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Théophile Marcelin Téhé : écrire pour comprendre le monde, slamer pour le partager

Le vendredi 12 juin à 20 heures, la boutique Blois Capitale -16 rue Emile Laurens – accueillera une soirée consacrée à la poésie contemporaine. L’auteur et slameur Théophile Marcelin Téhé y présentera ses trois derniers recueils lors d’une rencontre-dédicace accompagnée d’une lecture musicale avec la pianiste Timnah. Une occasion de découvrir un univers littéraire singulier, mais aussi de revenir sur le parcours d’un homme dont l’écriture s’est construite au croisement du sport, des quartiers populaires, de l’éducation et de l’art oratoire.

Car derrière les titres iNSPi SOiT iL, QU’iL EN SOiT iNSTRUiT et AVEC VOTRE ESTiME se dessine une trajectoire plus longue que celle d’un simple auteur publiant trois ouvrages en trois ans. Elle raconte l’histoire d’un enfant discret devenu éducateur sportif, d’un passionné de football devenu slameur, d’un observateur du quotidien qui a trouvé dans les mots une manière de comprendre le monde et d’y prendre sa place.

Un enfant des quartiers populaires entre football et poésie

Théophile Marcelin Téhé naît en 1986 aux Lilas, en région parisienne. Il passe les premières années de sa vie entre les Lilas et Montreuil avant que sa famille ne s’installe à Caen alors qu’il est encore enfant. C’est dans le quartier populaire de la Guérinière qu’il grandit, avec sa mère et ses sœurs. Son père, passionné de football, lui transmet très tôt le goût du ballon rond. « J’étais vraiment amoureux du foot. Je ne pensais qu’à ça. C’était ce qui m’animait, ce qui me donnait de l’énergie. »

Le football occupe une place centrale dans son enfance. Il joue en club, dans les cours d’école, dans son quartier. Comme beaucoup de jeunes de son âge, il passe des heures à courir derrière un ballon. Mais contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, une autre passion se développe en parallèle. À l’école, Théophile découvre la poésie. Baudelaire, Apollinaire et d’autres auteurs classiques figurent parmi les premiers textes qui le marquent. Non pas parce qu’il se rêve écrivain, mais parce qu’il y trouve un moyen d’expression qui lui ressemble davantage que la parole. « Je n’avais pas la communication orale facile. Je parlais peu, j’observais beaucoup. Mon moyen d’expression le plus simple, c’était d’écrire. »

L’enfant silencieux remplit alors des cahiers entiers. Des histoires simples d’abord. Puis des poèmes. Un épisode reste particulièrement gravé dans sa mémoire. En classe de cinquième, un professeur demande aux élèves d’écrire un poème sur Noël. Lorsque les copies sont rendues, l’enseignant lit devant toute la classe le texte ayant obtenu la meilleure note. Ce texte est celui de Théophile. Le professeur le félicite publiquement. Les élèves applaudissent. « Ce jour-là, j’ai compris que si j’avais réussi à toucher un professeur de français avec mes mots, alors j’avais peut-être quelque chose à faire dans cet exercice. » Sans le savoir, l’adolescent vient de trouver un fil conducteur qui traversera toute sa vie.

affiche téhé

Les mots avant la scène

À l’adolescence, l’écriture devient un réflexe quotidien. Dans sa chambre, un vieil ordinateur lui permet d’aller plus loin encore. Il commence alors à tenir ce qui ressemble à un journal intime. Chaque journée est racontée, datée, horodatée. « Je pouvais écrire à 4 heures du matin, à 18 heures ou juste avant de me coucher. Je racontais ce que j’avais vécu dans la journée, les faits marquants, ce que j’avais envie de raconter. » Pendant plusieurs années, il accumule ainsi des dizaines de textes. Ces documents ont disparu avec l’ordinateur de l’époque, mais ils constituent une étape essentielle dans sa construction d’auteur. « Je déchargeais ce que j’avais comme émotions sur la journée écoulée. » Cette habitude d’observer, de raconter et d’analyser le réel se retrouve encore aujourd’hui dans son écriture. Car si la poésie occupe une place importante dans son univers, elle ne constitue jamais pour lui un simple exercice esthétique. Elle est un outil de compréhension. Une manière de mettre de l’ordre dans le monde.

