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À la minute près : Patrick Perrin, l’art du temps suspendu

À la Galerie d’art Wilson, à Blois, six artistes contemporains partagent l’espace le temps d’une exposition collective présentée jusqu’au 2 mars 2026. Photographie, peinture et vitrail y composent un parcours pluriel, où dialoguent les univers de Vanesa Bardelli, Bruno Bianchi, Aline Devos, Janet Biggs, Alexander Shevchuk et Patrick Perrin.

Autant le savoir, chez Patrick Perrin, le temps ne se donne jamais en bloc. Il se fragmente, s’étire, se suspend. Ses tableaux portent une heure précise, parfois jusqu’à la minute. Non par obsession de l’exactitude, mais parce que chaque toile est, selon ses mots, un instantané de lumière.

C’est cette série, intitulée Moments suspendus, que l’artiste expose ce mois-ci à la Galerie Wilson. Une série devenue centrale, exclusive même, puisqu’il y travaille depuis plusieurs années sans s’en détourner. Une œuvre cohérente, resserrée, presque silencieuse, où le regard circule dans des espaces vides d’êtres humains mais habités par leur absence.

Patrick Perrin

L’heure comme titre, la lumière comme matière

Pourquoi une heure pour titre ? La réponse est d’une simplicité désarmante. Patrick Perrin explique avoir cherché une manière directe de nommer ses toiles sans plaquer de récit. L’heure devient alors un repère sensible, décidé non par une montre mais par la luminosité qu’il cherche à traduire. L’heure n’est pas exacte, elle est plausible. Elle appartient au tableau comme la couleur ou l’ombre.

Cette relation au temps dit déjà beaucoup de son rapport à la création : il ne s’agit pas de décrire le réel, mais d’en extraire un moment fragile, presque imperceptible. Une lumière qui pourrait disparaître. Une scène qui pourrait se modifier à la minute suivante.

Patrick Perrin

De l’extérieur vers l’intérieur

Avant Moments suspendus, Patrick Perrin peignait les toits de Paris. Il vivait alors dans la capitale. Ces toits n’étaient pas réalistes : ils étaient déjà imaginaires, vus comme depuis un drone, surplombants, presque abstraits. Puis un basculement s’opère. Un jour, au lieu de regarder dehors, il regarde dedans. L’intérieur remplace l’extérieur. La pièce devient sujet.

Ce passage est fondateur. En abandonnant les toits, l’artiste découvre qu’il n’a plus besoin d’horizon. Le ciel peut être vide, parfois même absent. Ce qui compte désormais, ce sont les ombres, la lumière, les lignes, et surtout ce qui n’est pas là. Les mots reviennent souvent dans sa bouche : absence, suspension, légèreté. Ils structurent la série autant que les formes elles-mêmes.

Des décors sans êtres humains

Aucun personnage dans les tableaux. C’est un choix longuement éprouvé. Patrick Perrin a essayé. Il a peint des silhouettes, des ombres humaines. Mais trop vite, le récit s’imposait. Un homme, une femme, une attitude : l’histoire devenait trop précise, trop fermée. Il choisit alors de retirer le corps humain, pour mieux en suggérer la trace. Un châle posé, un tissu abandonné. Toujours quelque chose qui indique qu’une présence a existé, ou qu’elle va revenir. Jamais rien qui la fixe définitivement. Les tableaux fonctionnent comme des décors de théâtre avant l’ouverture du rideau, ou pendant l’entracte. Les acteurs sont sortis. L’éclairage est là. Le silence aussi.

Où est la femme ?

Malgré l’absence, rien de tragique. Bien au contraire. Les scènes dégagent une douceur constante. Une sensation de confort, de calme, parfois même quelque chose de printanier ou d’estival. Patrick Perrin y tient : il cherche une peinture apaisée, débarrassée de toute tension dramatique.

Cette douceur passe par une palette très maîtrisée. Les rouges sont rares, utilisés avec parcimonie, presque à dose homéopathique. Même lorsqu’ils apparaissent, ils restent retenus, ronds, jamais agressifs. Comme un détail, un symbole du féminin. Car, sans théoriser, sans décider, la présence absente qu’il imagine est presque toujours celle d’une femme.

Les gris comme fondation

La structure chromatique de son travail repose sur les gris. Des gris nuancés, parfois colorés, parfois chauds. Le bleu vient ensuite, surtout dans les ciels, toujours clairs, limpides, baignés d’une lumière qu’il qualifie d’atlantique ou méditerranéenne. Le processus est constant : dessin d’abord, sans couleur. Puis les gris. Toujours les gris en premier. Dans une pièce intérieure, le plafond sert souvent de base. Le reste se construit autour, couche après couche, jusqu’à ce qu’un meuble, une chaise ou un drapé apporte une touche plus vive.

Cette rigueur structurelle n’est pas un hasard. Patrick Perrin est formé à l’architecture d’intérieur. On retrouve dans ses tableaux des lignes droites, des volumes nets, une organisation spatiale précise. Mais cette rigueur est toujours contrebalancée par des éléments souples : tissus, drapés, courbes. Il n’y a jamais d’arbre, sauf par son ombre. Jamais d’ornement inutile. Très peu d’objets. Parfois un livre. Rarement plus. Le dépouillement est une règle, presque une éthique.

Des influences assumées, jamais calculées

Les rapprochements viennent souvent des autres. On lui parle d’Edward Hopper. Patrick Perrin accueille la comparaison avec plaisir, sans la revendiquer. Il ne peint pas à partir de Hopper. L’artiste évoque volontiers la peinture californienne, et parle de minimalisme figuratif, tout en souriant du caractère un peu pédant de l’expression. On y retrouve aussi des formes de villas, un mobilier aux lignes vintage, souvent années 1960.

Moments suspendus est une série qui propose des espaces ouverts, des temps flottants, des scènes silencieuses. Elle ne raconte pas une histoire : elle en laisse la possibilité. À la Galerie Wilson, ces tableaux dans l’alcôve de droite, imposent un rythme particulier. On ne les traverse pas. On s’y arrête. On y entre. Et l’on comprend, peut-être, que le temps n’y est pas compté en heures, mais en instants de lumière.


📍 Galerie d’art Wilson — 23 avenue du Président-Wilson, Blois
📅 Du jeudi 5 février au lundi 2 mars 2026
🆓 Gratuit — entrée libre – ♿ Accessible aux personnes à mobilité réduite
🕒 Du jeudi au dimanche, de 14h à 19h

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