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Les Lobis et Ciné’fil se séparent après vingt-six ans de programmation commune

Au 31 décembre 2026, Ciné’fil ne disposera plus de ses six séances hebdomadaires au cinéma Les Lobis. La direction de la salle a décidé de ne pas renouveler une convention que l’association dit vieille de vingt-six ans. Laëtitia Scherier invoque notamment la fréquentation de ces séances, les contraintes croissantes imposées par les distributeurs et le besoin de retrouver davantage de liberté dans sa programmation. L’association prépare désormais son avenir hors des Lobis.

La programmation de Ciné’fil aux Lobis ne s’arrêtera pas du jour au lendemain. La convention actuelle court jusqu’au 31 décembre 2026 et l’association entend aller jusqu’à son terme. « On en profite jusqu’au bout. On se fait plaisir jusqu’au bout », expliquent ses responsables, Hervé Capdevielle et Godefroy Hirsch. C’est ensuite qu’une longue page se tournera.

La décision a été annoncée à Ciné’fil au début de l’été. Laëtitia Scherier, directrice des Lobis, a informé l’association que la convention ne serait pas renouvelée. Ciné’fil en a pris acte, non sans mesurer immédiatement ce que cela représentait : la disparition de son principal cadre de programmation, mais aussi la nécessité de repenser une organisation construite depuis des années autour du cinéma de l’avenue du Maréchal-Maunoury.

Six séances devenues précieuses dans une programmation sous tension

Pour Laëtitia Scherier, le premier enjeu est très concret : la place disponible dans la grille des Lobis. Programmer un cinéma Art et Essai ne consiste pas seulement à choisir les films que l’on aime. La directrice pointe les relations avec les distributeurs, le nombre de séances demandé à la sortie d’un film, les engagements pris sur plusieurs semaines et la nécessité de tenir parole pour continuer ensuite à obtenir certaines œuvres. « Programmer, ce n’est pas simplement voir un film, l’aimer et le programmer dans sa salle », résume-t-elle. Dans ce contexte, six séances réservées chaque semaine à une programmation extérieure à celle de la direction représentent une contrainte devenue difficile à absorber. Selon elle, certains films qu’elle aurait souhaité accueillir aux Lobis n’ont tout simplement pas trouvé de place. Et pas nécessairement des productions très commerciales.

La récupération de ces créneaux doit lui permettre d’adapter la programmation selon les semaines : renforcer une sortie récente, proposer un film plus risqué, consacrer davantage de place au patrimoine, organiser un événement ou répondre à une association souhaitant monter un ciné-débat.

La fréquentation entre également dans l’équation. Selon les chiffres avancés par la direction, les séances de Ciné’fil auraient représenté en 2025 à peine 3 % des quelque 60 000 entrées enregistrées aux Lobis. Laëtitia Scherier estime que ces propositions ont davantage souffert que le reste de la programmation. Elle ne remet pas en cause la qualité du travail de Ciné’fil ni l’engagement de ses membres. Mais le constat qu’elle pose est celui d’une équation devenue moins satisfaisante entre le nombre de séances immobilisées et le public effectivement présent.

Ciné’fil ne nie pas les difficultés, mais conteste leur lecture

Du côté de Ciné’fil, le diagnostic est un peu différent. Godefroy Hirsch et Hervé Capdevielle ne nient ni la baisse générale de la fréquentation des salles depuis la crise sanitaire, ni le durcissement des relations avec certains distributeurs. Ils reconnaissent également que leurs films sont souvent plus difficiles à faire exister. Mais c’est précisément, disent-ils, la raison pour laquelle l’association existe. Ciné’fil revendique une programmation tournée vers des films qui bénéficient de moins de publicité, parfois de moins de critiques, et qui peuvent rapidement disparaître des écrans sans un travail particulier d’accompagnement. Mais, « le choix des Lobis, le choix de Laëtitia Scherier, on l’entend et on le respecte », expliquent ses responsables. Le regret porte ailleurs.

« On aurait pu réinventer beaucoup de choses »

Pour Ciné’fil, la fin des six séances hebdomadaires n’imposait pas nécessairement la disparition de toute programmation autonome de l’association aux Lobis. « On aurait pu réinventer beaucoup de choses », estime l’association. Deux séances, trois séances, une nouvelle convention adaptée à certains films : plusieurs formules auraient pu, selon elle, être mises en discussion. Tous les distributeurs n’auraient sans doute pas accepté une exposition réduite, reconnaissent ses responsables, mais certains distributeurs de films plus fragiles auraient pu s’en satisfaire.

