Cette semaine aux Lobis : Club Kid, Hong Sang-soo, Cuba et Dark Night

Après l’avant-première de Wild Horse Nine, désormais à l’affiche, Les Lobis accueillent cette semaine Club Kid, premier long métrage de Jordan Firstman, et Le Jour de son retour, de Hong Sang-soo. La programmation prendra une autre tournure samedi avec la troisième Dark Night : Shining, un quiz puis deux curiosités horrifiques des années 1980 jusqu’au milieu de la nuit. Un ciné-débat consacré à Cuba et deux nouveaux choix de Ciné’fil complètent une semaine dense.
Laetitia Scherier ne cache pas qu’elle espère beaucoup de Club Kid. Pas forcément parce que le film aurait été conçu pour rencontrer spontanément le public habituel des Lobis mais parce qu’il lui semble mériter davantage que ce que son synopsis pourrait laisser attendre. Le premier long métrage de Jordan Firstman arrive en salles ce mercredi 4 novembre après avoir été présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes. Quelques mois plus tard, il a remporté à Deauville à la fois le Grand Prix et le Prix du public. Firstman en est le scénariste, le réalisateur et l’acteur principal.

Dans Club Kid, devenir père sans devenir un autre homme
Peter organise des soirées à New York. Sa vie se déroule principalement la nuit, dans les clubs, les fêtes, les rencontres et les excès. Jusqu’au jour où Arlo, 10 ans, frappe à sa porte. Peter découvre alors qu’il est son père et, après la mort de la mère du garçon, qu’il est désormais son seul parent. Le point de départ pourrait facilement donner naissance à une histoire édifiante : l’éternel fêtard enfin obligé de grandir grâce à l’arrivée providentielle d’un enfant. Mais non, en fait… « Ce n’est absolument pas un film moralisateur », souligne la directrice des Lobis.
Jordan Firstman ne présente pas la paternité comme la récompense d’une vie soudain remise dans le droit chemin. Peter reste un homme traversé par ses fragilités, ses contradictions et son immaturité affective. L’arrivée d’Arlo l’oblige simplement à regarder autrement une existence qu’il avait jusque-là organisée sans avoir à répondre de quelqu’un d’autre. « Ça parle vraiment d’une histoire singulière, et pas jugeante. Et c’est une réflexion que je trouve assez profonde sur la solitude que quelqu’un peut ressentir malgré le fait d’être entouré de beaucoup, beaucoup de gens. »
Le film s’installe largement dans la nuit queer new-yorkaise. Les amis de Peter, ses compagnons de fête et les « club kids » qui l’entourent constituent déjà une famille, avec ses solidarités, ses excès et ses failles. Laetitia Scherier apprécie justement que cet univers ne soit ni idéalisé ni réduit à sa dimension festive ou sexuelle.
Le contraste passe aussi par l’image. Les scènes nocturnes sont traversées par les néons, le mouvement et l’agitation des clubs. Le jour, lorsque Peter se retrouve avec Arlo, la caméra devient plus posée et les visages prennent davantage de place. « L’esthétique du film évolue en même temps que le personnage. Il y a une sorte de maturité esthétique et formelle à mesure que le personnage devient lui aussi plus mature. » Le film a été tourné en 35 mm. Laetitia y voit un premier long métrage particulièrement maîtrisé, jusque dans une fin qu’elle préfère ne pas dévoiler mais qu’elle a appréciée… pour son refus d’offrir une résolution trop commode. « On n’est pas dans une espèce de conte de fées moderne où tout s’arrangerait à la fin et où le personnage principal serait sauvé juste par le fait de devenir père. »

Trois entretiens pour raconter trois fois la même personne
Avec Le Jour de son retour, le mouvement est presque inverse. Là où Club Kid travaille les lumières, les clubs et les contrastes, Hong Sang-soo revient à un dispositif extrêmement dépouillé.
Une grande actrice coréenne reprend le chemin du cinéma après douze années d’absence. Pour accompagner son retour, elle reçoit successivement trois jeunes journalistes. Chacune l’interroge sur son nouveau film, sa carrière, sa vie personnelle et les raisons de son éloignement. La situation se répète, les questions aussi, mais jamais exactement les réponses. « Ce qui est intéressant, ce n’est pas tant ce que les personnages racontent que la manière dont ils le racontent. » Hong Sang-soo fait ainsi varier presque imperceptiblement le récit qu’une femme livre d’elle-même. Selon la personne qui lui fait face, une nuance apparaît, une réponse change, un souvenir prend une autre place.
Laetitia y retrouve une question qui traverse souvent son cinéma : que raconte-t-on réellement lorsque l’on parle de soi ? Existe-t-il une version stable de notre histoire ou la recomposons-nous selon la personne qui nous écoute, ce qu’elle attend de nous et ce que nous choisissons de lui laisser voir ? La mise en scène laisse peu de possibilités de détourner le regard. « On est obligé de se concentrer sur l’essentiel : les gestes, les visages, les intonations. Il y a quelque chose de très pur dans ses films. C’est vraiment du cinéma brut, un peu comme seul lui sait le faire. »

