DécouvrirEcologieVie locale

La Filerie inaugure un nouveau lieu de formation au cœur d’un écolieu en pleine maturation

À Fresnes, le sentier pédagogique donne d’emblée le ton de La Filerie. Sous les arbres, les chemins sont bordés de tuiles récupérées de l’ancienne grange, les haies sèches forment des refuges de biodiversité, tandis que les panneaux pédagogiques abordent les mares, les abeilles, le compost, la permaculture, les oiseaux, les plantes sauvages ou encore l’habitat sobre. Plus loin, dans un espace boisé, deux kerterres aux formes arrondies complètent le parcours et participent à l’offre d’accueil du lieu. Ce vendredi 12 juin 2026, l’écolieu ouvrait une nouvelle étape de son histoire.

Après un an de travaux, La Filerie dispose désormais d’un nouveau lieu de formation. Situé au 23 route de la Filerie, à Fresnes, le site entend accueillir des formations dédiées à la transition écologique, des ateliers pratiques, des séminaires, des rencontres professionnelles, mais aussi des personnes souhaitant découvrir une forme d’éco-tourisme en Loir-et-Cher.


Une ancienne ferme devenue écolieu

La Filerie s’est développée autour d’une ancienne ferme solognote du XVIIe siècle. Le projet commence il y a huit ans, avant l’ouverture effective du lieu. « En 2018, on a commencé à faire un peu le tour des partenaires, des citoyens, des associations », explique Jérôme Bargue, directeur de La Filerie. Avec Cécile, il porte alors une idée déjà assez claire, mais qu’il ne souhaite pas imposer hors sol. « On avait une idée, mais on voulait la partager et voir ce qui existait déjà sur le terrain. » La Filerie s’est construite comme un projet cherchant d’abord à s’inscrire dans un tissu local : associations, habitants, partenaires, citoyens, structures déjà actives dans les champs de l’écologie, de l’insertion, de l’alimentation ou de l’éducation populaire.

Au début, les activités se déroulent surtout dehors. « On faisait beaucoup de choses à l’extérieur, dans les jardins, on faisait des promenades botaniques », raconte Jérôme. Faute d’espaces adaptés, les premiers accueils se font même dans le salon privé des habitants du lieu, ouvert à celles et ceux qui venaient participer aux ateliers ou aux rencontres. Cette période fondatrice donne au projet son caractère particulier : La Filerie est d’abord un lieu vivant avant d’être un lieu équipé.

Les travaux inaugurés vendredi répondent à une nécessité : donner à ce projet une capacité d’accueil plus solide. Avant la rénovation, les bâtiments étaient d’anciennes granges, « en terre avec des poutres », fragiles, difficilement utilisables pour recevoir du public dans de bonnes conditions. Le nouveau bâtiment permet désormais d’accueillir plus régulièrement des formations, des ateliers, des rencontres, des séminaires, des hébergements et des temps professionnels.


Un lieu qui accueille, mais qui propose aussi

La Filerie fonctionne selon une logique ouverte. L’équipe propose des ateliers, des stages, des formations ou des événements, auxquels chacun peut s’inscrire. Mais l’inverse est aussi vrai : des personnes, associations, artistes ou structures extérieures peuvent proposer d’animer un atelier, de venir passer du temps sur place, d’organiser un séjour, de contribuer au jardin ou de monter un projet. « Soit nous on propose des choses, soit des gens peuvent nous proposer d’animer des ateliers ou de venir passer du temps ici pour nous filer un coup de main », précise Jérôme.

Le public vient du territoire proche, mais pas seulement. Des habitants du Controis, de Blois ou des communes environnantes fréquentent le lieu. Mais Jérôme évoque aussi des visiteurs venus de la région, de Paris, de Bordeaux ou de Nantes, notamment pour des temps de réunion, de formation ou de séjour. Le site peut accueillir douze personnes en intérieur. Les kerterres ajoutent deux à quatre couchages selon les configurations. Des tentes peuvent également être installées, notamment lors d’événements ou de séjours en extérieur. La présence de toilettes sèches et de douches extérieures permet d’organiser cet accueil dans une logique de sobriété et de pleine nature. La dimension touristique existe, mais Jérôme insiste sur ce point, l’idée n’est pas seulement de venir dormir dans un lieu original, puis de repartir.

Photo : Isabelle Rouballay

Deux structures pour porter le projet

La Filerie repose aujourd’hui sur deux structures complémentaires. L’association Fil Good porte une partie des activités ouvertes au public, des animations, des ateliers et des actions de terrain. Elle compte cinq salariés. À ses côtés, la SCIC Les Semeurs de graines, société coopérative d’intérêt collectif, permet de développer des formations plus longues, des séjours, les liens avec les entreprises et l’éco-tourisme. Elle compte un salarié. « L’idée, c’est d’aller un petit peu plus loin que l’association », explique Jérôme à propos de la SCIC. Il s’agit notamment d’accueillir des personnes sur un week-end, une semaine, voire davantage, dans le cadre de formations liées à des métiers ou à des pratiques de transition. Le lieu s’adresse aussi à des personnes qui veulent changer de métier, faire évoluer leurs pratiques professionnelles, ou explorer autrement leur rapport à l’alimentation, au paysage, à la biodiversité, à l’habitat ou à l’économie sociale et solidaire.

