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Les coups de cœur de la Librairie Labbé : la rentrée littéraire de Stéphanie

Nouvelle rubrique sur Blois Capitale : les libraires de Labbé y présentent les livres qui les ont particulièrement touchés, surpris ou convaincus. Pour ce premier rendez-vous, Stéphanie, libraire au rayon Littérature, a retenu sept romans de la rentrée littéraire 2026. Des récits traversés par la filiation, l’exil, la mémoire, le hasard ou encore notre rapport au vivant. À cette sélection s’ajoute un huitième titre, paru au printemps mais qu’elle tenait absolument à recommander : Le Calamity Club, qui marque le retour de Kathryn Stockett.


La rentrée littéraire est aussi une affaire de choix. Face aux centaines de romans qui arrivent en quelques semaines sur les tables des librairies, certains titres s’imposent progressivement, d’autres surprennent, bouleversent ou donnent simplement envie d’être mis entre les mains d’un lecteur. À la Librairie Labbé, à Blois, Stéphanie en a retenu sept cette année.

Librairie Labbé

La Vie, impair et passe — Jean-Michel Guenassia

Dany est fils et petit-fils de forains. À 18 ans, un enchaînement de circonstances et un quiproquo le séparent brutalement de sa famille et de la fête foraine dans laquelle il a grandi. Persuadé d’avoir été abandonné, il trouve refuge chez Lucy et son compagnon Hector, un braqueur qui voue une passion à l’opéra.


Jean-Michel Guenassia fait alors entrer Dany dans une histoire beaucoup plus vaste que la sienne. Les rencontres, les malentendus, la chance et les accidents de parcours relient progressivement plusieurs existences dans un roman choral où les destins semblent parfois se jouer comme un lancer de dés. Publié le 19 août chez Albin Michel, le roman déploie cette mécanique du hasard sur 384 pages. « On s’attache beaucoup aux personnages, on vit l’histoire avec eux », confie Stéphanie.


Ne cherche pas le chaos — Marion Brunet

Pablo vit en France depuis plus de trente ans. Exilé chilien, il a construit sa vie loin du pays qu’il a fui et élevé sa fille Victoria en laissant dans l’ombre une partie essentielle de son histoire : la dictature, la prison, l’exil et les blessures qui l’accompagnent. À 18 ans, Victoria décide de partir seule au Chili. Lorsqu’elle cesse brusquement de donner de ses nouvelles, Pablo n’a plus le choix : il doit retourner dans ce pays auquel il pensait avoir définitivement tourné le dos. Marion Brunet fait alterner passé et présent et confronte la relation entre un père et sa fille à ce qui n’a jamais été dit. L’histoire intime rejoint ainsi celle du Chili et des traces laissées par la dictature.


Publié chez Albin Michel le 19 août, Ne cherche pas le chaos fait partie des finalistes du Prix du Roman Fnac 2026. Marion Brunet, également connue pour ses romans noirs et sa littérature jeunesse, a reçu en 2025 le prix commémoratif Astrid-Lindgren. « Alternant le passé et le présent de Pablo, Marion Brunet signe un roman bouleversant, tout en tension et en émotions, mais sans jamais en faire trop. Un très bon roman », juge Stéphanie.


Chronique d’un royaume perdu — Ananda Devi

L’histoire commence sur l’île Maurice, dans le monde né de l’esclavage et de son abolition. Cinq jeunes gens issus d’une propriété sucrière transgressent les frontières que la société leur assigne. Bannies, ces figures fondatrices trouvent refuge sur une terre qui deviendra le Bouchon. À partir de là, Ananda Devi déroule quatre générations. Le village devient un royaume à défendre, mais aussi le lieu où circulent les souvenirs, les légendes, les fantômes et les conflits hérités des générations précédentes. Réel et fantastique finissent par s’entremêler dans une vaste saga familiale nourrie de l’histoire mauricienne.

Avec ses 464 pages, le roman est l’un des textes les plus amples de la rentrée. Il figure déjà, en ce début septembre, dans les premières sélections des prix Goncourt et Renaudot 2026. « Il y a un souffle dans ce roman qui m’a accrochée dès le début de l’histoire. Ananda Devi mélange le réel et le fantastique dans cette saga familiale teintée de mythes et de légendes de l’île Maurice. L’autrice en parle comme de “son geste littéraire le plus libre et le plus fou”, et c’est une réussite ! » assure Stéphanie.


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Les Filles du 9 juin — Maylis Besserie

Le 9 juin 1944 reste l’une des dates les plus douloureuses de l’histoire de Tulle. À la suite d’une rafle et d’une sélection arbitraire menée par les SS de la division Das Reich, 99 hommes sont pendus dans la ville. Cent quarante-neuf autres sont ensuite déportés. Maylis Besserie choisit d’aborder cette histoire à hauteur de femmes et sur plusieurs générations. Hortense perd son mari parmi les pendus. Leur fille Louise naît le jour même de la mort de son père et grandit avec cette absence ainsi qu’avec la colère suscitée par l’impunité de certains responsables. Plusieurs décennies plus tard, Zoé, la petite-fille, se trouve elle aussi confrontée à la persistance des haines.

