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Musicales 41 : du symphonique à China Moses, une programmation de haut niveau à prix doux

Un orchestre symphonique pour la première fois, China Moses le lendemain, puis Cendrillon de Rudolf Noureev projeté à Vendôme : les Musicales 41 reviennent les 25, 26 et 27 septembre pour une cinquième édition qui entend conjuguer exigence artistique et accessibilité. Présentée lundi par Philippe Gouet et Frédéric Maragnani, la programmation a aussi servi de point de départ à un propos plus large sur la place de la culture en Loir-et-Cher, le travail mené dans les communes rurales et les choix budgétaires du Département.


Il y aura, cette fois, quarante et un musiciens sur scène. Le chiffre est presque trop bien trouvé pour être vrai, mais il correspond à l’effectif annoncé de l’Orchestre symphonique de la Région Centre-Val de Loire/Tours, attendu vendredi 25 septembre à 20 heures à la Halle aux grains. Pour les Musicales 41, ce sera une première. « Nous n’avions jamais eu d’orchestre symphonique lors des précédentes éditions », souligne Philippe Gouet, président du conseil départemental. Sous la direction de Barbara Dragan, la formation interprétera Les Hébrides et le Concerto pour violon en mi mineur de Mendelssohn, avec Nicolas Dautricourt en soliste, ainsi que la Symphonie n°35 en ré majeur de Mozart, dite Haffner.

Le lendemain, la soirée prendra une tout autre couleur avec China Moses, entourée de quatre musiciens. La chanteuse et autrice-compositrice franco-américaine vient défendre It’s Complicated…, son septième album, paru en 2025 après huit années sans nouveau disque studio. Un retour qui lui ressemble : plutôt que de choisir entre jazz, soul, funk ou blues, elle mêle ces héritages à des touches de rock et de hip-hop, dans des chansons plus personnelles. Produit avec le multi-instrumentiste Troy Miller, l’album fait aussi appel à plusieurs figures du jazz contemporain, parmi lesquelles la saxophoniste Lakecia Benjamin, le trompettiste Theo Croker ou le batteur Daru Jones. Sur scène, China Moses s’appuie sur une formule resserrée, portée par sa voix d’alto et un groupe de quatre musiciens. Rendez-vous samedi 26 septembre à 20 heures à la Halle aux grains.

La troisième journée déplacera les Musicales à Vendôme. Dimanche 27 septembre à 17h30, le Minotaure accueillera gratuitement la retransmission de Cendrillon, le ballet de Sergueï Prokofiev chorégraphié par Rudolf Noureev pour l’Opéra national de Paris. L’œuvre de Charles Perrault y est transportée dans l’univers du cinéma hollywoodien des années 1930. Philippe Gouet défend volontiers ces retransmissions, non comme un pis-aller face au spectacle vivant, mais comme une autre façon de le regarder. Les plans rapprochés permettent, fait-il observer, de mesurer la précision du geste, le travail chorégraphique et la dimension physique de la danse. Il se souvient aussi de spectateurs lui expliquant, après de précédentes projections, qu’ils n’auraient probablement jamais eu l’occasion d’assister à un ballet à l’Opéra de Paris.

Musicales 41

Des prix bas comme choix politique

Les Musicales 41 assument aussi une politique tarifaire volontairement basse. Les deux concerts organisés à Blois sont annoncés entre 5 et 26 euros, tandis que la retransmission de Cendrillon à Vendôme sera gratuite. Pour Philippe Gouet, cette accessibilité fait partie intégrante du projet. Le président du Département prend l’exemple de China Moses, programmée ici à un tarif bien inférieur à celui pratiqué dans certaines autres salles où elle se produit. « C’est l’aller-vers. C’est ce que nous souhaitons faire : pouvoir apporter la culture au maximum aux Loir-et-Chériens. » Les réservations sont d’ailleurs bien engagées.

