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À Mirabeau, Millo fait passer un cœur d’un mur à l’autre

L’artiste italien Millo entame à Blois, ce jeudi, une fresque monumentale de 192 m² sur les deux pignons de la résidence Jules-Ferry. Pensée comme une seule histoire en deux images, l’œuvre met en scène un cœur transmis. Pour le muraliste, le projet porte une ambition simple : rendre l’art accessible, gratuitement, au plus près du quotidien des habitants.


Dans le quartier Mirabeau, Millo ne réalise pas deux fresques indépendantes, mais un diptyque monumental : une seule histoire déployée sur deux façades. « Cette œuvre a été conçue spécialement pour ce lieu », explique l’artiste. La configuration architecturale est au cœur du projet : chaque pignon mesure 12 mètres de haut sur 8 mètres de large, soit 96 m². L’ensemble couvre donc 192 m². La résidence, propriété de 3F Centre Val de Loire, a été construite en 1967 et comprend 121 logements. Les deux murs font face au gymnase Marcel-Cerdan et à l’esplanade Mirabeau, où se trouvent notamment un city stade, un terrain de basket et un espace de street work-out.

Millo à Blois

Une œuvre pensée comme un geste d’ouverture

Que verra-t-on sur les façades ? Un personnage qui, au cœur de la cité, refuse de cacher sa tendresse et porte son cœur jusqu’à une porte. Sur le second mur, ce qui était porté est offert, puis accueilli. Le geste, minuscule à l’échelle de la ville dessinée, devient monumental sur les façades. Millo résume cette histoire simplement : « L’idée est de donner de l’amour, ou du moins de transmettre un message positif. L’idée d’ouvrir une porte et de découvrir quelque chose derrière me semblait intéressante. »

Le cœur rouge, la porte jaune et les vêtements verts émergeront d’un paysage urbain essentiellement dessiné en noir, blanc et gris. Cette palette restreinte est caractéristique du travail de Millo, de son vrai nom Francesco Camillo Giorgino. L’artiste présente ses personnages géants comme une forme de revanche sur des environnements urbains dans lesquels les individus peuvent se sentir petits ou isolés.

Les personnages géants, l’artiste les présente comme une forme de revanche sur des environnements urbains dans lesquels les individus peuvent se sentir petits ou isolés. Dans ses compositions, l’être humain reprend symboliquement le dessus sur les immeubles, les rues et les infrastructures qui l’entourent.

L’Italien a réalisé des fresques dans plus de trente pays (dans des villes comme Los Angeles, Miami, Séoul, Berlin, Chicago, Londres, Amsterdam ou Rome) et participé à de nombreux festivals et projets artistiques à travers l’Europe, l’Amérique, l’Asie et l’Océanie. Mais à Blois, l’artiste insiste moins sur son parcours international que sur l’environnement immédiat dans lequel son œuvre va prendre place.

« Ici, l’art est gratuit »

Millo explique avoir accepté la proposition après avoir découvert le contexte de la résidence et du quartier. Sa démarche consiste, dit-il, à intervenir dans des lieux où l’accès quotidien aux œuvres demeure moins évident qu’au centre des villes. « La plupart du temps, j’essaie d’apporter mon art là où il est le plus nécessaire », affirme-t-il. Pour illustrer son propos, l’artiste évoque un enfant qui grandirait face à la fresque : « Si un enfant de 12 ans passe ici et voit ma peinture tous les jours, il peut, même sans y penser, avoir de l’art dans sa vie. »

Accéder à un musée ou à une exposition suppose parfois de prendre un bus, de rejoindre le centre-ville et, selon les lieux, de payer une entrée. Sur les murs de la résidence Jules-Ferry, la rencontre avec l’œuvre ne nécessite aucune démarche préalable. « Ici, l’art est gratuit », résume Millo.

