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À la Maison de la BD, dessins et performances prolongent La Mécanique du Bonheur

À la Maison de la BD, les dessins de Cathy Beauvallet gardent la trace des danseuses et danseurs de La Mécanique du Bonheur, association blésoise de danse contemporaine ouverte aux plus de 50 ans. Les 19 et 20 septembre, le mouvement fera le chemin inverse : les interprètes danseront à partir des dessins nés de leurs propres gestes. Une manière de refermer, provisoirement, une aventure commencée en 2025 autour d’une question qui traverse toute l’exposition : que devient la danse lorsque le corps vieillit ?

Dans la grande salle de la Maison de la BD, plusieurs silhouettes presque grandeur nature sont suspendues au plafond. Monique, Sylvie, Claire, Françoise. Des corps saisis dans un mouvement, un déséquilibre, une torsion. Sur les murs, d’autres dessins de Cathy Beauvallet sont beaucoup plus petits, parfois traversés de quelques traits seulement. Ici, une jambe, un dos, une trajectoire. Là, des silhouettes qui semblent déjà avoir quitté la feuille.

la Mécanique du Bonheur

L’exposition Danser les dessins dansés, visible jusqu’au 31 octobre, est née d’une rencontre entre des corps, des dessins et des mots. En la regardant, Sylvie Hirsch, présidente de La Mécanique du Bonheur, fait elle-même une découverte. Les grands dessins, conçus comme des portraits de danseurs, donnent davantage à voir l’âge de leurs modèles. Ceux réalisés pendant les répétitions ou les représentations semblent presque l’effacer. « Dans un arrêt, on voit l’âge », résume-t-elle.

la Mécanique du Bonheur

Cathy Beauvallet, elle, n’avait jamais vraiment posé la question en ces termes. « Pour moi, ce sont des danseurs. » Ce qu’elle cherche, c’est ce qui passe d’un point du corps à un autre, l’impulsion, la direction, la tension d’un bras ou la manière dont une silhouette occupe l’espace.

Danser autrement, pas danser moins

À Blois, La Mécanique du Bonheur fait danser des femmes et des hommes à partir de 50 ans depuis 2010. Ils sont aujourd’hui une quarantaine, certains ont passé les 80 ans. Le cadre est clair : il ne s’agit pas d’une activité douce vaguement inspirée de la danse. « Ce n’est pas de l’expression corporelle, c’est de la danse contemporaine », insiste Sylvie Hirsch. Le mouvement se travaille, se construit, se précise. Il faut chercher son point de départ, son amplitude, son rythme, aller jusqu’au bout du geste. Même l’improvisation a ses règles. « On ne fait jamais simplement ce qu’on veut. »

Un week-end par mois, les studios de la Maison de Bégon accueillent huit heures de travail réparties sur deux jours. Les périodes de création viennent en plus. Dans le groupe, les parcours ne se ressemblent guère. Certains dansent depuis longtemps, d’autres commencent lorsque beaucoup n’imagineraient même plus s’y mettre. Jacques avait 75 ans lorsqu’il a poussé la porte, sans expérience préalable. Il n’en est plus reparti : ateliers, créations, scène, il prend désormais part à tout.

Évidemment, le corps ne traverse pas les années sans changer. Sylvie Hirsch ne cherche pas à raconter le contraire. Les articulations deviennent moins disponibles, l’agilité évolue, certains gestes se compliquent, les sauts se raréfient. Mais personne ne demande à un corps de 75 ans de se comporter comme celui de ses 25 ans. À la question de savoir si cette transformation peut devenir frustrante, elle répond simplement : « On fait autrement. On peut arriver à un mouvement beau, sensible, à l’âge qu’on a ». La beauté ne se loge plus nécessairement dans la virtuosité. Elle peut tenir à la façon dont un geste est habité.

la Mécanique du Bonheur

Un laboratoire plutôt qu’un spectacle tout fait

Cette réflexion prend une forme nouvelle au début de l’année 2025. La Halle aux grains, sous la direction de Frédéric Maragnani, propose à La Mécanique du Bonheur de participer au festival Premières fois !. La commande ne consiste pas à reprendre une pièce existante mais à construire un laboratoire de recherche chorégraphique. La création, présentée au Théâtre Nicolas-Peskine, va devenir À chaque temps, nos premières danses.

Le groupe choisit alors de travailler précisément sur ce que la danse produit à cet âge de la vie. Véronique Teindas conduit la recherche chorégraphique. Cathy Beauvallet est invitée à suivre le travail par le dessin. Sibylle Vidalainq, doctorante-chercheuse en danse, recueille quant à elle les paroles des interprètes. Danse, dessin et langage commencent à se répondre.