Le roman ne se limite ainsi pas à la reconstitution historique. Il interroge ce qui se transmet d’une génération à l’autre lorsqu’un traumatisme collectif devient aussi une histoire familiale : les silences, la colère, le besoin de justice et la nécessité de faire mémoire. Les Filles du 9 juin est paru le 19 août chez Grasset. « Ce roman m’a profondément émue dès les premiers chapitres et m’a marquée bien après l’avoir refermé. Il nous rappelle à quel point le devoir de mémoire est indispensable », explique Stéphanie.


Le Septième Siffleur — Colin Niel

Trois familles, trois territoires très éloignés et un même voyageur. Dans les Highlands écossais, Fiona vit avec son mari, éleveur, et leur fils adolescent, dont la vue décline. En baie de Somme, Willy chasse le gibier d’eau et rêve de transmettre cette passion à son fils, qui la rejette. Au Maroc, Hamza aide son père auprès des visiteurs de la Merja Zerga tandis qu’il rêve, lui, de partir et de rejoindre son frère en Espagne. Entre ces trois espaces circule un quatrième personnage, sans paroles : le courlis cendré. Cet oiseau migrateur en déclin relie des êtres qui ne se connaissent pas et permet à Colin Niel de faire dialoguer des questions qui dépassent la seule protection de la nature : la transmission entre parents et enfants, les usages d’un territoire, la chasse, l’agriculture, la migration et la coexistence entre l’être humain et le vivant.


Publié au Seuil le 21 août, Le Septième Siffleur adopte une construction chorale où les trois récits finissent par entrer en résonance. « Tout en subtilité, cette belle fable écologiste est très réussie. La plume poétique de Colin Niel apporte beaucoup à ce “nature writing à la française” », commente Stéphanie.


C’était ça ou mourir — Thélyson Orélien

Jonas est professeur d’histoire-géographie à Port-au-Prince. Lorsque les gangs gagnent son quartier, les tirs, les incendies et la destruction de sa maison ne lui laissent guère de choix. Il part presque sans rien : quelques objets, son diplôme, un cahier de poèmes, une photographie de sa mère. Une existence réduite à ce qui peut tenir dans un sac. Il pense d’abord pouvoir attendre en République dominicaine que la situation s’améliore. Elle ne s’améliore pas. Commence alors un périple qui transforme progressivement Jonas en migrant et l’entraîne beaucoup plus loin, à travers le continent américain.

Né en 1988, Thélyson Orélien est un écrivain québécois d’origine haïtienne, déjà auteur de poésie et critique littéraire. C’était ça ou mourir est son premier roman. Paru en France chez Grasset le 19 août, il s’est très rapidement installé parmi les livres les plus remarqués de cette rentrée : il figure dans les premières sélections du Goncourt, du Renaudot et du prix Décembre 2026. « Le premier roman de Thélyson Orélien est extrêmement saisissant et émouvant. Un récit profondément humain. Une véritable pépite littéraire à découvrir ! » lance Stéphanie.


La Fête — Lucy Fricke

Jakob a 50 ans. Réalisateur de films, désabusé, il n’a aucune envie de célébrer son anniversaire. Sa meilleure amie Ellen arrive pourtant chez lui avec un cadeau aussi simple qu’inattendu : un maillot de bain. Elle l’emmène à la piscine pour lui faire retrouver le plaisir de nager. Mais, à peine arrivés, Ellen disparaît. Cette absence donne le départ d’une étrange journée berlinoise. Jakob se retrouve entraîné dans son propre passé, dans ses amitiés, ses blessures et ses relations laissées en suspens. Sous son apparente légèreté, le roman de Lucy Fricke parle du temps qui passe, du pardon, des liens que l’on croyait perdus et de la possibilité de renouer avec eux. Traduit de l’allemand par Isabelle Liber et publié en français par Le Quartanier le 4 septembre, La Fête vient d’entrer dans la première sélection du prix Femina étranger 2026. « Un roman très agréable à lire sur le pardon, les liens avec les proches et les retrouvailles. Drôle, mais aussi très émouvant », dit Stéphanie.


Le coup de cœur… hors rentrée

Le Calamity Club — Kathryn Stockett

Il n’appartient pas à proprement parler à la rentrée littéraire : Le Calamity Club est paru le 28 mai chez Robert Laffont. Mais Stéphanie l’a suffisamment aimé pour souhaiter l’ajouter à sa sélection. Nous sommes dans le Mississippi en 1933, en pleine Grande Dépression. Meg, 11 ans, vit dans un orphelinat après la disparition de sa mère. Birdie cherche auprès de sa sœur, mariée à un riche banquier, l’aide dont sa famille a désespérément besoin. Charlie, de son côté, a été internée contre son gré dans un asile après avoir été jugée « faible d’esprit » et se bat pour retrouver sa fille.


Leurs trajectoires finissent par converger autour d’un groupe de femmes qui refuse de se laisser enfermer dans la place que la société de l’époque lui réserve : le Calamity Club. Ce roman marque surtout un retour très attendu. Kathryn Stockett n’avait plus publié de roman depuis La Couleur des sentiments, immense succès international vendu à quelque 15 millions d’exemplaires et adapté au cinéma. Seize ans plus tard, elle revient au Mississippi et à la condition féminine, cette fois dans l’Amérique des années 1930. « Dès les premières pages, j’ai été emportée par cette lecture, par ces personnages féminins inoubliables et par un contexte historique, économique et social passionnant, explique Stéphanie. Kathryn Stockett nous propose un roman drôle, émouvant et captivant. Une très belle lecture. »


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