« Une Scène nationale n’est pas une citadelle »

Le rendez-vous est devenu l’une des expressions de la coopération entre le conseil départemental et la Halle aux grains – Scène nationale de Blois. À sa tête depuis quatre ans, Frédéric Maragnani résume volontiers sa manière de voir les choses par une image : « Je ne peux pas concevoir mon métier de directeur de Scène nationale à l’intérieur d’une citadelle. Une Scène nationale n’est pas une citadelle. À ses yeux, l’institution doit au contraire être traversée par son territoire, ses habitants, ses collectivités et leurs initiatives. Il dit avoir trouvé en Loir-et-Cher une « volonté d’alliance » permettant de multiplier les projets.

Les Musicales constituent l’un de ces terrains communs. La Familia en est un autre. Créée en 2023 à l’initiative de la Halle aux grains et soutenue par le Département, cette scène itinérante dédiée à l’enfance et à la jeunesse transporte les spectacles au plus près des familles. Pour la saison 2026-2027, douze spectacles et cinquante-deux représentations doivent être proposés dans dix communes. Les places sont fixées à 6 euros. Un tarif qui ne permet évidemment pas au dispositif de trouver seul son équilibre économique. Le Département intervient financièrement et facilite aussi les contacts avec les communes. « Chacune des parties ne pourrait certainement pas faire seule ce qu’elle parvient à faire avec l’autre », résume Frédéric Maragnani.

La coopération passe aussi par les écoles, les collèges et les lycées, avec des représentations et des ateliers menés aux côtés des artistes. L’enjeu est d’aller chercher des jeunes qui, sans cela, ne pousseraient peut-être jamais la porte d’une salle de spectacle. Sandrine Lhuillier, responsable communication à la Halle aux grains, raconte une réaction entendue à plusieurs reprises auprès de familles peu habituées à ce type de propositions : « Ah oui, on voit la différence. » Une façon très simple de dire que l’accès à la culture ne suppose pas d’abaisser l’exigence artistique. C’est même plutôt l’inverse qui est recherché.

À Vouzon aussi

Cette politique de terrain se joue aussi loin de Blois. À Vouzon, commune solognote de 1 414 habitants, le chorégraphe Mickaël Phelippeau travaille toute la saison autour de Sologne en portraits. Habitants, associations, école et peut-être commerçants seront associés au projet, avec une restitution prévue en juin 2027. Un premier rendez-vous, organisé en juin, a déjà réuni plus d’une cinquantaine de personnes. Un démarrage encourageant pour une démarche appelée à se construire pendant plusieurs mois avec le village.

Le Département annonce vouloir préserver son budget culture en 2027

Cette ambition se heurte toutefois à un contexte financier peu favorable. Philippe Gouet n’a pas éludé le sujet. Selon lui, le Département a préservé ses moyens consacrés à la culture en 2025 et 2026 malgré les contraintes imposées aux collectivités. Il annonce la même intention pour la préparation du budget 2027, ainsi que pour le sport. « La culture et le sport sont les ciments de notre société », affirme-t-il, estimant que la culture devient trop souvent la première variable d’ajustement lorsque les finances publiques se tendent.

Philippe Gouet ne cache pas que les Musicales 41 sont aussi « sa patte ». Il souhaitait lancer, dès le début de son mandat, un rendez-vous capable d’attirer en Loir-et-Cher des artistes de dimension internationale. Une orientation qui, assure-t-il, est largement partagée au sein de l’assemblée départementale : « C’est voté toujours à l’unanimité, je n’ai pas de barrage sur ce sujet-là. »

Plus largement, les deux responsables regardent avec inquiétude ce qui se dessine à l’échelle nationale. Philippe Gouet anticipe une année 2027 difficile pour plusieurs orchestres, quand Frédéric Maragnani rappelle ce qui fait la fragilité de leur modèle : des dizaines de musiciens permanents, des charges fixes élevées et peu de marges pour absorber de nouvelles coupes. Dans ce contexte, le choix des Musicales 41 prend une résonance particulière : au moment où certaines grandes formations voient leur avenir se tendre, le festival accueille pour la première fois un orchestre symphonique.


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