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La Halle aux grains – Scène nationale de Blois présente une saison 2026-2027 avec beaucoup de relief

La Halle aux grains – Scène nationale de Blois, présente sa saison 2026-2027 ce mardi à 19h30 (entrée libre). Derrière le programme, Frédéric Maragnani et Sandrine Lhuillier défendent une idée centrale : faire de ce lieu culturel une place publique vivante, accessible, poreuse au territoire, capable d’accueillir les créations, les débats, les publics fidèles comme les nouveaux venus.

La présentation de saison est devenue un moment de relation directe avec le public, un temps où se construit une partie du désir de théâtre, de danse, de musique, de cirque, de cabaret ou de littérature. La billetterie, déjà ouverte, donne déjà un indice de ce désir. Selon Sandrine Lhuillier, responsable communication et presse de la Scène nationale, « 20 % de la jauge totale » est déjà partie en réservation et en billetterie en deux jours. Frédéric Maragnani, directeur de La Halle aux grains, y voit un signe clair : « Il y a une forte demande pour la Scène nationale de Blois. »

Cela d’autant plus que la Halle aux grains ne veut pas être perçue comme un lieu réservé à quelques initiés, mais comme une Scène nationale ouverte, traversée par les publics, les pratiques, les récits, les contradictions de l’époque et les initiatives du territoire.

Une Scène nationale qui refuse l’image de sanctuaire

Une Scène nationale n’est pas un sanctuaire, mais un lieu d’ « hospitalité culturelle« . De cette formule, Frédéric Maragnani veut faire un axe durable, « comme un mantra » appelé à revenir « dans les années, dans les mois et dans les saisons à venir ». La notion recouvre plusieurs réalités : ouvrir les portes, laisser les spectacles abordables, multiplier les rencontres, faire circuler les publics, accueillir les initiatives, travailler avec les partenaires culturels et sociaux, mais aussi penser le lieu comme une composante de la vie locale. « On est loin de l’image que l’on colle parfois aux scènes nationales, à savoir des lieux totalement hors sol, déconnectés, etc. C’est quelque chose que l’on veut faire croire, mais qui ne correspond pas à la réalité. C’est un projet politique, en fait, pour dire les choses assez clairement. » Politique parce que lié à la cité. La Scène nationale se veut outil de territoire, un lieu où l’on fabrique du commun, où l’on partage des émotions, mais aussi des questions.

Des prix accessibles, mais un équilibre fragile

Cette ambition passe d’abord par la question du prix. Frédéric Maragnani rappelle que les billets se situent entre 5 et 30 euros, avec une moyenne annuelle autour de 12 à 14 euros, alors que le coût réel d’une place serait plutôt de 69 euros. Un écart qui est assumé par le financement public. « C’est un investissement pour le territoire, un investissement réel », insiste-t-il. L’argent public permet donc de maintenir une politique tarifaire accessible. Avec un effort auprès des jeunes. Résultat, « un quart de moins de 30 ans » dans le public de la Scène nationale. Une donnée qui contredit là encore certains procès en déconnexion.

La saison 2026-2027 proposera 49 spectacles et événements. Toutefois, l’équilibre budgétaire reste de plus en plus tendu. Préparer une saison sur deux années civiles ajoute une difficulté : le budget 2026 est connu, mais pas celui de 2027. Dans ce contexte, la Scène nationale lance une campagne de dons individuels (lien ici). Le principe est simple : arrondir son panier, ajouter un don libre à l’achat des places ou soutenir la structure au-delà du prix du billet. « Et franchement, on en a besoin », résume Frédéric Maragnani. Sandrine Lhuillier rappelle que d’autres lieux, comme La Rochelle ou Rochefort, ont déjà mis en place ce type de dispositif, avec une accumulation de petits dons qui finit par représenter une ressource réelle et renforce le sentiment d’appartenance du public à son théâtre.

