il a mis en avant la stabilité des taux et rappelé la baisse du prix de l’eau pour les particuliers et les entreprises. Sur les taxis, enfin, il a qualifié la nouvelle convention tarifaire d’« aberrante » et rappelé s’être exprimé publiquement contre ses effets.


Le deuxième à répondre a été Malik Benakcha, le candidat de la droite et du centre. D’emblée, il a installé un ton plus politique, revendiquant une rupture de méthode avec l’exécutif sortant. Il a affirmé vouloir assumer un dialogue clair et constant avec le monde économique, sans ambiguïté idéologique, se présentant lui-même comme chef d’entreprise et connaisseur des contraintes patronales.

Sur la relation avec le MEDEF, il a promis une participation régulière aux temps d’échange, tout en dénonçant ce qu’il a qualifié de double discours municipal. Il a défendu une conception du rôle du maire comme facilitateur de projets, non comme « arbitre idéologique », et a insisté sur la nécessité de clarté et de constance dans la relation avec les entreprises.

Le versement mobilité a constitué un point d’inflexion fort de son intervention. Il a reconnu avoir voté la hausse en 2023 (1.15), tout en estimant aujourd’hui que les contreparties n’avaient pas été au rendez-vous. Il a proposé un retour à un taux inférieur, conditionné à des engagements précis sur l’amélioration de la desserte des zones d’activité.

Dans sa bouche, la sécurité a été abordée comme un facteur direct d’attractivité économique. Malik Benakcha a annoncé vouloir renforcer significativement les effectifs de la police municipale (doublement progressif) et développer la vidéosurveillance dans les zones d’activité et les secteurs commerciaux.

Sur les projets économiques, il a défendu une approche volontariste, critiquant ce qu’il a décrit comme une « culture de l’excuse administrative ». Il a cité l’exemple d’un projet de terrain de football du Blois Foot 41 resté bloqué selon lui par manque de mobilisation politique, pour illustrer ce qu’il a appelé un défaut d’audace municipale.

Il a également évoqué l’accès des consultants indépendants à la commande publique, se disant favorable à un allotissement plus fin et à une application « intelligente » des règles. Sur le logement et le bâtiment, il a défendu la création d’une foncière dédiée à la reconquête des immeubles vacants et annoncé une accélération de la rénovation thermique du patrimoine municipal.

Sur la mobilité et l’automobile, Malik Benakcha a assumé une position pro-voiture, défendant la création de nouveaux parkings, la suppression de certaines barrières (parking en enclos du Mail Sudreau) et l’extension du stationnement gratuit de courte durée. Il s’est opposé à toute hausse de la fiscalité locale sur les entreprises et a plaidé pour une politique d’achats municipaux privilégiant le local.


Puis est intervenu Gildas Vieira, qui a choisi d’axer son propos presque exclusivement sur la méthode. Il a dressé un diagnostic sévère de la situation économique locale, évoquant la fragilisation du centre-ville, le départ d’entreprises et l’impossibilité, selon lui, de gouverner sans une coopération étroite avec les acteurs économiques.

Il a annoncé la création d’une agence de développement économique territoriale, conçue comme un guichet unique regroupant des dispositifs aujourd’hui dispersés. Il a également évoqué une baisse de la CFE, des exonérations temporaires pour faciliter l’installation d’entreprises et un système de bonus à l’installation, notamment pour les commerces du centre-ville.

La redynamisation du cœur de Blois a été présentée comme un axe prioritaire, condition indispensable selon lui pour retenir les jeunes et restaurer l’attractivité globale du territoire. En matière de sécurité, Gildas Vieira a défendu un renforcement mesuré de la police municipale (15 agents de plus), assorti de dispositifs de présence ciblée. Il a insisté sur le rôle de la municipalité comme facilitateur de projets, valorisant le dialogue et la co-construction.

Il a également abordé les questions de formation, d’alternance et de stages, appelant à une mobilisation collective pour permettre aux jeunes de rester sur le territoire. Sur les infrastructures, il a dénoncé l’état des voiries et promis un effort massif d’entretien. Enfin, concernant les taxis, il a affirmé son soutien au secteur et sa volonté d’agir auprès des pouvoirs publics pour éviter une rupture d’accès aux soins.


