AgendaCinémaCultureVie locale

Des salons de Maigret aux rues de Bagdad : une semaine aux Lobis

Cette semaine encore, la programmation du cinéma Les Lobis est exigeante, ouverte, et profondément diversifiée. Trois sorties composent le cœur de la semaine, auxquelles s’ajoutent plusieurs séances accompagnées, fidèles à l’identité du lieu : faire du cinéma un espace de réflexion collective. Déjà diffusé en avant-première, Coutures d’Alice Winocour poursuit son chemin à l’affiche. Le film marque le retour de la réalisatrice après Proxima et Revoir Paris.

Maigret, le mort amoureux : Simenon revisité

Autre nouveauté de la semaine : Maigret, le mort amoureux, le dixième long-métrage de Pascal Bonitzer, qui avait signé Le Tableau volé en 2024 et s’apprête à sortir Victor comme tout le monde le mois prochain. « Il ne chôme pas ! », note Laëtitia Scherier.*

Le film est librement tiré du roman Maigret et les vieillards de Georges Simenon, mais l’intrigue est transposée dans les années 2000. Pas tout à fait contemporaine, pas entièrement fidèle à l’époque d’origine : un entre-deux assumé. Le réalisateur met en scène une aristocratie figée, « des aristocrates catholiques qui ignorent ou méprisent l’époque dans laquelle ils vivent ».

Ce Maigret-là reste profondément ancré dans ses habitudes : un policier réfractaire à la modernité, sans téléphone portable, fumant la pipe, rejoignant le soir une épouse au foyer, laissant planer « un petit problème avec l’alcool ». Le personnage n’est pas projeté brutalement dans le XXIᵉ siècle : « Il fallait quand même coller un peu au roman originel pour ne pas tout dénaturer ». Le commissaire est incarné par Denis Podalydès. Un choix qui surprend d’abord par la silhouette, très éloignée des incarnations précédentes, mais pleinement assumé par Bonitzer pour son « capital sympathie » et son rapport au langage. La mise en scène, volontairement sobre, s’efface au profit du texte : « On a vraiment des acteurs et des actrices qui ont fait beaucoup de théâtre, qui déclament. »

Comme souvent chez Simenon, l’enquête importe autant que le milieu social qu’elle dissèque. Ici, l’aristocratie parisienne. Et la fin, marquée par une ellipse ambiguë, laisse volontairement planer le doute. « Je suis intriguée de savoir comment les spectateurs vont sortir du film », confie la directrice. « J’ai hâte d’avoir leurs interprétations. »


Le Gâteau du Président : l’enfance face à la peur d’État

Troisième sortie, programmée avec un léger décalage : Le Gâteau du Président, premier long-métrage du réalisateur irakien Hassan Hadi, récompensé par la Caméra d’or à Cannes.

Laëtitia Scherier tenait absolument à proposer ce film. « On voit très peu de films irakiens », souligne-t-elle, rappelant le parcours du cinéaste, qui a grandi dans le sud de l’Irak sous le régime de Saddam Hussein, travaillé dans le journalisme, avant de se tourner vers le cinéma.

Le film suit une fillette de huit ou neuf ans vivant avec sa grand-mère. Aller à l’école est déjà une épreuve. Mais lorsqu’un instituteur lui confie la mission de préparer un gâteau pour l’anniversaire du président, la tâche devient une question de survie. Présentée comme un honneur, elle révèle rapidement sa violence : « Échouer n’est clairement pas une option. »

Le gâteau devient un symbole écrasant : celui de la soumission imposée, de la loyauté feinte, de la peur comme outil de gouvernance. La réalisation est minimaliste ; la caméra suit l’enfant dans sa quête désespérée d’ingrédients, sans argent, dans un pays ravagé par la misère. « Il y a une menace qui pèse tout le temps », explique la directrice : celle du temps qui s’écoule, celle des adultes, celle du régime, toujours hors-champ mais omniprésente.

Le film déploie une critique frontale de la propagande et du pouvoir par la peur. « Un premier film vraiment très impressionnant », conclut-elle. « Les critiques sont absolument dithyrambiques, et c’est mérité. »


Au-delà des sorties, la semaine est ponctuée de temps d’échange aux Lobis. Samedi 21 février à 19h30, Soulèvements fera l’objet d’une séance accompagnée en présence de l’association Terres de Luttes, partenaire national du film. La séance sera présentée par Laëtitia Scherier : « L’idée, c’est de parler du film, bien sûr, mais aussi de ce que font concrètement les associations aujourd’hui. »

Autre rendez-vous : une séance accompagnée de Metropolis de Rintaro, proposée avec l’association La Prochaine Séance. Le film, restauré récemment, est adapté du manga d’Osamu Tezuka, lui-même inspiré du Metropolis de Fritz Lang.

Dans cette mégalopole futuriste où les robots exécutent les tâches subalternes tandis que les humains dominent, le film aborde frontalement la lutte des classes, la ségrégation et les dérives du progrès. Sa force visuelle tient au mélange, encore rare au début des années 2000, d’animation traditionnelle et d’images numériques, dans une esthétique rétro-futuriste art déco qui accentue la violence politique du récit. « Un film très actuel », insiste la directrice, notamment sur les questions de robotisation et d’intelligence artificielle.

Plus d’informations ici : blois-les-lobis.cap-cine.fr

Votre annonce sur Blois Capitale

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page