Le mécénat d’entreprise se développe également. Le cercle des Mécènes de la Scène, inexistant il y a quatre ans, réunit aujourd’hui une quinzaine d’entreprises partenaires, de la très petite structure artisanale à des entreprises plus importantes. Là encore, l’enjeu dépasse le seul soutien financier. « Ce n’est pas uniquement : ils donnent de l’argent et ensuite ils viennent aux spectacles, explique Frédéric Maragnani. On organise des rencontres entre les mécènes et les artistes, quand on le peut. Cela fait partie de l’hospitalité culturelle : leur montrer ce qu’est le travail plein et entier d’une Scène nationale. »

Un lieu de spectacle, mais aussi un lieu de vie

La saison 2026-2027 ne se résume pas à une suite de dates. Elle est pensée comme un ensemble d’expériences, avec des spectacles, mais aussi des ateliers, des rencontres, des avant-scènes, des stages, des apéros curieux, des midis curieux, des bords-plateaux et des fêtes. Sandrine Lhuillier y voit une attente forte du public blésois. « Les gens apprécient d’avoir des choses en écho aux spectacles, auxquelles ils vont participer ou assister avant ou après. Cette année, on lance les apéros curieux en plus des midis curieux. Les gens adorent cela. Il y a un lien entre ce qu’ils ont vu ou ce qu’ils vont voir, et pour eux c’est une richesse complémentaire. » Cette logique traverse les Échappées de la saison, les Découvertes, le Cycle danse, la Fabrique Cabaret, les p’tits plus ou encore les avant-scènes ouvertes aux pratiques amateures. L’objectif est de déplacer la relation au spectacle.

Le futur théâtre de 2029 en arrière-plan

Cette réflexion sur l’hospitalité culturelle prépare aussi le futur théâtre attendu à l’horizon 2029. Le directeur voit la saison actuelle comme une manière de se mettre déjà en mouvement vers ce nouvel équipement. Le cahier des charges du futur lieu prévoit un grand hall d’accueil, une possibilité de restauration, une salle de 500 places, mais aussi un espace de médiation pour recevoir différents groupes. Il pourra accueillir des conférences de presse, des signatures de livres, des expositions, des installations, des rencontres.

Aujourd’hui, la jauge annuelle de La Halle aux grains est d’environ 22 000 billets édités par saison. Ce chiffre n’est pas un plafond choisi, mais une limite liée aux conditions d’accueil et de visibilité dans le lieu actuel. Avec une salle permanente de 500 places, le futur théâtre pourrait permettre d’atteindre environ 35 000 billets sur une saison.

Une saison avec beaucoup de relief

Le cabaret, la création, le climat, le politique, la jeunesse, le corps, la musique, l’itinérance, tout cela traversera la saison 2026-2027. Dans une période de glissement vers l’élection présidentielle, la politique aura sa place. En décembre, La Halle aux grains, dans une « Poli Week » en écho à la Fashion Week, accueillera plusieurs épisodes de Huit rois, nos présidents, le cycle de Léo Cohen-Paperman consacré aux présidents de la Ve République. Seront présentés des spectacles autour de Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron. Chaque président est abordé par un registre différent : vaudeville pour Giscard, théâtre documentaire pour Mitterrand, stand-up pour Sarkozy, clown pour Hollande. Le directeur y voit une façon de mettre le théâtre au travail sur l’histoire récente du pays. « Le théâtre sert aussi à cela : se raconter nous, en tant que communauté. » Cette séquence pourrait « gratouiller » dans le public, admet-il, d’autant que les spectacles n’évitent pas l’adresse directe.

La politique traverse aussi d’autres propositions. La Chair est triste hélas, texte et mise en scène d’Ovidie, porté par Anna Mouglalis, part d’une grève du sexe et d’un manifeste sur le rapport aux hommes. Affaires familiales, d’Émilie Rousset, interroge les affaires familiales, la protection de l’enfance, les violences sexistes et sexuelles, et la manière dont ces sujets modifient le débat public et la législation selon les pays. Cabaret Téhéran, de Gurshad Shaheman, fera revivre les grandes divas iraniennes, celles qui chantaient l’amour, l’ivresse, la joie, le bonheur et le corps, autant de thèmes devenus impossibles à chanter librement dans l’Iran contemporain.

