Marie-Anne Bessarion fait revivre des souvenirs d’antan

Pendant plus de dix ans, Marie-Anne Bessarion a écouté des femmes et des hommes lui confier des fragments de leur vie. Des souvenirs d’enfance, des métiers disparus, des dimanches en famille, des blessures aussi. De ces rencontres est né Souvenirs d’antan, un livre d’une cinquantaine de récits, souvent ancrés à Blois et dans le Loir-et-Cher, où le témoignage se mêle parfois à la fiction.
Elle n’avait pas prévu d’en faire un livre. Au départ, il y avait simplement des conversations. Un commerçant, une connaissance, quelqu’un croisé au hasard de la vie qui se met à raconter. Marie-Anne Bessarion écoute. Une histoire en appelle une autre. Elle prend des notes, garde des souvenirs, accumule peu à peu une matière dont elle ne sait pas encore ce qu’elle fera. « Des gens avaient ce besoin de raconter, faute d’en parler à leurs enfants ou à leurs petits-enfants. J’étais l’oreille. J’étais là. »
Cela commence il y a plus de dix ans. Certains de ceux qui lui ont parlé sont morts depuis. D’autres ont découvert leurs souvenirs devenus des pages imprimées. Entre-temps, ces confidences éparses sont devenues Souvenirs d’antan, publié chez Medcygne Éditions. La plupart des histoires renvoient aux années 1960 et 1970, avec quelques incursions plus anciennes, notamment dans l’après-guerre. Il y est question de l’école, de la famille, de l’enfance, de métiers disparus ou devenus rares, de lavandières, de ramoneurs, de vitriers, de colonies de vacances. Des choses qui paraissaient ordinaires lorsqu’elles existaient et qui, quelques décennies plus tard, racontent déjà un autre monde. « Pour moi, l’Histoire, ce n’est pas que les rois. Tous ces gens-là font partie de la France, ils ont bâti la France. Il n’y avait pas que des rois, même si nous sommes au pied des châteaux ici ! »

Une histoire du Loir-et-Cher à hauteur de vie
Le Loir-et-Cher occupe une place importante dans le livre. Blois, Romorantin, Saint-Dyé, des villages, la Loire… les lieux apparaissent au gré des récits. D’autres souvenirs viennent de Paris, de la place des Vosges, des Tuileries ou du métro. Ce sont souvent les détails qui restent : une odeur, une rue, une façon de travailler, les repas du dimanche, les réunions familiales. « Lorsque nos anciens disparaissent sans avoir raconté leur histoire, c’est toute une petite bibliothèque de souvenirs qui disparaît avec eux », résume l’autrice.
Des souvenirs, mais pas des témoignages bruts
Le titre pourrait laisser penser à un recueil de témoignages. Ce n’est pas tout à fait le cas, et Marie-Anne Bessarion tient elle-même à cette liberté. Certaines histoires partent d’un récit assez précis. D’autres d’une anecdote, d’un souvenir fragmentaire, parfois seulement de quelques mots. Elle les retravaille ensuite, construit une narration, complète, imagine. « Ce n’est pas un journal intime. Je ne raconte pas mot pour mot. À partir d’un mot, d’un souvenir, après j’ai mon imagination. J’adore écrire, souffle l’autrice. C’est plein d’amour. On peut passer du rire aux larmes. Je crois même que j’aurais dû livrer le livre avec des mouchoirs. »
« S’il n’y a personne pour vous écouter, on est seul »
Derrière beaucoup de ces histoires revient une même question : celle de l’écoute. « On peut être entouré, on peut avoir plein de famille, mais on est seul. On peut avoir soi-disant des amis, mais on est seul. S’il n’y a personne pour vous écouter, on est seul. »
Au cours de ses rencontres, elle a aussi échangé avec des personnes dont la mémoire commençait à s’altérer. Elle raconte ces moments où un sujet, un lieu ou un mot fait soudain revenir un fragment de passé, accompagné d’un sourire ou d’un regard différent. C’est aussi pour cela qu’elle aimerait voir Souvenirs d’antan circuler dans des EHPAD. Non comme un quelconque outil thérapeutique — ce n’est pas sa vocation — mais comme un support de conversation. Les textes sont courts et indépendants. On peut ouvrir le livre au hasard et en lire quelques pages. Marie-Anne Bessarion dit qu’il « se picore ». Et qu’il peut être intergénérationnel.
C’était mieux avant ?
La question finit forcément par arriver. Ce monde dont parlent ses témoins était-il réellement plus agréable ? Ou prend-il simplement les couleurs de la jeunesse lorsqu’on le regarde cinquante ou soixante ans plus tard ? Marie-Anne Bessarion rapporte que beaucoup de personnes rencontrées répondent sans hésitation : oui, c’était mieux avant. Mais la nostalgie reste ce qu’elle est : un regard porté aujourd’hui sur hier.
Ce regard porté sur les souvenirs, les parcours et les histoires de chacun, Marie-Anne Bessarion aimerait désormais le prolonger au-delà du livre. Elle imagine pour cela un « mur de souvenirs », où chacun pourra déposer quelques mots, une image, un fragment de son propre passé. Ce mur prendra forme dimanche 4 octobre de 15h30 à 17h30, à la boutique Blois Capitale, 16 rue Émile-Laurens, à l’occasion d’un café-rencontre avec l’autrice blésoise. Un moment d’échange ouvert à toutes et tous.

