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Aux Lobis : Ulysse, Kiki, L’Œuvre invisible et le retour des grands classiques

Cette semaine, le cinéma Les Lobis poursuit une programmation tournée vers les récits de vie, les apprentissages, les œuvres rares et la transmission. Laëtitia Scherier, directrice du cinéma blésois, met en avant L’Illusion de Yakushima de Naomi Kawase, Ulysse de Laetitia Masson, la suite du cycle Ghibli avec Kiki la petite sorcière, un ciné-débat autour de L’Œuvre invisible, puis le lancement du cycle rétro consacré cette année aux genres du cinéma.


La semaine s’ouvre avec L’Illusion de Yakushima, de Naomi Kawase (lire ici). Le film suit une infirmière française installée au Japon, interprétée par Vicky Krieps, confrontée à la question du don d’organes, mais aussi à l’absence et au deuil. Laëtitia Scherier avait insisté sur la dimension « sensorielle et spirituelle » de ce film porté par une actrice « remarquable ».

Ulysse, une odyssée du quotidien

Mais l’autre grande sortie de la semaine est Ulysse, de Laetitia Masson, film très personnel inspiré de l’expérience de la réalisatrice, mère d’un enfant atteint d’un syndrome génétique rare. Le nom de ce syndrome n’est jamais donné. Le film ne cherche pas à définir médicalement le handicap. Il préfère en montrer les conséquences concrètes, affectives, familiales et sociales.


Avec Ulysse, Laetitia Masson signe une fiction nourrie par une histoire intime. Le film suit, sur près de dix-huit ans, le parcours d’une mère, interprétée par Élodie Bouchez, confrontée dès la naissance au handicap de son fils. L’enfant s’appelle Ulysse dans le film, un prénom qui donne au récit sa dimension d’odyssée. « Le film montre la manière dont l’annonce de ce handicap et le développement de l’enfant peuvent transformer complètement une famille. », explique Laëtitia Scherier.

Le récit épouse essentiellement le point de vue de la mère. À travers elle, le spectateur traverse les différentes étapes d’une vie familiale entièrement recomposée : l’annonce, l’entrée à l’école, les rendez-vous médicaux, les difficultés d’apprentissage, les démarches administratives, les espoirs, les blocages, les moments de fatigue et ceux de joie. « Le combat quotidien devient vraiment une odyssée », résume-t-elle. Le film dit l’épuisement qui naît lorsque la société n’est pas suffisamment adaptée aux personnes porteuses de handicap et à leurs familles. Le fils de Laetitia Masson joue lui-même Ulysse à l’adolescence. Quatre comédiens incarnent l’enfant aux différents âges du récit. Pour Laëtitia Scherier, le film peut « apporter une forme de soutien » à des parents d’enfants porteurs de handicap, mais aussi « éveiller les consciences » de ceux qui ne mesurent pas toujours l’ampleur des aides nécessaires.

La mère n’est pas idéalisée. C’est même l’un des éléments qui intéresse Laëtitia Scherier dans le traitement du film. Elle n’est pas présentée comme une figure parfaite, mais comme une femme traversée par tout ce que cette situation peut produire : la détermination, l’amour, la colère, le doute, l’épuisement, la peur. « Elle est présentée comme une héroïne qui tente de construire pour son fils une vie la plus belle possible, la plus autonome possible », tout en affrontant ce que cette odyssée fait aussi au couple et à l’équilibre familial.

Présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, Ulysse s’inscrit ainsi dans un cinéma du sensible, mais sans pathos inutile. Le film regarde moins le handicap comme un sujet isolé que comme une expérience qui oblige à interroger l’ensemble d’une société : l’école, les soins, l’administration, le couple, la famille, l’autonomie et la place que l’on laisse réellement aux plus fragiles.


Kiki la petite sorcière, l’apprentissage de l’autonomie

Le cycle Ghibli se poursuit cette semaine avec Kiki la petite sorcière, après Le Château dans le ciel. Sorti en 1989, juste après Mon voisin Totoro, le film de Hayao Miyazaki suit Kiki, jeune sorcière adolescente ou préadolescente, contrainte de quitter sa famille pour accomplir une année d’apprentissage dans une ville inconnue. Avec son chat, elle va faire de son seul talent — voler sur un balai — le point de départ d’une petite entreprise de livraison. Le film prend alors la forme d’un récit initiatique simple en apparence, mais d’une grande finesse psychologique. « Il aborde vraiment les questions de confiance en soi, de solitude et de passage à l’âge adulte », souligne Laëtitia Scherier.

Comparé à d’autres œuvres du studio Ghibli, Kiki la petite sorcière est moins spectaculaire. Il ne cherche pas l’ampleur visuelle ou narrative d’un film comme Le Château dans le ciel. Il avance sur un rythme plus calme, plus quotidien, plus intérieur. C’est aussi ce qui en fait l’un des films Ghibli les plus accessibles aux jeunes enfants. Les Lobis le recommandent à partir de 6 ans. Les séances familiales seront principalement proposées en version française les mercredis, samedis et dimanches. Deux séances en version originale sous-titrée sont également prévues les lundis et mardis, pour les adultes, les adolescents ou les spectateurs qui souhaitent le redécouvrir en japonais.