Quand le rap devient une école d’écriture

Au même moment, un autre univers nourrit son imaginaire : le rap. Dans le quartier de la Guérinière, le mouvement hip-hop s’impose progressivement comme une culture omniprésente. IAM, NTM, MC Solaar, Oxmo Puccino, Assassin ou encore les Sages Poètes de la Rue deviennent des références. Pour le jeune Théophile, il ne s’agit pas seulement de musique. Il y découvre une écriture capable de raconter la réalité sociale, les injustices, les difficultés du quotidien. « Je voyais une similitude avec les textes de poésie que je lisais. » Cette révélation lui montre que la poésie ne se limite pas aux livres étudiés à l’école. Elle peut aussi naître dans les quartiers populaires, dans les textes scandés sur une scène ou dans une chanson. Le lien entre littérature classique et culture urbaine devient alors évident à ses yeux. C’est cette rencontre entre les deux univers qui façonnera progressivement son style.

Apprendre à prendre la parole

Pourtant, pendant longtemps, Théophile Marcelin Téhé reste davantage un homme de l’écrit que de l’oral. Prendre la parole devant un groupe est pour lui un exercice difficile. « J’avais beaucoup de difficultés à m’exprimer à l’oral. » L’aisance qu’on lui connaît aujourd’hui n’a rien d’inné. Elle est le fruit d’un travail. Interventions en classe, projets associatifs, responsabilités sportives, prises de parole publiques : chaque occasion devient un terrain d’entraînement. Il admire ceux qui savent s’exprimer devant un public. Il travaille pour y parvenir lui aussi. Cette volonté d’amélioration permanente explique sans doute la place importante qu’occupe aujourd’hui l’art oratoire dans son parcours. Car lorsque le slam entre dans sa vie, toutes les pièces du puzzle semblent soudain s’assembler.

La découverte du slam

La rencontre avec le slam intervient bien après ses premiers textes. Entre-temps, il a déjà publié deux ouvrages. Mais lorsqu’il découvre Grand Corps Malade et le mouvement slam au milieu des années 2000, il comprend immédiatement qu’il existe un espace entre la poésie écrite et la parole publique. « Je me suis dit que si j’étais amené à proposer mes textes au public, ce serait à travers ce mouvement. » Sa première scène ouverte a lieu à Caen en 2018. Une trentaine de personnes sont présentes. Il arrive presque en retard. Il a à peine le temps de s’installer avant que son nom soit appelé. « Quand tu présentes un slam devant une trentaine de personnes alors que tu ne l’as jamais fait, ce n’est pas évident. » Mais l’expérience fonctionne. Et surtout, elle donne envie de recommencer. Le slam devient alors un prolongement naturel de son écriture.

De Caen à Blois

L’année 2020 marque un nouveau tournant. Éducateur sportif diplômé, Théophile travaille alors auprès de mineurs non accompagnés dans le cadre de missions d’accompagnement éducatif. Le confinement bouleverse de nombreux projets. Au même moment, une opportunité professionnelle se présente à Blois. Le club de Blois Foot 41 lui propose un poste auprès des jeunes. Il accepte. En août 2020, il quitte la Normandie pour s’installer dans le Loir-et-Cher. Une nouvelle ville. Un nouveau territoire. Une nouvelle vie. Mais l’écriture, elle, ne s’arrête jamais. Au contraire. Blois va devenir le lieu où cette activité longtemps parallèle va retrouver toute sa place.

Une trilogie pour interroger le monde

À Blois, Théophile Marcelin Téhé reprend progressivement le fil de son activité littéraire. Il rassemble des textes écrits au cours des années précédentes, trie, sélectionne, réécrit parfois, affine souvent. Le résultat prend la forme d’un premier recueil publié en 2024 : iNSPi SOiT iL (Le Lys Bleu éditions). Le titre joue évidemment avec la formule « ainsi soit-il », mais il résume surtout l’état d’esprit dans lequel l’auteur se trouve alors. « Beaucoup d’inspiration, beaucoup de choses à proposer, un regard sur le monde assez vaste, beaucoup de certitudes mais aussi beaucoup d’interrogations. »

L’ouvrage rassemble une centaine de textes où se croisent des thèmes extrêmement variés : l’amour, les relations humaines, les phénomènes de société, les doutes contemporains, les espoirs, les contradictions. Loin de vouloir s’enfermer dans une seule thématique, Théophile Marcelin Téhé revendique au contraire une écriture ouverte. « Je n’ai pas envie d’être mis dans une case. » Cette diversité constitue d’ailleurs l’une des caractéristiques de son travail. Dans un même recueil peuvent cohabiter un texte sur les relations amoureuses, une réflexion sur le changement climatique, un regard porté sur le travail ou encore une scène du quotidien observée dans la rue. L’inspiration est partout. Et c’est précisément ce qui nourrit le projet. Pourtant, lorsque le livre paraît, l’auteur ne considère pas son travail comme achevé. Très vite, une autre question apparaît. Que retenir de tout cela ? Qu’ont produit ces années d’écriture ? Quelles leçons peut-on tirer de ces observations ? Ces interrogations donnent naissance à un second volume.