Nicolas Orgelet a tenu une ligne : faire de la coopération et de la transition écologique une méthode pragmatique de sécurisation économique. L’idée directrice a été formulée sans détour : si l’on veut investir, il faut pouvoir prévoir ; et si le monde devient instable, le rôle du local est de créer des conditions de confiance. Plutôt que d’annoncer d’abord un catalogue de mesures, l’élu écologiste a insisté sur la manière : il a dit vouloir être « à l’écoute » dans un rôle de « partenaire et facilitateur ».

Concrètement, il a proposé de co-construire une feuille de route économique de long terme, en réunissant dès le début du mandat des assises avec un spectre large : entreprises, artisans, industriels, ESS, commerçants, PME, syndicats, chambres consulaires, branches professionnelles. Objectif affiché : « identifier des synergies » et bâtir « un projet économique de territoire » qui « pense le temps long » et capitalise sur les forces locales. Dans le même mouvement, il a annoncé la désignation d’un interlocuteur unique, avec une promesse de “fluidification”.

Sur le versement mobilité, sa position n’a pas été une baisse : il a indiqué un maintien. Mais il a cherché à déplacer le débat : pour lui, la priorité opérationnelle d’une stratégie mobilité cohérente, c’est le trajet domicile-travail. Il a listé des leviers concrets : continuités cyclables entre ville/gare/entreprises, transports collectifs plus fréquents et mieux cadencés, covoiturage, parkings relais, horaires adaptés aux heures de travail. Sur la place de la voiture et le stationnement, il a défendu une position d’équilibre : « la voiture a sa place en ville, à condition qu’elle prenne sa juste place de manière organisée et apaisée ». Et il a formulé des mesures précises : 1h30 gratuite en aérien pour favoriser la rotation, abonnements spécifiques travailleurs/habitants, parkings relais avec navette gratuite vers le centre-ville, bornes de recharge, et une approche “mobilité globale”. L’écologiste a aussi positionné la gare comme un nœud d’attractivité : meilleure desserte ferroviaire Paris–Blois-Chambord, amélioration du stationnement aux abords de la gare, création d’un parking à proximité immédiate. Et il a glissé un point très concret, en lien avec la séquence taxis : il s’est dit favorable à la création d’abris pour les clients des taxis.

Sur le logement, son axe est net : une lutte contre les logements vacants et insalubres, et un objectif assumé : « refaire du cœur de ville un lieu désirable ». Sur la méthode logement/bâtiment, il a pris le parti de la remise sur le marché en cœur de ville plutôt que l’extension urbaine — plus complexe, dit-il, mais plus performant écologiquement, et indispensable à un centre-ville habité donc attractif. Dans les leviers, il a mentionné la capacité d’achat/préemption pour remettre logements et commerces vacants à des prix accessibles, tout en préservant le patrimoine ancien ; l’accélération de la rénovation énergétique ; le soutien technique et financier aux propriétaires privés et aux entreprises pour l’isolation et la rénovation. Et il a proposé un outil central : la création d’une Maison de l’Habitat en centre-ville, ouverte aux particuliers comme aux professionnels, pour faciliter l’accès aux aides, valoriser les savoir-faire, et rendre la restauration du patrimoine bâti plus accessible.


La parole est enfin revenue à Marine Bardet (Rassemblement National), qui a présenté les entreprises comme le « poumon économique » de Blois et annoncé la création d’un pôle municipal dédié, chargé de répondre rapidement aux besoins des chefs d’entreprise.

Elle s’est opposée à toute hausse du versement mobilité, qu’elle a qualifié de « taxe anti-entreprise », et a plaidé pour une réorientation des financements vers des transports adaptés aux horaires décalés des salariés. La sécurité a occupé une place centrale dans son intervention, avec des propositions de renforcement des effectifs de police municipale, de vidéosurveillance, d’éclairage nocturne et de patrouilles dédiées aux zones d’activité.

Sur les Journées du patrimoine économique, Marine Bardet a annoncé vouloir en faire un outil stratégique de visibilité, intégré à la communication municipale et doté de moyens logistiques renforcés.

Concernant le bâtiment, elle a défendu une relance fondée sur la simplification des permis, la rénovation énergétique « non punitive » et la priorité donnée aux artisans locaux. Sur les travaux publics, elle a plaidé pour un programme pluriannuel d’entretien des réseaux et des voiries. Sur la mobilité, elle a défendu une vision qu’elle a qualifiée de « réaliste », assumant la place centrale de la voiture à Blois et s’opposant à toute hausse des taxes sur la publicité ou la grande distribution.

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