L’Œuvre invisible, un ciné-débat sur les films qui n’existent pas

Autre rendez-vous de la semaine : un ciné-débat autour de L’Œuvre invisible, documentaire d’Avril Tembouret et Vladimir Rodionov. La séance aura lieu lundi 22 juin à 20h30, en présence des réalisateurs.

Laëtitia Scherier présente le film comme une œuvre hybride, à la fois documentaire et réflexion sur le cinéma. Il est consacré à Alexandre Trannoy, figure méconnue qui aurait côtoyé de grands noms du cinéma français, parmi lesquels Jean Rochefort, Anouk Aimée ou Lino Ventura, sans jamais parvenir à achever le moindre film. D’où le titre : L’Œuvre invisible.

Le documentaire ne s’intéresse donc pas seulement à un parcours singulier. Il interroge aussi ce qui reste d’un désir de cinéma lorsque les films n’aboutissent pas. « Le film parle du désir de cinéma, de cette foi ou de cette envie parfois un peu irrationnelle qu’ont les cinéastes à consacrer leur vie à des films qui n’existeront peut-être jamais », explique Laëtitia Scherier. Le public voit les films qui sortent en salle, ceux qui trouvent un distributeur, une affiche, une existence publique. Mais beaucoup de projets se montent, se cherchent, avancent parfois jusqu’à un début de tournage, avant de disparaître ou de ne subsister qu’à l’état d’archives.

Le cycle rétro, ou le retour de films en salle

Laëtitia Scherier annonce également le lancement du cycle rétro des Lobis, organisé pour la troisième année consécutive. Cette programmation de films de répertoire lui tient particulièrement à cœur, car elle permet de faire revenir en salle des œuvres importantes de l’histoire du cinéma. Pendant l’année, programmer ce type de films est devenu plus difficile. La directrice évoque des demandes d’engagement plus fortes de la part des distributeurs, un nombre de séances plus contraignant, une concurrence accrue entre les films, et une durée de vie parfois plus courte en salle. Mais « cela permet de continuer à faire vivre des films importants de l’histoire du cinéma et surtout de leur faire retrouver le chemin de la salle », explique Laëtitia Scherier. Car un classique sur une plateforme ou en VOD ne produira pas le même effet qu’en salle.

Pour construire cette programmation, Laëtitia Scherier s’appuie sur les ressorties en copies restaurées proposées par les distributeurs au cours des douze derniers mois, mais aussi sur des œuvres découvertes plus jeune, adolescente ou pendant ses études de cinéma. Des films qui ont marqué durablement sa vision du cinéma. Elle se souvient notamment de la réception de certains films lors du cycle précédent. Paris, Texas et Casablanca avaient très bien fonctionné. Des spectateurs étaient ressortis en expliquant qu’ils avaient toujours entendu parler de ces films sans jamais les avoir vus, et que la projection aux Lobis avait provoqué une véritable découverte.

Retour vers le futur pour ouvrir la rétro

La soirée de lancement aura lieu samedi 27 juin à 20 h avec Retour vers le futur. Comme les années précédentes, Les Lobis choisissent d’ouvrir avec un film capable de rassembler largement. La première édition avait commencé avec Les Dents de la mer. L’an dernier, l’ouverture s’était faite avec La Cité de la peur. Laëtitia Scherier reconnaît ne pas aimer beaucoup l’expression « grand public », mais l’idée est bien de proposer une première soirée accessible, festive, fédératrice. Le bar sera ouvert avant la séance et les spectateurs seront invités, s’ils le souhaitent, à ressortir leurs vêtements des années 1980. Après la projection, un quiz sera organisé en salle autour de la culture des années 1980 et des films de science-fiction.

Une programmation par genres

Cette troisième édition du cycle rétro sera construite autour des genres du cinéma. La semaine du 1er juillet sera consacrée au road movie avec Pierrot le Fou, de Jean-Luc Godard, et Thelma & Louise, de Ridley Scott. Ce dernier représente un pari particulier pour la salle, en raison du coût des droits, mais Laëtitia Scherier tenait à le programmer. Elle y voit un film capable de rassembler, par ce qu’il raconte, par son écho avec des questions de société actuelles, mais aussi parce qu’il figurait cette année sur l’affiche du Festival de Cannes.

La semaine du 8 juillet sera dédiée aux drames intemporels avec deux films que Laëtitia Scherier présente comme faisant partie de ses favoris : Vol au-dessus d’un nid de coucou, de Miloš Forman, et Stand by Me, de Rob Reiner.

Le 15 juillet, la comédie romantique permettra d’apporter « un peu de légèreté » avec deux classiques : Quand Harry rencontre Sally, également de Rob Reiner, ressorti cette année en copie restaurée, et Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet.

Après la fermeture estivale des Lobis, du 22 juillet au 18 août inclus, le cycle reprendra avec le film policier. Sont annoncés Chien enragé, d’Akira Kurosawa, et Jeune et Innocent, d’Alfred Hitchcock.

La dernière semaine du cycle, autour du 26 août, sera consacrée au film historique, avec Lili Marleen, de Rainer Werner Fassbinder, et La Leçon de piano, de Jane Campion.

Comme lors des précédents cycles, les spectateurs pourront récupérer une petite carte lors des premières séances. Chaque film vu donnera droit à un tampon. Ceux qui auront assisté à dix films du cycle repartiront avec une place de cinéma gratuite, valable trois mois, pour le film de leur choix, événement compris.


Pour en savoir plus : blois-les-lobis.cap-cine.fr


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