QU’iL EN SOiT iNSTRUiT : le temps des enseignements

Publié en décembre 2025, QU’iL EN SOiT iNSTRUiT (Le Lys Bleu éditions) poursuit le dialogue engagé avec le premier ouvrage. Cette fois, l’auteur cherche moins à observer qu’à comprendre. « Qu’est-ce que je retiens de cette inspiration ? Qu’est-ce que j’apprends ? Quels enseignements puis-je tirer de tout ce que j’ai vu, de tout ce que j’ai écrit ? » Le recueil prend alors une tonalité plus réflexive. Les sujets demeurent nombreux, mais ils sont abordés avec davantage de recul. Le regard se fait parfois plus social, parfois plus intime. Le lecteur découvre une écriture qui cherche moins à accumuler les observations qu’à en extraire du sens. Comme si l’auteur engageait une conversation avec ses propres textes. Comme s’il relisait les années précédentes pour en tirer des conclusions provisoires. Mais là encore, le chemin ne s’arrête pas. Car après l’inspiration et les enseignements vient nécessairement le temps du bilan.

AVEC VOTRE ESTiME : conclure sans fermer la porte

Publié au printemps 2026, AVEC VOTRE ESTiME (Le Lys Bleu éditions) vient compléter cette trilogie construite en seulement trois années. Pour Théophile Marcelin Téhé, il ne s’agit pas seulement d’un troisième livre. Il s’agit d’une forme d’aboutissement. « Oui, ponctuer toute une série d’écritures et pouvoir moi-même faire une conclusion. » L’auteur y interroge sa propre pratique. Que lui a apporté la poésie ? Que lui a permis de comprendre l’écriture ? Comment cette sensibilité poétique dialogue-t-elle avec les réalités du monde contemporain ? Les trois recueils forment ainsi un ensemble cohérent. L’inspiration. Les enseignements. Les conclusions. Trois étapes d’un même cheminement. Trois regards successifs sur une même volonté : comprendre ce qui nous entoure.

Une poésie qui cherche le dialogue

Lorsque Théophile Marcelin Téhé évoque ses livres, un mot revient régulièrement : partage. Créer un échange. Faire naître une réflexion. « L’objectif reste toujours le même : partager, échanger, proposer une réflexion, une vision sur des sujets qui nous concernent tous. » Dans ses textes apparaissent ainsi des thèmes universels : la famille, l’amour, l’amitié, le travail, la solitude, les inégalités sociales. Mais aussi des sujets beaucoup plus contemporains. L’intelligence artificielle. Les mutations de la société. Les nouvelles formes de communication. Les questionnements identitaires. Les transformations du monde. L’auteur ne prétend pas apporter des réponses définitives. Il propose plutôt un regard. Une interprétation. Une manière de mettre des mots sur des réalités parfois complexes.

Quand le texte devient voix

À Blois, Théophile Marcelin Téhé rejoint rapidement le collectif Slamedi Slam Blois. Les scènes ouvertes deviennent un prolongement naturel de son activité d’auteur. Le passage du livre à la scène transforme la relation au texte. L’écriture reste la même. Mais la voix ajoute une dimension supplémentaire. Les silences. Les respirations. Les accélérations. Les variations de rythme. Tout cela participe désormais au message. « Les mots peuvent toucher les gens dans leur intérieur profond. »

Vendredi prochain, il vous sera proposé une rencontre avec Timnah, jeune pianiste. L’objectif n’est pas d’ajouter un simple accompagnement sonore. Il s’agit plutôt de construire un univers. Le slam est souvent centré sur la force du texte et de la parole. La présence du piano ouvre une autre dimension. Une respiration. Une atmosphère. Une émotion supplémentaire. « Je pense que les gens sont davantage sensibles à un texte lorsqu’il s’inscrit dans un univers mélodieux. »

C’est précisément cette expérience que le public pourra découvrir le vendredi 12 juin à la boutique Blois Capitale. La soirée mêlera échanges, dédicaces et lectures musicales accompagnées au piano par Timnah. Un format qui correspond parfaitement à la vision que l’auteur se fait de la littérature. Une littérature qui circule. Qui dialogue. Qui rencontre. Qui partage.


Soirée poésie & piano avec Théophile Marcelin Téhé

📍 Blois Capitale – 16 rue Émile-Laurens à Blois
📅 Vendredi 12 juin 2026
🕗 De 20 h à 22 h
🎹 Lecture musicale avec Timnah au piano

📚 Rencontre et dédicaces autour de la trilogie iNSPi SOiT iL, QU’iL EN SOiT iNSTRUiT et AVEC VOTRE ESTiME
🆓 Entrée libre

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