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À Blois, de nouveaux commerçants veulent croire à un nouveau cycle

La vacance commerciale progresse, la rue du Commerce concentre les inquiétudes et les habitudes d’achat changent. Pourtant, de nouvelles enseignes continuent de s’installer à Blois. Mardi soir, la Ville avait réuni ces nouveaux commerçants chez TABLE, place Louis-XII. Élus, CCI et entrepreneurs ont parlé difficultés sans les contourner, mais aussi de ces activités qui démarrent, embauchent parfois et refusent de considérer le centre-ville comme condamné.

Ils sont restaurateurs, artisans, commerçants, viennent d’ouvrir ou ont récemment développé leur activité. Mardi soir, chez TABLE, place Louis-XII, la deuxième soirée des nouveaux commerçants organisée par la Ville de Blois donnait à voir une réalité moins spectaculaire que celle d’un rideau métallique baissé : celle de personnes qui continuent à investir. Le lieu avait valeur de symbole. Aux fourneaux de TABLE, Romain Matura vient lui-même de franchir le pas en ouvrant son premier restaurant. Après plusieurs expériences dans la restauration étoilée et l’hôtellerie haut de gamme, il a choisi Blois pour lancer son établissement avec son équipe.

Face aux nouveaux venus étaient réunis Marc Gricourt, maire de Blois, Claire Molliere, adjointe chargée de l’économie de proximité, Paul Gillet, désormais vice-président d’Agglopolys chargé du commerce et de l’artisanat, et Claudine Martins De Sousa, présidente de la Chambre de commerce et d’industrie de Loir-et-Cher depuis mars dernier.

Marc Gricourt avec les nouveaux commerçants

Rue du Commerce, 28,8 % de cellules vacantes selon le maire

Marc Gricourt n’a pas cherché à commencer par les bonnes nouvelles. Selon les chiffres présentés pendant la soirée, le taux de vacance commerciale atteint aujourd’hui 12,9 % sur le périmètre du cœur d’agglomération pris en compte par la Ville, avec 85 commerces fermés. La situation devient beaucoup plus sévère rue du Commerce. Sur la portion comprise entre la rue Porte-Côté et le magasin Passadena, le maire a avancé 13 cellules vacantes et un taux de vacance de 28,8 %. « Quand j’y passe, pour ne rien vous cacher, ça me donne la nausée », a-t-il lancé.

L’édile a cité plusieurs facteurs : le recul de certaines grandes enseignes, les difficultés particulières du prêt-à-porter, le pouvoir d’achat, les transformations des habitudes de consommation, mais aussi le niveau de certains loyers commerciaux. Il a notamment évoqué le cas de l’ancienne enseigne Jennyfer et un loyer mensuel de 7 000 euros ! À ses yeux, la crise dépasse largement Blois. Il dit avoir retrouvé les mêmes difficultés dans d’autres villes françaises mais également à l’étranger. Et il ne promet pas un retournement immédiat : « On ne va pas se mentir, l’année 2027 risque d’être encore plus compliquée. »

Ce constat posé, le décor de la soirée produisait pourtant son propre contrechamp. Devant lui se trouvaient précisément des femmes et des hommes qui venaient de choisir d’ouvrir. Une cinquantaine de commerces ont ouvert depuis un an.

« Si vous ouvrez quelque chose cette année, c’est que vous êtes un minimum optimistes »

Romain Matura revendique cette ambition. « Je pense que, comme moi, si vous ouvrez quelque chose cette année, c’est que vous êtes un minimum optimistes », a-t-il lancé aux autres nouveaux commerçants. Depuis son restaurant, le jeune chef voit peut-être dans cette période la fin d’un modèle autant que le commencement d’un autre. Une période qui comporte ses dangers mais également, selon lui, une possibilité de repartir autrement. Il sourit quand il raconte ce qu’il entendait avant même l’ouverture : « Vous êtes courageux d’ouvrir en ce moment, vous êtes courageux d’ouvrir ici. »

Le mot « courage » est d’ailleurs revenu plusieurs fois dans la soirée. Lui le relativise. Une création d’entreprise n’obéit pas nécessairement au calendrier idéal : « Ce n’est pas forcément un moment que j’ai choisi, que j’ai planifié dans ma carrière. Il y a des opportunités qui se présentent, il y a des opportunités qu’il faut saisir à certains moments. » Pour lui, ce moment aura été 2026. « On n’a pas le choix, on y va. » Depuis l’ouverture, l’entrepreneur reconnaît vivre encore beaucoup « au fin fond de [ses] cuisines », la tête dans le guidon. Une obligation à ce stade.

