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Marie-Amélie Le Fur veut changer les règles du sport et de l’inclusion

Triple championne paralympique, présidente du Comité paralympique et sportif français et de l’Agence nationale du sport, Marie-Amélie Le Fur était jeudi 15 octobre à l’INSA de Blois. Venue partager son parcours à l’invitation du Crous Orléans-Tours, elle a surtout défendu une transformation profonde du sport français, encore trop peu accessible aux personnes handicapées. Jusqu’à souhaiter qu’un jour, le Comité paralympique n’ait plus de raison d’exister comme institution distincte.


« Mon but, c’est de faire disparaître le Comité paralympique, très clairement. » La formule pourrait surprendre dans la bouche de celle qui le préside depuis huit ans. Marie-Amélie Le Fur ne plaide pourtant pas pour la disparition du sport paralympique. Elle imagine un mouvement sportif dans lequel les personnes handicapées auraient pleinement leur place, sans qu’une organisation distincte doive constamment rappeler leurs besoins et défendre leurs intérêts.

Cette ambition, la Loir-et-Chérienne l’a exposée devant le public réuni à l’INSA Centre Val de Loire, à Blois. Organisée par le Crous Orléans-Tours, en partenariat avec l’école d’ingénieurs, la conférence « Faire de la différence une force : sport, résilience et inclusion » lui a donné l’occasion de revenir sur son parcours, mais surtout de développer sa vision de la place du handicap dans la société.

Avec neuf médailles paralympiques, dont trois titres, obtenues au cours de quatre participations aux Jeux, Marie-Amélie Le Fur possède un palmarès exceptionnel. Mais ses responsabilités actuelles l’amènent à défendre des enjeux qui dépassent largement la compétition. Depuis 2018, elle préside le Comité paralympique et sportif français (CPSF). En novembre 2024, elle a également pris la tête de l’Agence nationale du sport (ANS), chargée notamment de soutenir financièrement le développement des pratiques et la haute performance.

Une résidence étudiante à son nom

À quelques pas de l’INSA, la nouvelle résidence universitaire du Crous Orléans-Tours, située rue Germaine-Tillion, près de la gare de Blois, porte désormais le nom de Marie-Amélie Le Fur. Mostefa Fliou, directeur général du Crous, a rappelé cet hommage lors de son discours d’introduction. Mais la championne avait posé une condition : « La condition, c’était qu’on donne un sens à ce nom qui va être affiché sur la résidence universitaire. » Au-delà de cette reconnaissance, elle souhaite transmettre son expérience et sensibiliser les étudiants au handicap, notamment à travers des rencontres et des initiations aux pratiques parasportives.

Le parasport, bien au-delà des médailles

Pour Marie-Amélie Le Fur, le premier défi consiste à permettre aux personnes handicapées de pratiquer une activité sportive, quel que soit leur niveau. « Toutes les formes de pratique, et même la pratique loisir », a-t-elle insisté. Le sport représente à ses yeux une source d’émancipation et d’autodétermination, cette capacité à prendre ses propres décisions et à conserver la maîtrise de sa vie. La réussite dans un geste, l’appartenance à un groupe ou la progression dans une discipline peuvent, selon elle, modifier le rapport à ses propres capacités. Encore faut-il pouvoir trouver un club.

Après son accident de 2004 et son amputation, Marie-Amélie Le Fur avait elle-même dû quitter le Loir-et-Cher pour rejoindre une structure sportive en Touraine, faute de club local capable de l’accueillir dans sa pratique. Vingt-deux ans plus tard, le maillage territorial demeure insuffisant. Le Comité paralympique indiquait qu’en décembre 2022, seuls 1,4 % des clubs sportifs se déclaraient capables d’accueillir des personnes handicapées. Cette situation a notamment conduit à la création du programme Club inclusif, destiné à accompagner les associations sportives dans l’adaptation de leurs pratiques. En septembre 2026, le CPSF a engagé une nouvelle phase de ce programme, en renforçant le rôle des fédérations dans l’accompagnement de leurs clubs.

La présidente défend également une autre approche du sport à l’école. Elle regrette que certains enfants handicapés soient dispensés d’éducation physique, parfois parce que les activités ne sont pas adaptées, parfois parce que ces créneaux sont consacrés aux soins. Elle appelle à privilégier les certificats d’aptitude partielle plutôt que les dispenses, afin d’identifier les activités possibles au lieu de s’arrêter aux limitations. « La motricité, c’est la vie », a-t-elle rappelé, estimant que le sport peut aussi contribuer à remettre certains enfants dans une dynamique éducative.

L’accessibilité ne se résume pas au respect des normes

Pour Marie-Amélie Le Fur, rendre un lieu accessible ne consiste pas seulement à respecter des normes, mais aussi à comprendre les besoins de ceux qui vont l’utiliser. Elle a ainsi pris l’exemple d’un projet de salle de parabadminton. Consulté sur les plans du futur équipement, un joueur en fauteuil a relevé un problème auquel les concepteurs n’avaient pas pensé : les portes étaient suffisamment larges pour les fauteuils roulants classiques, mais pas pour les fauteuils sportifs, plus encombrants. Les joueurs auraient donc dû changer de fauteuil pour accéder aux vestiaires ou aux sanitaires. Une simple modification des plans, avant le début des travaux, a permis d’éviter cette difficulté. Si les normes sont nécessaires elles ne suffisent pas à garantir des aménagements adaptés.

