Violences sexistes et sexuelles : le CIDFF 41 réclame des moyens à la hauteur d’une future loi intégrale

Le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles de Loir-et-Cher alerte sur les difficultés financières des associations spécialisées dans l’accompagnement des victimes. Dans un communiqué signé par sa présidente, Bernadette Buteau, le CIDFF 41 soutient le principe d’une réponse législative globale, mais prévient qu’elle restera sans effet sans financements et moyens humains supplémentaires. « Un dysfonctionnement global nécessite une réponse globale », affirme le CIDFF 41.
L’association départementale relaie ainsi une alerte portée au niveau national par la Fédération des CIDFF. Celle-ci estime que les demandes adressées aux structures spécialisées augmentent plus rapidement que les financements disponibles. D’après les données communiquées par la Fédération, le nombre de femmes victimes de violences sexistes et sexuelles accompagnées par les CIDFF a progressé de 26 % en cinq ans.
Des associations confrontées à des tensions de trésorerie
La Fédération nationale fait également état de retards dans le versement de plusieurs subventions de l’État relevant du programme budgétaire consacré à l’égalité entre les femmes et les hommes. En juin, elle indiquait que douze CIDFF se trouvaient dans une situation de trésorerie critique, certains risquant de ne pas pouvoir assurer le paiement des salaires et envisageant des suppressions de postes.
160 000 enfants victimes chaque année
L’affaire Lyhanna a ravivé le débat sur la protection des enfants victimes de violences sexuelles. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, la CIIVISE, estime que 160 000 enfants en sont victimes chaque année en France.
La CIIVISE évalue par ailleurs à 9,7 milliards d’euros par an le coût économique et social des violences sexuelles subies pendant l’enfance. Cette estimation, réalisée avec le cabinet Psytel, prend notamment en compte leurs conséquences sanitaires à long terme ainsi que les dépenses sociales et judiciaires.
Les dernières données du ministère de l’Intérieur confirment l’ampleur des violences enregistrées par les services de sécurité. En 2025, la police et la gendarmerie ont enregistré 132 300 victimes de violences sexuelles, dont 76 200 mineures, soit 58 % du total. Ces statistiques recensent les crimes et délits portés à la connaissance des forces de sécurité ; elles ne mesurent pas l’ensemble des violences effectivement commises, une partie d’entre elles ne faisant pas l’objet d’un dépôt de plainte ou d’un signalement.
Une proposition de loi déposée
Le CIDFF 41 soutient l’adoption d’une « loi intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles. Cette expression désigne la proposition de loi no 2169, déposée le 2 décembre 2025 à l’Assemblée nationale. Le texte prévoit une intervention dans plusieurs domaines : fonctionnement de la justice et de la police, parcours judiciaire des victimes, protection des enfants, santé, travail, prévention, cyberviolences et prise en charge des personnes vulnérables. Il a été renvoyé à la commission des lois.
« Une loi ne peut être appliquée sans moyens »
Pour le CIDFF 41, l’adoption d’un texte global ne suffira donc pas. L’association estime que les obligations nouvelles qui pourraient être imposées à la justice, aux services de police et de gendarmerie, aux professionnels de santé ou aux structures d’accompagnement nécessiteront des recrutements, des formations et des financements pérennes. La position défendue par Bernadette Buteau tient en une idée : une politique publique ne peut être jugée à la seule étendue de son arsenal législatif. Sa capacité à protéger les victimes dépend aussi des moyens accordés aux services publics et aux associations chargées de les accueillir, de les informer et de les accompagner dans la durée.