De son côté, Laëtitia Scherier ne rejette pas la possibilité de continuer à travailler ponctuellement ensemble, par exemple autour d’un ciné-débat ou de l’accompagnement d’un film. Mais, pour Ciné’fil, ce rôle ne serait plus tout à fait le même. « Notre ADN, c’est quand même de choisir notre programmation, de savoir pourquoi on prend un film et comment on l’accompagne. » L’association ne se voit pas simplement comme un partenaire venant animer, de temps à autre, une œuvre sélectionnée. Son travail commence en amont : repérer les films, choisir ceux qu’elle souhaite défendre, dialoguer avec les distributeurs, rechercher des partenaires, préparer une rencontre ou un débat. C’est dans cette liberté de choix que ses responsables placent l’identité même de Ciné’fil.

Défendre l’Art et Essai, mais pas exactement de la même manière

Cette séparation n’est pas une opposition entre, d’un côté, une salle cherchant davantage d’entrées et, de l’autre, une association défendant seule un cinéma exigeant. Les deux revendiquent l’Art et Essai. Pour Laëtitia Scherier, diriger les Lobis oblige à tenir ensemble plusieurs impératifs : proposer des œuvres ambitieuses, suivre les sorties importantes, maintenir de bonnes relations avec les distributeurs, faire vivre les labels, développer le jeune public, accueillir les associations et préserver l’équilibre économique de la salle. Elle veut aussi retrouver la possibilité de prendre elle-même certains risques de programmation.

Ciné’fil défend une fonction complémentaire : aller chercher les films que les mécanismes habituels de l’exploitation rendent justement plus difficiles à programmer. L’association estime que les liens construits avec des distributeurs indépendants lui permettaient d’offrir une visibilité à des œuvres qui auraient pu, autrement, ne jamais passer à Blois.

Les Lobis veulent ouvrir davantage leur programmation

La fin de la convention ne signifie donc pas que les créneaux récupérés seront automatiquement occupés par des films plus grand public. Laëtitia Scherier veut notamment développer le cinéma de patrimoine, dont les résultats de l’été l’ont confortée dans cette direction. Elle souhaite aussi pouvoir répondre plus facilement aux sollicitations des associations. Les propositions de ciné-débats sont nombreuses et la grille actuelle oblige parfois à les repousser de plusieurs mois, voire à y renoncer.

Lobis Blois

Les six séances libérées n’auront donc pas nécessairement la même fonction chaque semaine. Elles pourront servir une sortie récente, un film de patrimoine, une œuvre plus confidentielle, une programmation destinée aux familles ou une rencontre. L’objectif affiché est aussi de poursuivre la reconquête du public et de se rapprocher, à terme, des niveaux de fréquentation connus avant la crise sanitaire.

« Ciné’fil ne s’arrêtera pas au 31 décembre »

Pour l’association, l’enjeu est désormais tout autre : trouver où et comment continuer. « Ciné’fil ne s’arrêtera pas au 31 décembre », insistent Godefroy Hirsch et Hervé Capdevielle.

La réflexion avait d’ailleurs commencé avant l’annonce du non-renouvellement de la convention. Ciné’fil avait engagé un travail avec un Dispositif local d’accompagnement, considérant déjà qu’il fallait repenser son fonctionnement. La sortie des Lobis accélère cette réflexion. Plusieurs pistes existent : séances hors les murs, maisons de quartier, salles municipales, nouvelles collaborations et éventuellement recours aux possibilités offertes par les séances non commerciales. Mais l’association insiste sur le fait qu’aucun modèle n’est encore arrêté. Le cinéma reste un secteur très réglementé et Ciné’fil veut d’abord déterminer ce qu’il lui sera réellement possible de faire.

L’association possède déjà une expérience hors les murs et entretient des relations avec de nombreux partenaires. Elle espère aujourd’hui s’appuyer sur ces liens pour inventer une nouvelle manière d’aller vers les spectateurs, y compris ceux qui fréquentent peu les salles traditionnelles. D’ores et déjà, la Ville de Blois leur a assuré son soutien pour 2027 afin de leur laisser le temps de reconstruire leur projet. « Le sol ne s’effondre pas complètement sous nos pieds », résument les responsables de Ciné’fil.

Le travail avec le lycée également à repenser

Cette période de transition aura aussi des conséquences sur certaines activités périphériques de l’association. Ciné’fil participait notamment à des actions liées à l’enseignement cinéma-audiovisuel du lycée international Robert-Badinter, avec des interventions de professionnels et des accompagnements autour de certains films. Dans l’incertitude actuelle, l’association dit ne pas pouvoir garantir qu’elle sera en capacité de poursuivre en 2027 le même rôle de portage et d’organisation.

Une page se tourne, sans effacer ce qui a été construit

Jusqu’au 31 décembre, les spectateurs continueront néanmoins à retrouver la programmation de Ciné’fil aux Lobis. L’association veut aller au bout de la convention et des films qu’elle avait prévu de défendre. Puis chacun reprendra davantage la main sur son propre projet. À partir de janvier, Les Lobis et Ciné’fil chercheront chacun, à leur manière, à répondre à la même question : comment continuer à faire découvrir à Blois des films qui méritent un public, tout en donnant à ce public suffisamment de raisons de venir les voir.


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