Même L’Avare de Molière, mis en scène par Clément Poirée, est abordé sous un angle contemporain. Le texte reste celui de Molière, mais le spectacle travaille sur la sobriété, les textiles, les objets, la production et le recyclage. Les spectateurs sont invités à apporter de vieux vêtements ou objets, qui sont retraités sur scène pour constituer peu à peu les costumes !

Le cabaret, art de la joie et de l’indiscipline

Le cabaret est l’un des axes forts de la saison. La HAG développe cette ligne depuis deux ans, notamment avec Jérôme Marin, alias Monsieur K. En novembre, trois jours seront consacrés au cabaret, avec Chansons monstres, Cabar’Halle et le lancement de La Fabrique Cabaret. Ce parcours amateur, mené sur plusieurs week-ends entre janvier et juin, proposera de travailler le jeu, la voix, le corps, le masque, le maquillage et la transformation. L’idée est de permettre à chacun de révéler sa « créature » intérieure et de composer collectivement un cabaret.

Pour Frédéric Maragnani, le cabaret permet de tenir ensemble la joie et la gravité. « Le cabaret, c’est vraiment l’art de l’indiscipline. On peut a priori parler de tout, se moquer de tout et de tout le monde, avec respect, sans méchanceté. C’est l’art de la joie et de la manière de parler de choses graves. »

Cabaret Téhéran, programmé en mars dans le cadre de Premières fois !, prolonge cette ligne. Gurshad Shaheman, déjà accueilli à Blois avec Les Forteresses, y chantera et dansera les grandes divas iraniennes. Sandrine Lhuilier garde un souvenir très fort de son précédent spectacle : « Les Forteresses, cela a été mon spectacle de l’année. Cela m’a bouleversée. »

Scène nationale de Blois
Photo ©Scène nationale de Blois

Le risque de la création

La mission d’une Scène nationale consiste aussi à accueillir des œuvres qui n’ont pas encore été éprouvées par de longues tournées. C’est l’une des lignes défendues par Frédéric Maragnani : « On est là aussi pour ce risque-là, le risque de la création. » Pour cette saison, il cite Les Grandes Illusions, pièce d’Arthur Dreyfus mise en scène par Laurent Charpentier, qui avait déjà été accueilli à Blois avec Grand Duc en 2023. Il évoque également Les Signaux faibles, projet de Simon Mauclair autour de Kenzaburō Ōe, prix Nobel de littérature, et des dangers qui peuvent guetter la jeunesse, notamment dans son rapport à Internet. Autre création : Irresistible Revolution, d’Ayelen Parolin, chorégraphe belge déjà venue à Blois avec Simple. Cette fois, elle travaille sur les carnavals d’Amérique du Sud et recrée des parades avec douze interprètes au plateau.

La création concerne aussi le territoire blésois. La Joie intacte des premières fois ! associera La Mécanique du bonheur, groupe blésois de danse contemporaine pour seniors, au collectif ÈS, qui dirige le Centre chorégraphique national d’Orléans. La pièce sera créée en mars 2027. Cette attention à la création demande un accompagnement particulier du public. Sandrine Lhuillier le reconnaît : lorsqu’un spectacle est très récent, il n’existe pas toujours de référence, de bouche-à-oreille, de souvenir partagé. « Même pour nous, pour en parler aux gens, c’est plus compliqué. On a parfois la chance d’aller voir le spectacle entre le moment où il est créé et le moment où il vient jouer chez nous, quand c’est possible. Mais parfois, c’est aussi une surprise pour nous. On a lu le dossier, mais cela ne remplace pas le spectacle. »

Danse, cirque, corps et images

La saison garde aussi une forte place aux arts du corps. Le parcours CIR&PLUS réunira notamment Ostinato, Le Petit Lac et Solstice. La danse sera présente avec Sell, Self, Slay, Machine à spectacle, Irresistible Revolution, Hi-Fu-Mi ou donc encore La Joie intacte des premières fois !.