Cuba : un film pour ouvrir la discussion
La programmation sortira du seul terrain de la fiction vendredi 6 novembre à 20 h 30 avec À l’assaut du ciel, Cuba ou la solidarité anti-impérialiste. Le documentaire prend pour point de départ le soixantième anniversaire de la Conférence tricontinentale de La Havane de 1966 et accompagne notamment le sociologue et militant Saïd Bouamama à Cuba. La projection, proposée localement par La France insoumise, sera suivie d’un échange auquel participera notamment Manuel Pascual, président de Cuba Coopération France.
C’est à préciser, ce rendez-vous n’est pas réservé à ceux qui connaissent déjà l’histoire politique cubaine. « Moi, ce genre de débat m’intéresse aussi parce que j’ai des connaissances assez basiques sur le sujet. Le but, c’est de pouvoir rendre le débat accessible à tout le monde et pas de parler entre spécialistes. C’est aussi ce qui est intéressant dans une salle Art et Essai : à travers le cinéma, on peut apprendre plein de choses sur le monde contemporain. »
Enfin Shining pour la Dark Night
Le lendemain, samedi, changement complet d’atmosphère. La troisième Dark Night des Lobis se déroulera le 7 novembre. La soirée n’a volontairement pas été placée le week-end d’Halloween : entre les nombreuses soirées organisées à cette occasion et le festival des Rockomotives à Vendôme, l’équipe a préféré attendre une semaine. Shining sera projeté à 19 heures, dans sa version américaine longue de 2 h 24. « Je voulais un premier film culte, connu de tout le monde, qui, j’espère, rassemblera beaucoup de gens. » À la fin de la séance, autour de 21 h 30, Julius et Lucille, proposeront un quiz dans l’espace bar. « Ils sont extrêmement calés sur la question. C’est aussi une manière de profiter de leurs connaissances et surtout de passer un moment agréable. »
À 22 heures, la Dark Night poursuivra son voyage dans les années 1980 avec Fondu au noir de Vernon Zimmerman. Le pitch : Eric Binford vit pratiquement à travers les films qu’il adore. Solitaire, humilié par son entourage et incapable de trouver sa place, il finit par brouiller complètement la frontière entre la fiction hollywoodienne et sa propre existence. Ses idoles deviennent des modèles et bientôt des instruments de vengeance. Laetitia décrit le film comme « un petit bijou pour les cinéphiles », à la croisée du thriller horrifique, de la comédie noire, de l’hommage au cinéma et de la satire sociale.
Puis, à 23 h 59, place à Brain Dead – Sanglante paranoïa, d’Adam Simon, avec notamment Bill Pullman. Ici, la réalité elle-même devient incertaine. Le film enferme son personnage dans un univers où perceptions, souvenirs et hallucinations ne cessent de se contaminer. Laetitia y a retrouvé quelque chose du cinéma de David Lynch, par son goût pour les ruptures de logique, les identités instables et cette impression que le monde peut se dérégler à tout moment. La soirée devrait s’achever entre 1 h 30 et 2 heures du matin.

Au Népal, entre désir de partir et devoir de rester
Deux films font également leur entrée dans la programmation proposée avec Ciné’fil. Le premier est Les Éléphants dans la brume, premier long métrage du réalisateur népalais Abinash Bikram Shah, récompensé par le Prix du Jury à Un Certain Regard cette année à Cannes.
Dans un village du Népal entouré d’une forêt où vivent des éléphants sauvages, Pirati, matriarche d’une communauté kinnar, envisage de partir pour rejoindre l’homme qu’elle aime. La disparition de l’une des jeunes femmes de la communauté bouleverse ce projet et l’oblige à mener ses propres recherches. Le conflit devient alors autant intime que collectif : peut-elle choisir sa propre liberté au moment où celles dont elle a la responsabilité ont besoin d’elle ? « C’est un film à la fois très contemplatif, visuellement extrêmement beau, et très politique sur la marginalisation d’une communauté que, personnellement, je ne connaissais pas du tout au Népal. » Le film avait également marqué Cannes par un autre fait : il s’agissait du premier long métrage népalais sélectionné au Festival.

Bruno Dumont et le monde des enfants
Ciné’fil proposera également Les Roches Rouges, le nouveau film de Bruno Dumont, présenté cette année à la Quinzaine des cinéastes. Cette fois, le réalisateur quitte les paysages du Nord auxquels son cinéma a longtemps été associé pour la Côte d’Azur. Deux bandes d’enfants passent l’été autour de rochers qui surplombent la Méditerranée. Ils sautent, se défient, se rapprochent, se disputent et inventent leurs propres règles. Au centre du film, Géo a à peine 5 ans.
Laetitia pense parfois à Sa Majesté des mouches, sans que le film devienne pour autant une fable sombre du même ordre. Ce qui l’a frappée tient à la liberté laissée aux très jeunes interprètes. « Ils ont l’air complètement libres de leurs mouvements, de leurs discours, comme si la seule direction d’acteur qu’ils avaient eue était simplement de préserver leur spontanéité. » Cette sensation rejoint d’ailleurs l’approche revendiquée autour du film : une mise en scène presque documentaire, avec de très jeunes enfants et un usage appuyé du grand angle. La caméra peut se rapprocher au plus près d’un visage puis reculer jusqu’à transformer les enfants en minuscules silhouettes courant sur les rochers.
Une programmation qui déborde déjà sur les semaines suivantes
À cette semaine déjà bien remplie s’ajoutera vendredi, de 15 heures à 20 heures, une nouvelle permanence de Dérapages (réparation vélo) aux Lobis.
Et la suite se prépare déjà. Le vendredi 13 novembre à 20 h 30, la salle proposera une séance unique du Labyrinthe de Pan dans sa version restaurée. Puis viendra bd BOUM, avec à nouveau plusieurs rendez-vous qui feront déborder la programmation des séances ordinaires.
>> Plus d’informations ici : https://blois-les-lobis.cap-cine.fr