Une bijouterie passée de 22 m² à plusieurs salariés et alternants

Au milieu des inquiétudes sur le commerce blésois, Christelle Moreau est venue apporter un parcours qui ne cadre guère avec l’idée d’un dépérissement généralisé. Elle a créé La Bijouterie des Rives de Loire en 2018 avant de développer son activité et de s’installer rue Denis-Papin en 2025. Mardi soir, l’artisane a raconté le chemin parcouru : « J’ai démarré toute seule dans mon atelier de 22 m². Aujourd’hui, j’ai deux salariés et quatre alternants. »

Christelle Moreau
Christelle Moreau lors de la soirée des nouveaux commerçants de Blois | Photo : Marc Alvarez

La bijoutière affiche depuis plusieurs années une croissance à deux chiffres de son chiffre d’affaires, malgré le Covid et une interruption liée à son congé maternité. Sans minimiser les difficultés du commerce de centre-ville, Christelle Moreau insiste sur un autre risque : à force de ne parler que de fermetures et de difficultés, on finit aussi par installer cette image dans l’esprit des clients. « Avoir continuellement un discours négatif avec la clientèle ne leur donne pas forcément envie de revenir pour n’entendre parler que de choses négatives. » Elle rappelle aussi que les commerçants ont leur part à jouer. Les collectivités peuvent aider, conseiller ou accompagner, mais elles ne peuvent ni faire venir les clients à leur place ni construire leur visibilité. « Il faut y aller, il faut montrer qu’on existe. » Et, surtout, soigner ce qui fait la différence d’un commerce de centre-ville : l’accueil, le lien, le moment passé sur place. « Un client qui passe un bon moment chez vous, il reviendra. Il pensera à vous en premier. »



« Les Blésois sont un peu sévères avec leur ville »

Quelques dizaines de mètres plus haut, 59 rue Denis-Papin, Entre Vous & Blois a commencé son activité cette année. La boutique de Christelle Chatry et Philippe Charlot mêle produits locaux, souvenirs, cadeaux et objets liés au territoire. Après 27 années passées à Chambord, Christelle Chatry connaît bien les visiteurs du territoire. Son premier constat depuis l’ouverture est presque un effet de miroir. « Les Blésois sont un peu sévères avec leur ville, je trouve. » Car de l’autre côté du comptoir, elle entend un discours différent : « Les touristes sont vraiment enchantés de venir, de se balader. Ils voient plein de belles choses. » Pour elle, le commerce de proximité n’a donc pas disparu. Encore faut-il adapter les produits, l’accueil et peut-être les horaires aux transformations des usages.

Stationnement, animations, habitants : trois temporalités

Du côté de la Ville, Claire Molliere a présenté une réponse organisée autour de plusieurs échéances. À court terme, l’adjointe a insisté sur l’accès au centre-ville et le stationnement : extension de la zone bleue, maintien d’une période gratuite dans les parkings souterrains et dispositif de chèques de stationnement disponibles chez les commerçants. À moyen terme, elle veut travailler sur la programmation événementielle et les flux touristiques, avec l’idée que manifestations et visiteurs doivent produire davantage de retombées pour les commerces.

À plus longue échéance apparaît un dossier moins visible mais déterminant : l’habitat. Pour Claire Molliere, remettre des habitants dans les étages du centre ancien revient aussi à recréer une clientèle quotidienne au pied des immeubles. Les opérations engagées par la Ville et Agglopolys sur l’habitat ancien dégradé visent justement à remettre des logements sur le marché et, dans certains immeubles, à rendre les surfaces commerciales plus adaptées. L’élue résume sa lecture de la situation par une formule : « Je ne considère pas que nous sommes en déclin. Je considère que nous sommes en mutation. »

Agir aussi sur les murs et les loyers

Derrière les vitrines se trouvent également des propriétaires, des immeubles parfois très dégradés et des loyers qui ne correspondent plus toujours à l’économie réelle d’un commerce indépendant. Marc Gricourt a rappelé la création de la SPL Agglopolys Aménagement, décidée au début de l’année afin notamment de permettre aux collectivités d’intervenir plus directement sur des opérations immobilières et foncières. Sa création a été approuvée par le conseil municipal en janvier. Le maire a également expliqué le travail engagé autour d’une foncière commerciale, destinée à permettre l’acquisition ou le portage de cellules avant leur remise sur le marché à des loyers plus compatibles avec l’activité envisagée.

Paul Gillet a, de son côté, rappelé les aides communautaires aux petites entreprises. Agglopolys dispose notamment d’un dispositif pour l’économie de proximité pouvant contribuer aux travaux, devantures, mises aux normes ou investissements numériques des commerces et TPE. Artisan lui-même, le vice-président d’Agglopolys n’a guère davantage enjolivé la situation : « Vraiment, ce n’est pas simple. » Mais il estime n’avoir jamais vu autant d’acteurs publics et consulaires mobilisés simultanément pour le tissu commercial : Ville, Agglomération et chambres consulaires. Une partie de son intervention a aussi été plus politique : Paul Gillet a estimé qu’une amélioration durable passerait par des décisions nationales permettant aux consommateurs, commerçants et artisans de « recommencer à gagner leur vie avec leur travail ».

« C’est le collectif qui fera qu’on réussira »

La présidente de la CCI de Loir-et-Cher, Claudine Martins De Sousa, a ramené la discussion à une idée beaucoup plus locale. Élue à la tête de la chambre consulaire en mars, elle a multiplié les invitations à ne pas rester seul derrière son comptoir. Elle a encouragé les nouveaux arrivants à rejoindre les réseaux existants, notamment les Vitrines de Blois, mais également à solliciter la Ville, Agglopolys et la CCI lorsque des difficultés apparaissent.

Car derrière les statistiques de vacance et les politiques d’aménagement se trouve une réalité beaucoup plus intime qu’elle a résumée simplement : celle du commerçant qui ouvre le matin sans savoir combien de personnes franchiront sa porte ni ce que donnera sa journée. « Vous n’êtes pas seuls. » Puis cette phrase, répétée sous différentes formes tout au long de la soirée : « C’est le collectif qui fera qu’on réussira. »


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