Marie-Amélie Le Fur défend ainsi la notion d’« environnements capacitants », autrement dit des lieux et des organisations qui permettent à chacun d’exprimer pleinement ses capacités. Cela ne se limite pas à installer des rampes d’accès ou des ascenseurs. L’accessibilité concerne aussi les outils numériques, les méthodes d’enseignement, les relations professionnelles ou l’organisation du travail. « Dans notre société, le problème n’est pas la personne en situation de handicap », a-t-elle insisté, mais les obstacles. D’où l’importance de les associer directement aux décisions qui les concernent, selon un principe défendu de longue date par les associations : « Rien pour nous sans nous. » Une exigence qui s’applique aussi bien à la conception d’un équipement sportif qu’à l’aménagement d’une école, d’une entreprise ou d’un espace public.

Des fédérations sportives appelées à prendre davantage de responsabilités

Marie-Amélie Le Fur estime que les politiques d’incitation ne suffisent plus à faire progresser l’inclusion des personnes handicapées dans le sport. Si l’accompagnement des clubs et des fédérations reste indispensable, elle considère que des obligations plus fortes sont désormais nécessaires. Elle s’étonne notamment qu’une fédération puisse encore choisir de ne pas prendre en charge les pratiques parasportives. Pour illustrer son propos, elle a établi un parallèle avec le sport féminin : accepterait-on aujourd’hui qu’une fédération décide de s’occuper uniquement des hommes, en laissant de côté les femmes ? Ce qui serait devenu impensable pour l’égalité entre les sexes reste pourtant possible concernant le handicap. Elle appelle donc à faire évoluer le Code du sport afin que l’accueil des personnes handicapées fasse pleinement partie des responsabilités des fédérations délégataires. « Je pense qu’au moins 50 % du chemin pour faire progresser le parasport n’a pas besoin d’un euro supplémentaire », a-t-elle affirmé. Pour elle, une meilleure coordination entre les acteurs, des choix politiques et une organisation plus adaptée permettraient déjà de lever de nombreux obstacles.


Je (re)viens vivre en Loir-et-Cher

Après Paris 2024, changer le regard reste un combat

Les Jeux paralympiques de Paris 2024 ont, selon Marie-Amélie Le Fur, marqué un tournant dans la reconnaissance du parasport. Grâce à une médiatisation sans précédent, le grand public a découvert des disciplines, des athlètes et des performances jusque-là peu visibles. Une étude publiée en août 2025 par le Comité international paralympique, réalisée par Nielsen Sports auprès de plus de 15 000 personnes dans onze pays, vient appuyer ce constat : 73 % des personnes interrogées après les Jeux estimaient que l’événement avait fait évoluer positivement leur regard sur le handicap, tandis que 80 % déclaraient avoir une meilleure perception des capacités des personnes handicapées.

Cette évolution passe aussi par la manière dont les médias parlent des sportifs paralympiques. Marie-Amélie Le Fur regrette que leur handicap occupe encore trop souvent une place centrale dans les portraits qui leur sont consacrés, au détriment de leur préparation, de leurs performances et de leurs ambitions. « Pourquoi il est en situation de handicap, ça ne doit pas être l’angle premier d’un article », a-t-elle rappelé. Elle souhaite que les athlètes paralympiques soient d’abord reconnus pour ce qu’ils accomplissent sportivement, avec la même attention portée à leur travail, à leurs choix et à leurs résultats que pour les autres sportifs. Ce changement de regard concerne également le monde professionnel. Le handicap ne doit pas conduire à sous-estimer les compétences d’une personne, ni à ignorer ce que son parcours lui a permis d’acquérir.

Marie-Amélie Le Fur à l'INSA Blois
Marie-Amélie Le Fur à l’INSA Blois | Photo : Marc Alvarez

Le sport, un investissement qui dépasse les terrains

Interrogée sur les moyens financiers accordés au sport, Marie-Amélie Le Fur a exprimé son inquiétude face aux restrictions budgétaires qui touchent le secteur. Elle regrette que le sport soit encore trop souvent considéré comme une dépense plutôt que comme un investissement, alors que ses bénéfices concernent aussi la santé, l’éducation, l’insertion et la cohésion sociale. Une position qu’elle avait déjà défendue dans une tribune collective publiée le 22 septembre 2026, aux côtés d’autres responsables du mouvement sportif, à l’approche des discussions sur le budget 2027.

À Blois, elle a notamment insisté sur les conséquences sanitaires et économiques de la sédentarité, rappelant l’importance de favoriser l’activité physique à tous les âges. Elle a également souligné les besoins spécifiques du parasport, qu’il s’agisse de financer du matériel adapté, de rendre les équipements accessibles ou d’aider les fédérations à développer leurs activités. Pour la présidente de l’Agence nationale du sport, l’enjeu est autant de défendre les financements publics que de mieux les répartir, afin de permettre à davantage de personnes de pratiquer une activité sportive.

Pour un mouvement sportif commun

Marie-Amélie Le Fur va jusqu’à envisager, à terme, la disparition du Comité paralympique et sportif français en tant qu’institution distincte. Non pas pour supprimer ses missions, mais pour les intégrer pleinement à une organisation commune au sport olympique et paralympique. Elle ne souhaite pas que le Comité paralympique soit absorbé par le Comité national olympique et sportif français (CNOSF), mais que les deux structures évoluent vers un mouvement sportif capable de représenter toutes les pratiques et tous les publics. Cette perspective reste toutefois lointaine. « Si je ne suis pas autour de la table, si les collaborateurs du Comité paralympique ne sont pas autour de la table, le handicap est tout le temps oublié », a-t-elle expliqué. Le Comité paralympique aura rempli sa mission lorsque cette vigilance particulière ne sera plus nécessaire, parce que l’inclusion sera devenue une évidence dans l’ensemble du mouvement sportif. Et de la société.


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