Cathy Beauvallet a accepté immédiatement la proposition. Le spectacle vivant occupe depuis longtemps une place particulière dans son travail. Elle dessine la danse depuis 1999. Et lorsqu’elle retrouve La Mécanique du Bonheur, une surprise l’attend : plusieurs de ses membres lui sont déjà familiers. Elle en avait dessiné certains près de trente ans plus tôt, lors d’une résidence à la Halle aux grains. « Ils ont vieilli, mais les attitudes et ce qu’ils recherchent dans le corps… cela n’a pas changé. » Elle reconnaît des manières de bouger, des rapports à l’espace, parfois une attitude presque immédiatement identifiable. Chez Sylvie Hirsch, par exemple, elle remarque cette façon de se déployer verticalement et de jouer de sa grande taille. Chez d’autres, le mouvement se construit davantage autour de courbes ou d’arrondis.

la Mécanique du Bonheur
Le « storyboard » de Cathy Beauvallet

Dessiner ce qui disparaît

Dessiner la danse pose une difficulté assez évidente : le modèle ne pose pas. Le geste est déjà ailleurs au moment où le crayon touche le papier. Cathy Beauvallet travaille au bord du plateau. Elle suit parfois le mouvement jusqu’à ce que le dessin se rapproche presque de l’abstraction. À d’autres moments, elle explique conserver mentalement une fraction de seconde, comme un arrêt sur image intérieur. Tout se joue très vite. « Ce que je recherche, c’est l’impact, la vibration, la résonance. » Le trait peut réunir plusieurs instants, conserver une trajectoire et donner à voir moins une position qu’un déplacement. D’ailleurs, Cathy a composé une sorte de storyboard restituant le déroulement de la pièce, du début jusqu’à la fin. Le dessin devient ainsi mémoire du spectacle.

Au départ, Cathy Beauvallet devait simplement observer et conserver une trace. Puis Véronique Teindas regarde ses dessins et se demande ce qu’ils pourraient devenir à l’intérieur même du spectacle. La dessinatrice finit par travailler en direct pendant les représentations. Ses feuilles sont accrochées au fur et à mesure au fond de la salle. Dans le même temps, Sibylle Vidalainq fait apparaître les paroles recueillies auprès des danseurs. Toutes deux se retrouvent ainsi intégrées à la dramaturgie. Le travail de Sibylle Vidalainq apporte une autre dimension essentielle à la pièce. Les membres de La Mécanique ont répondu à un questionnaire sur leur rapport intime au mouvement : quels gestes aiment-ils ? Lesquels leur sont difficiles ? Quelle image ont-ils d’eux-mêmes lorsqu’ils dansent ? Qu’est-ce que la danse déplace en eux ? Leurs voix rejoignent la bande-son.


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À chaque temps, nos premières danses poursuit ensuite sa route. La pièce est retravaillée, puis rejouée le 10 mai 2026 au Théâtre Nicolas-Peskine. Un mois plus tard, Thomas Lebrun invite La Mécanique du Bonheur à Tours d’Horizons, au Centre chorégraphique national de Tours. Sylvie Hirsch raconte l’émotion suscitée ce soir-là auprès de danseurs plus jeunes. À l’issue de la représentation, plusieurs viennent leur parler de ce qu’ils ont perçu dans cette danse : une présence, un propos, quelque chose qui dépasse la seule maîtrise technique du mouvement.

À la Maison de la BD, l’histoire va maintenant effectuer un nouveau tour. En 2025, les danseurs bougeaient et Cathy Beauvallet les dessinait. Les 19 et 20 septembre, ce seront les dessins qui remettront les danseurs en mouvement. Les membres de La Mécanique vont utiliser certaines des œuvres comme points de départ. Une partie du travail sera préparée, une autre pourra naître de l’improvisation. Les visiteurs ne seront plus face à un plateau : ils circuleront dans les salles, au plus près des interprètes. La déambulation devrait investir plusieurs espaces de la Maison de la BD. Une situation inhabituelle pour les danseurs. Six performances sont prévues durant le week-end à 11h, 15h et 17h.

la Mécanique du Bonheur

>> Exposition « Dansons les dessins dansés » jusqu’au 31 octobre 2026 à la Maison de la BD, 3 rue des Jacobins à Blois. Entrée libre. Vernissage de l’exposition samedi à 18h30. Performances de La Mécanique du Bonheur les samedi 19 et dimanche 20 septembre à 11 h, 15 h et 17 h.


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