Le concert jonglé BPM, les formes jeune public, les propositions mêlant dessin, mouvement, acrobatie ou arts numériques confirment la nature pluridisciplinaire de La HAG – Scène nationale. Il ne s’agit pas seulement de théâtre au sens traditionnel, mais d’un lieu où se croisent récits, gestes, sons, images, corps, voix et formes hybrides.

La musique occupe aussi une place identifiée. China Moses viendra dans le cadre des Musicales 41. Dafné Kritharas sera accueillie avec All That Jazz en décembre, comme un concert de Noël aux couleurs de musiques du monde. L’Orchestre symphonique de la Région Centre-Val de Loire-Tours figure également au programme.

La Familia, ou la Scène nationale hors les murs

L’un des enjeux territoriaux majeurs reste La Familia, scène itinérante dédiée à l’enfance et à la jeunesse. Pour la saison 2026-2027, 12 spectacles et 52 représentations dans 9 communes du Loir-et-Cher, en partenariat avec Agglopolys et avec le soutien du Département. « On persévère à l’emmener partout sur le département », souffle Sandrine Lhuillier. Tous les ans, de nouvelles communes entrent dans le dispositif, parfois sans habitude culturelle fortement installée. Les spectacles sont présentés dans des salles des fêtes ou des espaces communaux, avec un important travail de préparation mené avec les municipalités, les bénévoles et les associations. Frédéric Maragnani explique que la programmation itinérante cible particulièrement des formes visuelles, accessibles, autour du corps, de l’acrobatie, du cirque, de la danse contemporaine, du jonglage ou du hip-hop. « On s’aperçoit qu’il y a une vraie appétence pour le spectacle vivant dans le département. »

La curiosité du public blésois

Le cabaret, la comédie, le vaudeville ou les formes musicales semblent attirer des spectateurs différents. Le directeur se souvient notamment de La Barbichette Cabaret, où il avait observé un vrai renouvellement du public. Le stand-up reste présent cette saison avec Louis Cattelat, qui ouvrira l’année 2027. Frédéric Maragnani l’a découvert sur une péniche parisienne dédiée au stand-up. L’humoriste, chroniqueur de Quotidien, sera précédé d’une avant-scène avec le Blois Comedy Club, au sein de L’Arboré Sens, dans cette logique de croisement entre amateurs et professionnels.

La curiosité du public blésois est l’un des points que le directeur dit retrouver saison après saison. « S’ils ne connaissent pas, ils demandent à voir. » Il décrit la présentation de saison comme un moment presque festif pour lui-même : « C’est exactement comme si j’étais un gamin à Noël, à un anniversaire, ou comme si j’avais réaménagé ma chambre dans tous les sens. »

Une « safe place » pour agiter les idées

Dans un contexte politique et social tendu, La Halle aux grains – Scène nationale peut être une « safe place », un espace où l’on peut continuer à rire, à se moquer, à débattre, à ne pas être d’accord, sans basculer dans la violence. « Un lieu culturel comme le nôtre doit préserver ces endroits où l’on s’émeut, où l’on rigole, où l’on se moque. Mais se moquer ne veut pas dire que l’on souhaite dégommer l’autre », souligne Frédéric Maragnani.

C’est parti pour une saison avec du relief, au sens le plus concret du terme : des lignes, des aspérités, des contrastes, des points d’appui, et cette volonté de faire de la Scène nationale de Blois autant un lieu à part qu’un lieu où l’on se retrouve.

Infos pratiques
Présentation de la saison 2026-2027 de La Halle aux grains – Scène nationale de Blois : mardi 16 juin 2026 à 19h30. Entrée libre, sans réservation, dans la limite des places disponibles. La billetterie de la saison est ouverte. Brochure complète disponible auprès de La Halle aux grains et sur son site internet. Pour en savoir plus : halleauxgrains.com/site/


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