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Lobis : de Minotaure au Corset, les films à voir cette semaine

Après cinq jours particulièrement denses avec les Rendez-vous de l’histoire, Les Lobis retrouvent cette semaine un rythme plus habituel. Le Corset, découvert dimanche en avant-première devant près de 140 spectateurs, arrive en sortie nationale. Il partage l’affiche avec Minotaure, le nouveau film d’Andreï Zviaguintsev, Grand Prix à Cannes et choisi pour représenter la France dans la course à l’Oscar du meilleur film international. Laetitia Scherier a également retenu Joyeuse Jungle ! pour le jeune public, tandis que Le Gâteau du président revient après son prix aux Rendez-vous de l’histoire et que Ciné’fil programme Adieu monde cruel.


Le Corset, désormais face au public

Laetitia Scherier avait découvert Le Corset à Cannes, où le film de Louis Clichy s’était imposé parmi ses coups de cœur. Dimanche, l’avant-première organisée aux Lobis pendant les Rendez-vous de l’histoire lui a permis de mesurer l’accueil du public : près de 140 spectateurs étaient présents, avec une majorité d’adultes dans la salle. « C’est un peu un travail de longue haleine pour que les adultes arrivent à dépasser l’idée que l’animation serait réservée au jeune public. »


Le Corset a reçu, à Cannes, le Prix spécial du jury à Un Certain Regard, avant de décrocher à Annecy le Prix du jury, le Prix du public et le Prix Fondation Gan à la diffusion. Un parcours remarquable pour ce récit très personnel, inspiré de l’enfance de Louis Clichy dans la Beauce des années 1980. L’accueil réservé au film à Blois lors de l’avant-première laisse augurer une belle suite en sortie nationale. « Ça fait toujours très plaisir, quand on a un gros coup de cœur comme ça, de voir que les spectateurs sont aussi émus. Je pense que le bouche-à-oreille va être très bon sur le film. » Le pitch : Christophe, 11 ans, grandit dans une famille d’agriculteurs et se voit naturellement reprendre un jour la ferme de son père. Le port d’un corset orthopédique vient bouleverser cette perspective. À mesure que certaines activités lui deviennent plus difficiles, d’autres horizons apparaissent : la musique, les amitiés, les premiers émois amoureux et, peu à peu, l’idée qu’il pourrait choisir une autre voie.



Minotaure, le retour d’Andreï Zviaguintsev

L’autre grande sortie de ce mercredi était attendue depuis longtemps. Andreï Zviaguintsev n’avait plus signé de long métrage depuis Faute d’amour en 2017. Il revient avec Minotaure, son sixième film, récompensé par le Grand Prix du Festival de Cannes 2026 et choisi pour représenter la France dans la course à l’Oscar du meilleur film international 2027. « Ça faisait longtemps qu’on attendait un nouveau film de lui. J’étais très contente de le voir à Cannes et pas du tout déçue. »

Le projet trouve son origine dans La Femme infidèle, réalisé par Claude Chabrol en 1969. Zviaguintsev en propose une adaptation très libre, déplacée dans la Russie de 2022, au moment où commence l’invasion de l’Ukraine. Le personnage principal dirige une entreprise prospère dans une ville de province. Il vit avec sa femme et leur fils, dans un confort que les conséquences économiques et politiques de la guerre commencent à fragiliser. Pour protéger son activité, il accepte rapidement de composer avec un système qui expose notamment ses salariés à la mobilisation militaire. Au même moment, il découvre que son épouse entretient une liaison.

L’infidélité fournit le ressort dramatique du récit, mais Zviaguintsev regarde surtout ce qui arrive à un homme lorsque la violence de l’époque pénètre progressivement sa vie privée. Son personnage protège ses affaires, accepte des arrangements, ferme les yeux lorsqu’il lui paraît avantageux de le faire et découvre en parallèle que son univers familial lui échappe. « La critique politique du réalisateur porte autant sur le pouvoir russe que sur la complicité ordinaire avec le pouvoir. »


Le film arrive aux Lobis quelques jours après Notre Salut d’Emmanuel Marre. La proximité des deux œuvres produit forcément quelques échos : dans des contextes historiques très différents, elles observent des individus qui ne sont pas à la tête d’un régime mais trouvent des raisons personnelles de s’en accommoder. Chez Zviaguintsev, cette évolution passe par une mise en scène d’une précision redoutable. Laetitia utilise volontiers les mots « froide » et « clinique », sans y mettre le moindre reproche. « C’est extrêmement maîtrisé. La mise en scène très millimétrée colle parfaitement au sujet et au personnage. » Cette rigueur n’empêche pas quelques scènes de basculer vers une forme d’absurdité. La situation devient parfois si incongrue qu’elle provoque un rire nerveux, même lorsqu’on sait très bien que le terrain n’a rien de comique.

À Cannes, Laetitia imaginait même que Zviaguintsev pourrait repartir avec le Prix de la mise en scène. Le jury lui a finalement attribué le Grand Prix. La suite se jouera désormais en partie aux États-Unis : la sélection française lance Minotaure dans un long processus qui devra encore passer par la présélection de l’Académie avant d’espérer figurer parmi les cinq films nommés aux Oscars.