Le pinceau au bout d’une perche

La réalisation repose sur une technique particulière. Millo peint depuis une nacelle, avec un pinceau fixé au bout d’une longue perche. Il travaille directement sur le mur, sans s’appuyer systématiquement sur un quadrillage ou une projection de la maquette. Cette méthode est née, raconte-t-il, d’une contrainte matérielle : « J’ai commencé à peindre avec une perche parce qu’au début, je n’avais pas les moyens d’utiliser une machine. » L’outil est ensuite devenu une composante à part entière de sa pratique. « Je n’aime pas travailler avec des mesures, une grille ou un projecteur. Je veux me battre un peu avec le mur », ajoute-t-il. Et contre le vent qui souffle ce jeudi à Blois. La distance avec la façade lui permet de conserver une vision plus large de la composition. Elle introduit aussi une part d’incertitude : le mouvement de la perche, les conditions météorologiques et l’échelle du support influencent nécessairement le trait. Avant son intervention, les deux pignons ont été nettoyés et préparés par les équipes d’Unik Art Agency.

À Mirabeau, investir aussi dans « l’humain »

Pour Mourad Salah-Brahim, adjoint au maire de Blois et référent du quartier Nord, la fresque s’inscrit dans un ensemble plus large d’investissements menés à Mirabeau. Le gymnase Marcel-Cerdan a été réhabilité, l’esplanade et ses équipements sportifs ont été aménagés, tandis qu’un espace jeunesse est également annoncé sur le secteur.

Mais l’élu estime que la transformation d’un quartier ne peut pas reposer uniquement sur les travaux et les équipements. « L’investissement ne peut pas concerner uniquement les bâtiments. Il doit aussi porter sur l’humain », souligne-t-il.

La fresque doit, selon lui, contribuer à valoriser une résidence dans laquelle plusieurs générations de Blésoises et de Blésois ont vécu. Elle s’inscrit également dans un discours municipal autour de la cohésion et de la solidarité. « À travers ces fresques, l’idée est aussi de replacer l’humain au cœur de l’espace urbain », explique Mourad Salah-Brahim. « Au-delà du béton, ce sont les êtres humains qui créent du lien. »

Le projet s’accompagne d’une démarche participative. Des ateliers de création artistique sont proposés en pied d’immeuble jeudi 23 juillet, de 16h30 à 19h30, avec l’appui de l’Espace Mirabeau. Ils seront suivis d’une soirée barbecue organisée par le centre social. Mardi 28 juillet, de nouveaux ateliers et des animations en plein air sont annoncés dès 16 heures, avant l’inauguration officielle de l’œuvre à 19 heures.

Un budget de 42 000 euros

Le budget global du projet s’élève à 42 000 euros. Il est financé par 3F Centre Val de Loire dans le cadre de l’abattement de taxe foncière sur les propriétés bâties applicable aux logements situés dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Ce mécanisme permet aux bailleurs sociaux de consacrer des moyens à des actions liées à l’amélioration du cadre de vie. 3F Centre Val de Loire est à la fois propriétaire de la résidence et financeur de l’opération. Unik Art Agency assure la conception technique et la production du projet. La Ville de Blois intervient comme partenaire, notamment dans son inscription territoriale et dans l’accompagnement des animations locales.

Vers un parcours de fresques à Blois

La réalisation de Mirabeau deviendra la cinquième fresque inscrite dans la politique menée par la Ville pour développer l’art mural dans différents quartiers de Blois. Pour Mourad Salah-Brahim, elle confirme aussi le potentiel de la ville en matière de street art et pourrait contribuer à la constitution progressive d’un parcours reliant les œuvres déjà présentes dans les quartiers Nord et Ouest comme dans le centre-ville. « Blois possède déjà un patrimoine naturel et un patrimoine historique. Nous pourrions aussi développer un patrimoine artistique différent, davantage lié au street art et au graffiti », estime-t-il.

La municipalité souhaiterait poursuivre cette dynamique avec les bailleurs sociaux, d’abord dans les quartiers concernés par le contrat de ville, puis, selon les financements disponibles, dans d’autres secteurs de Blois. Ces réalisations pourraient ainsi former, à terme, un nouvel itinéraire artistique à l’échelle de la ville. L’élu reste toutefois prudent : aucune programmation annuelle ni aucun financement futur ne sont encore arrêtés.


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