Barbara et Antoine Bernon illustrent Blois à quatre mains

Dans le présentoir installé à la boutique Blois Capitale, leurs cartes et marque-pages attirent par leur retenue. Un trait fin, des façades, des escaliers, une silhouette de château, un vélo au bord de l’eau, un cerf dans un sous-bois, quelques fleurs, des teintes légères, beaucoup d’espace laissé au regard, et un univers très cohérent : celui de Barbara et Antoine Bernon, couple dans la vie comme dans la création, qui développe depuis plusieurs années un travail à quatre mains entre dessin architectural, aquarelle et attachement profond au territoire.

Deux parcours différents, une même fidélité au dessin
Chez Barbara comme chez Antoine Bernon, le dessin est là depuis longtemps. « Depuis aussi longtemps que je m’en souvienne… », dit même la jeune femme originaire de Rhône-Alpes, passée par le Sud pour suivre une licence en arts appliqués. Son registre, aujourd’hui, s’ancre surtout dans l’aquarelle, la mise en couleur, l’univers floral et une recherche constante de tonalités douces.
Le parcours d’Antoine diffère, mais rejoint le même point d’ancrage. Originaire du Cher, arrivé à Blois pour ses études, il raconte une double inclination ancienne : le dessin d’un côté, les mathématiques, la technique, l’architecture de l’autre. Longtemps, le dessin lui est présenté comme une passion qu’il faudrait garder à sa place. Il commence donc ailleurs, passe par des études techniques, puis se réoriente. Il se tourne finalement vers le design graphique. À la sortie de l’école, en 2020, il lance sa propre activité, l’Agence Chat Pot. Son idée initiale penche du côté de la communication visuelle pour les petites entreprises : identité graphique, environnement visuel, accompagnement. Mais, au fil des projets, une autre évidence s’impose. L’illustration prend de plus en plus de place. Peu à peu, cette part devient même centrale.
Une alliance
Le travail à quatre mains de Barbara et Antoine Bernon repose sur une répartition très nette des forces. Antoine porte davantage le dessin de structure, l’architecture, la perspective, les proportions. Barbara apporte la couleur, l’atmosphère, la souplesse, les nuances de l’aquarelle. Antoine le dit : « Ma faiblesse, ce sont les couleurs. » Il explique avoir la vision de l’image finale, mais ne pas parvenir à rendre sur le papier ce qu’il imagine chromatiquement. À l’inverse, il attribue à Barbara une difficulté plus marquée pour « tout ce qui est architecture, perspective, proportion ». Le résultat, une complémentarité. Lui dessine souvent en noir et blanc, elle donne leur respiration aux images. Lui construit, elle adoucit. Lui cadre, elle fait monter la lumière.
Pourquoi Blois
Dans leur travail, Blois s’est imposée parce qu’elle est devenue leur lieu de vie, puis leur lieu de regard. Antoine est le premier à s’y installer, à la faveur de ses études. Il y arrive fin 2015 et choisit ensuite d’y rester, même après un changement d’école. Le motif tient à une forme d’attachement. « J’étais un peu tombé amoureux du coin, de la ville », dit-il. Passionné d’histoire (d’où des collaborations avec Jean-Paul Sauvage), son lien à Blois ne se limite pas au patrimoine monumental. Ce qui compte aussi, c’est l’échelle. Lui qui vient du « fin fond de la campagne » ne se voyait pas vivre dans une grande ville. Blois lui a offert un compromis qui continue manifestement de compter : « une ville à taille humaine ».
Barbara, de son côté, ne connaissait pas Blois lorsqu’elle vivait encore à Montpellier. Elle le reconnaît très franchement. Quand le couple décide de se rapprocher, la ville-préfecture de Loir-et-Cher n’a pour elle rien d’évident. Mais l’installation change la donne. Là où Antoine regarde volontiers l’histoire et la ville bâtie, Barbara insiste davantage sur le paysage, la Loire, la nature, la possibilité de sortir, de marcher, de revenir au même endroit sans jamais voir exactement la même chose. « Même au bord de la Loire, on peut aller dix fois au même endroit, ce ne sera jamais le même paysage », dit-elle.
Le paysage, la pierre, la Loire
Leur répertoire visuel ne se limite pas au strict urbain. Le floral tient une place importante, surtout dans les créations portées par Barbara. Ailleurs, c’est une présence animale qui surgit, comme ce cerf représenté dans un sous-bois léger. Leur univers ne consiste pas seulement à illustrer Blois, mais à faire tenir ensemble un territoire, une atmosphère et une sensibilité.
Le choix du petit format joue aussi dans cette économie du regard. Cartes et marque-pages imposent une certaine densité, une certaine justesse. Ils obligent à aller à l’essentiel. Il faut que le dessin vive sans surcharge. Il faut que la couleur soutienne sans écraser. Il faut que l’objet reste accessible, manipulable, offert, glissé dans un livre ou envoyé par courrier, tout en gardant une identité nette.