Une aventure dans la jungle à hauteur d’enfant

Changement complet d’univers avec Joyeuse Jungle !, le nouveau film d’animation du réalisateur letton Edmunds Jansons, déjà connu pour Jacob et les chiens qui parlent. Le récit emmène le jeune public (à partir de 6 ans) au Venezuela. Ilze, 9 ans, retrouve pendant les vacances ses parents, installés dans la forêt tropicale auprès d’une communauté Pemón. Elle avait prévu de passer ses journées dans un hamac, plongée dans ses livres, avec le moins de contraintes possible. Son petit frère Alex, 3 ans, contrarie rapidement ce programme. Lorsque leurs parents doivent s’absenter, Ilze accepte de le garder. Elle détourne quelques instants son attention et l’enfant disparaît dans la jungle. Commence alors une aventure qui oblige la fillette à sortir de son confort, à prendre des responsabilités et à regarder autrement le territoire qui l’entoure. « C’est vraiment très coloré, très joyeux. Ça nous fait complètement voyager », commente la directrice des Lobis.


Le prix des Rendez-vous pour Le Gâteau du président

Les Rendez-vous de l’histoire restent encore un peu présents dans la programmation. Le Gâteau du président de Hasan Hadi revient aux Lobis pour une séance unique après avoir remporté le Prix du film de fiction historique de cette 29e édition. Sept longs métrages avaient été soumis cette année à un jury composé de dix spectateurs et spectatrices, animé par les historiens Antoine de Baecque et Olivier Loubes. Le Gâteau du président figurait notamment en compétition face à Deux procureurs, L’Agent secret, L’Engloutie, Le Temps des moissons, Hamnet et The Mastermind.

Le premier film du cinéaste irakien Hasan Hadi se déroule dans l’Irak de Saddam Hussein, au début des années 1990. Une petite fille vivant avec sa grand-mère est désignée à l’école pour préparer un gâteau à l’occasion de l’anniversaire du président. L’honneur apparent cache une obligation beaucoup moins réjouissante. Dans un pays frappé par les pénuries, la famille peine déjà à se nourrir et doit malgré tout trouver les ingrédients nécessaires. La petite fille part alors à travers la ville, accompagnée d’un garçon de son âge. Sa quête donne au film son mouvement tout en faisant apparaître, à hauteur d’enfant, le quotidien sous une dictature et l’écart immense entre les rituels imposés par le pouvoir et la vie réelle de la population.


Adieu monde cruel

Laetitia Scherier aurait aimé programmer Adieu monde cruel lors de sa sortie nationale, le 9 septembre. L’encombrement des sorties l’avait obligée à faire un autre choix. Ciné’fil permet finalement au premier long métrage de Félix de Givry d’arriver aux Lobis. Le réalisateur, également acteur et producteur, s’est nourri d’une partie de son propre vécu au collège pour écrire l’histoire d’Otto, 14 ans. Victime de harcèlement, l’adolescent adresse une lettre d’adieu à ses camarades puis disparaît. Tout le monde le croit mort jusqu’à ce que Léna, une fille de son établissement, le reconnaisse dans les rues de la ville. Milo Machado-Graner, remarqué dans Anatomie d’une chute, interprète Otto aux côtés de Jane Beever.

Le film avait été présenté en clôture de la Semaine de la Critique à Cannes. Laetitia a surtout été sensible à sa manière de prendre ses distances avec les codes habituels du récit adolescent contemporain. « Le réalisateur choisit une forme un peu romanesque et volontairement intemporelle, qui rappelle beaucoup le cinéma des années 70. » Tourné en pellicule, Adieu monde cruel évite autant que possible les accessoires qui permettraient de dater immédiatement son histoire. Félix de Givry revendique notamment l’influence de François Truffaut, tandis que Laetitia y retrouve aussi quelque chose de Robert Bresson. Le harcèlement ouvre le récit, mais le film ne reste pas enfermé dans cette noirceur. La rencontre entre Otto et Léna modifie progressivement sa trajectoire. « Cette rencontre va lui redonner goût à la vie et le sentiment qu’il a réellement une place dans ce monde. »

Ciné-débat et Salon qui bouge

La semaine comprend également, jeudi soir, le ciné-débat autour de Les enfants vont bien, proposé dans le prolongement du travail mené avec le SAEP, le Service d’accompagnement à l’éducation plurielle [LIRE ICI]. La projection doit permettre de faire entendre notamment la parole de tiers accueillants et d’un adolescent concerné par ce type d’accompagnement.

Enfin, le Salon qui bouge revient vendredi, de 14 h à 19 h, pour sa quinzième session. L’invitée sera Lya, de Serial X Graphic, tatoueuse déjà accueillie aux Lobis il y a quelques mois. « On continue toujours de soutenir les femmes entrepreneuses qui ont une démarche écologique, responsable, inclusive ou, comme ici avec Lya, un rapport fort à la pratique artistique. »


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