Verdict Marvin Joli : les organisations féministes du Loir-et-Cher dénoncent un signal préoccupant

Les organisations féministes du Loir-et-Cher ont exprimé leur « profonde consternation » à la suite de la décision rendue par la cour d’assises du département dans le procès de Marvin Joli, jugé pour des faits initialement qualifiés de tentative de meurtre sur son ex-compagne, Chloé P. Dans un communiqué commun, NousToutes41, le Planning Familial 41, le Collectif Droits des Femmes 41, le CIDFF 41, ainsi que la CGT 41 et la FSU réagissent à la requalification des faits, estimant que cette décision interroge profondément le message adressé aux femmes victimes de violences.
Un verdict lourd, mais une qualification contestée
Vendredi 16 janvier, après deux jours d’audience, la cour d’assises du Loir-et-Cher a condamné Marvin Joli à 15 ans de réclusion criminelle, assortis d’une peine de sûreté de dix ans. Initialement poursuivi pour tentative de meurtre, l’accusé a finalement été condamné pour violences volontaires aggravées, la cour estimant que l’intention homicide n’était pas formellement démontrée.
Lors de l’audience, l’avocate générale avait requis 22 ans de réclusion criminelle. La peine prononcée est donc inférieure aux réquisitions du ministère public. L’accusé comme le parquet disposent encore de quelques jours pour faire appel.
Des faits d’une extrême violence
Les faits remontent à décembre 2022. Chloé avait été retrouvée inconsciente dans le hall de son immeuble à Blois, après avoir été violemment frappée par son ancien compagnon, qui l’avait laissée pour morte. Son pronostic vital était engagé et elle est restée dans le coma pendant près de deux mois.
Ces éléments, rappelés lors du procès, ont conduit la justice à reconnaître la gravité extrême des violences subies. Mais pour les organisations féministes, la question centrale ne réside pas uniquement dans la durée de la peine, mais dans la manière dont les faits ont été juridiquement qualifiés.
« Quel message la justice adresse-t-elle aujourd’hui aux femmes ? »
Les organisations — NousToutes41, Planning Familial 41, Collectif Droits des Femmes 41, CIDFF 41, ainsi que la CGT 41 et la FSU — admettent que la condamnation « reconnaît la gravité extrême des violences commises », mais estiment que la décision « interroge lourdement ». À travers elle, écrivent-elles, se pose une question essentielle : quel message la justice adresse-t-elle aujourd’hui aux femmes victimes de violences ?
Les signataires alertent sur le risque que cette requalification soit perçue comme une minimisation de l’intention homicide, dès lors que la mort a été évitée. Une perception susceptible, selon elles, de renforcer la peur de ne pas être crues, de ne pas être pleinement reconnues dans la gravité des violences subies, et de dissuader certaines victimes de porter plainte.
À l’issue du procès, la mère de Chloé a fait part de son incompréhension face à la décision rendue, estimant que les faits et les gestes étaient établis. L’avocate des parties civiles a, de son côté, contesté publiquement l’appréciation de la cour concernant la qualification pénale des violences.
Un signal adressé aussi aux auteurs de violences
Les organisations féministes élargissent enfin leur analyse au message envoyé aux auteurs de violences. Requalifier une tentative de meurtre en violences ayant entraîné une infirmité permanente, écrivent-elles, c’est risquer de banaliser l’intention de tuer lorsqu’elle n’aboutit pas, et d’affaiblir la portée dissuasive de la réponse pénale.
Elles clament que les violences faites aux femmes ne sont ni des dérapages ni des faits isolés, mais s’inscrivent dans un continuum de violences sexistes et sexuelles, dont les féminicides et les tentatives de féminicide constituent les formes les plus extrêmes.
Sans remettre en cause le fonctionnement de la justice, les organisations féministes du Loir-et-Cher appellent les pouvoirs publics, les institutions judiciaires et l’ensemble de la société à mesurer l’impact de telles décisions. Elles réaffirment leur volonté de poursuivre la mobilisation pour une reconnaissance pleine et entière de la gravité des violences, pour une justice « à la hauteur des enjeux » et pour une société qui protège réellement les femmes.


