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États généraux de la santé : pourquoi la Mutualité Française veut remettre les citoyens au cœur du système

Entretien avec Rose-Marie Minayo, présidente de la Mutualité Française Centre-Val de Loire, et Mehdi Madelat, responsable prévention, promotion de la santé et qualité.


Un modèle historique à bout de souffle

« Depuis 80 ans que la Sécurité sociale existe, nous sommes fiers de ce modèle, nous nous y sommes adossés. Mais aujourd’hui, il est en danger. » Dès les premières minutes de l’entretien, Rose-Marie Minayo pose un constat sans détour. La présidente de la Mutualité Française Centre-Val de Loire ne parle ni d’effondrement brutal ni de renoncement, mais d’un système « à bout de souffle », confronté à des transformations profondes qu’il ne peut plus absorber seul. « Il faut le reconstruire, le rénover. Et un seul acteur ne peut pas le faire tout seul. » Pour la Mutualité, la question n’est plus de savoir si le système doit évoluer, mais comment le faire sans renier ses fondements de solidarité.

Construire un nouveau avec les citoyens

C’est dans ce contexte que s’inscrivent les États généraux de la santé et de la protection sociale. Une démarche que la Mutualité revendique comme fondamentalement citoyenne. « Nous sommes très militants à partir du citoyen. Sans eux, on se rend bien compte qu’on n’arrivera pas à construire correctement. »

La première phase, actuellement en cours, repose sur une large consultation nationale en ligne via placedelasante.fr (jusqu’au 17 février). Le questionnaire, accessible à tous, demande une dizaine de minutes. Un temps volontairement incompressible. « Ce n’est pas un petit sujet. Il faut prendre le temps de réfléchir, de se demander ce que l’on veut, quels sont nos besoins. » La consultation invite chacun à formuler constats, attentes et priorités, à partir de son propre vécu du système de santé.

Une vision large de la santé

L’un des marqueurs forts de la démarche réside dans le périmètre retenu. Pour la Mutualité, la santé ne se limite ni au soin curatif ni à l’hôpital. « Quand nous parlons de santé, c’est au sens très large du terme : le bien-être, la fin de vie, la santé au travail, le sport. Tout cela en fait partie. »

Accès aux soins, déserts médicaux, prévention, handicap, grand âge, financement : l’ensemble des grands enjeux est assumé, sans hiérarchie préalable. Une approche globale, qui reflète selon Rose-Marie Minayo la complexité croissante du système. « Les évolutions technologiques, démographiques, médicales se cumulent. On ne peut plus décider seul, ni imposer des solutions toutes faites. »

Refuser la financiarisation comme seule réponse

Si la situation est critique, la Mutualité refuse une solution qu’elle juge réductrice : la financiarisation croissante du système. « Oui, ce que nous voulons éviter, c’est la financiarisation. Même si elle nous rattrape rapidement, notamment avec la question des taxes. » Pour Rose-Marie Minayo, l’augmentation continue des prélèvements n’est ni soutenable ni efficace. « On voit bien que ce n’est pas la bonne réponse. Il faut s’arrêter et réfléchir. » L’ambition affichée reste celle d’un système capable de répondre aux besoins de toute la population, sans renoncer à l’universalité ni à l’accessibilité qui ont fait sa force historique.

Une mobilisation large, mais un défi : les professionnels

La démarche repose sur un pilotage partenarial. Aujourd’hui, une cinquantaine d’organisations sont déjà engagées, issues notamment de l’économie sociale et solidaire, mais aussi du monde syndical et médico-social. « Nous partageons le même objectif : construire un système de santé efficace, efficient, et qui réponde aux besoins de la population, sans le financiariser. »

Un point de vigilance demeure toutefois : la participation des professionnels de santé. « Ce sont ceux que nous avons le plus de mal à toucher. Le grand public répond, mais les professionnels sont plus réticents, ou ont d’autres préoccupations. » Or leur contribution est jugée centrale pour enrichir l’analyse et confronter les constats du terrain.

Une méthode en trois temps, jusqu’au débat public

Mehdi Madelat détaille l’avancée du processus. Début février, environ 65 000 questionnaires avaient déjà été remplis au niveau national : 55 000 par des citoyens, 10 000 par des professionnels de santé. En Centre-Val de Loire, près de 3 000 citoyens et 400 professionnels ont déjà participé. « C’est bien, mais on souhaiterait encore plus. Chaque avis compte. Dix à quinze minutes aujourd’hui, c’est contribuer à ce qui se jouera demain. »

La deuxième phase, prévue à partir du printemps, reposera en partie sur des ateliers territoriaux. Leur objectif : débattre collectivement des résultats de la consultation, thématique par thématique, pour faire émerger des pistes de solutions. C’est la co-construction. Viendra ensuite le temps des convergences. Objectif : une présentation à l’automne 2026 des résultats.

Parmi les sujets les plus sensibles figure celui de l’accès aux soins. Rose-Marie Minayo nuance toutefois le discours dominant. « Au niveau national, le nombre de médecins n’a pas diminué. Le problème, c’est surtout la répartition territoriale, et les nombreux départs à la retraite à venir. » Elle évoque également les tensions sur certaines spécialités, le retard de formation, et l’arrivée de l’intelligence artificielle, encore insuffisamment intégrée dans l’organisation des soins.

Des initiatives locales existent, comme en Loir-et-Cher, où la Mutualité participe à un réseau d’accompagnement à l’installation des professionnels de santé, aux côtés des collectivités. Mais on voit bien que cela demande des efforts considérables, et que cela ne suffit pas toujours.

Des besoins d’abord, les solutions ensuite

La Mutualité assume une réalité : la consultation fera émerger davantage de besoins que de solutions immédiatement opérationnelles. « Déjà, porter clairement les besoins et les attentes de la population, ce sera un premier point essentiel. » La phase suivante consistera à revenir vers les citoyens, à partir de ces besoins stabilisés, pour travailler collectivement à leur traduction concrète. « Nous avons une vision transversale du système, des structures de soins, des centres de santé, des crèches, des centres dentaires. Mais nous ne sommes pas seuls. C’est la complémentarité des acteurs qui compte. »

Une démarche démocratique jusqu’au bout

Le traitement des contributions ne repose pas sur une automatisation aveugle par l’IA. « Ce sont des équipes humaines, des agences spécialisées, qui analysent les données par grands thèmes. » Deux garants scientifiques accompagnent le processus, et une convention démocratique réunira cinquante citoyens tirés au sort.

Pour la Mutualité, l’objectif est clair : faire émerger un citoyen éclairé, capable de participer pleinement au débat. « Un citoyen ne peut pas proposer des solutions sans s’approprier le sujet. Le questionnaire est déjà une démarche pédagogique. Il invite chacun à partager une expérience positive, une expérience négative, et à réfléchir à ce qui aurait pu mieux fonctionner. »

Porter la parole citoyenne jusqu’à l’échéance présidentielle

Les propositions issues des États généraux seront rendues publiques à l’automne, à un moment clé du calendrier politique. La Mutualité assume cette temporalité, sans revendiquer de position partisane. « Nous sommes politiquement neutres, mais nous portons des propositions qui ont une portée politique. Quelle que soit la personne qui arrivera à la présidence, nous porterons la voix des citoyens. » D’autant plus qu’une conviction guide la démarche : sans participation citoyenne, aucune réforme durable du système de santé ne sera possible.

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