Au total, l’équipe permanente rassemble donc six personnes. Jérôme parle volontiers d’un fonctionnement « multicasquette ». Chacun a son domaine, mais tout le monde peut être amené à accueillir, accompagner, animer, cuisiner, transmettre ou participer à la vie quotidienne du site. Enrique travaille au développement de la SCIC, aux liens avec les entreprises et au tourisme. Cyril, qui a travaillé quinze ans aux jardins de Chaumont, est le spécialiste de la biodiversité. Son rôle à La Filerie est à la fois celui d’éducateur à l’environnement et de responsable de la partie paysagère. Manon suit l’alimentation, du potager jusqu’à la transformation, et accompagne aussi les jeunes comme conseillère d’insertion professionnelle. Cécile travaille sur le développement, les partenariats, les nouveaux projets et les financements. Elle développe également le rucher-école avec Raphaël, animatrice sur l’apiculture. Sophie, à mi-temps, est chargée de la communication et du graphisme ; elle a notamment conçu une partie des panneaux pédagogiques du parcours. C’est un écosystème de travail, de transmission et d’accueil, où les compétences se croisent.

Photo : Isabelle Rouballay

L’École ÊTRE, apprendre par le geste

L’une des dimensions les plus fortes du projet concerne l’École ÊTRE. Le mot « école » ne désigne pas ici un bâtiment séparé, mais un dispositif d’accompagnement accueilli à La Filerie. Il s’adresse à des jeunes de 15 à 25 ans, souvent en décrochage scolaire, isolés ou en recherche de repères. Deux types de parcours sont proposés. Les programmes de remobilisation durent deux semaines. Ils permettent à des jeunes de resocialiser, de retrouver du sens, de réfléchir à leur parcours professionnel et de lever certains freins. Les parcours professionnels durent huit semaines. Ils permettent de découvrir plus profondément deux ou trois métiers liés à la transition écologique.

« L’idée, c’est de leur montrer des métiers en lien avec la transition écologique », explique Jérôme. Sur les parcours courts, les jeunes découvrent plusieurs métiers par petites touches. Sur les parcours plus longs, ils pratiquent davantage. Certains travaillent autour de l’alimentation, depuis les semences jusqu’à la transformation, en passant par la cuisine ou la conserverie. D’autres approchent les espaces verts, le paysagisme, le jardinage ou les métiers du vivant.

L’accueil sur place est essentiel, car beaucoup de ces jeunes sont peu mobiles. Venir à Fresnes n’est pas simple sans solution de transport. La Filerie organise donc l’hébergement, la restauration et les navettes. Les jeunes arrivent le mardi matin et repartent le vendredi. Pendant la semaine, ils vivent sur place. Et s’autonomisent progressivement. Le soir, un membre de l’équipe reste toujours présent. Il ne s’agit pas seulement d’encadrer, mais aussi de discuter, de faire groupe, de créer un climat permettant à chacun de reprendre confiance. L’École ÊTRE fonctionne en consortium avec Les Greniers de Vineuil. Selon les sessions, des membres de cette structure participent aussi à l’accueil ou à l’accompagnement.

Un sentier pédagogique comme colonne vertébrale

Le nouveau sentier pédagogique occupe un espace qui était auparavant en friche. Son aménagement a été réalisé avec Cyril et les jeunes de l’École ÊTRE. Des tuiles récupérées de l’ancienne grange ont été réutilisées pour dessiner les chemins et les bordures. Des bancs ont été fabriqués. Des haies sèches ont été montées avec des branchages. Des panneaux pédagogiques jalonnent désormais le parcours. À l’entrée, une carte illustrée présente 21 points : la haie, zéro déchet, la mare, les abeilles, le compost, l’éthique de la permaculture, le potager en permaculture, l’éco-rénovation, les plantes médicinales, les trognes, la phytoépuration, prendre son temps, les plantes comestibles, les empreintes, la gestion différenciée, la salle d’eau du futur, les arbres, les kerterres, les oiseaux et la mobilité. Une phrase résume l’intention du parcours : « Parcourez ce sentier, prenez conscience de la beauté, de l’importance et de la fragilité de la biodiversité : préservons-la, ensemble ! »

Des QR codes permettent d’accéder à des contenus complémentaires. Dans le jardin, des tronçons d’arbres identifient les essences présentes. Les oiseaux, répertoriés avec l’appui de la Ligue pour la protection des oiseaux, sont représentés par des illustrations. Des repères botaniques signalent aussi certaines espèces. Sophie Simbozel, chargée de communication, a travaillé sur la mise en forme graphique des panneaux.

Photo : Isabelle Rouballay

Le sentier pédagogique rend visible ce que l’on ne regarde plus toujours. Une haie devient un refuge de biodiversité. Un panneau explique qu’elle nourrit, protège, abrite, permet le déplacement des espèces, attire les pollinisateurs, limite l’érosion, garde l’humidité, améliore le sol et l’eau, régule la température et stocke du carbone. Les espèces associées sont nommées : aubépine monogyne, prunellier commun, églantier des chiens, ronce des bois, sureau noir.

La mare est présentée comme un petit écosystème à part entière. Même lorsqu’elle est temporairement sèche, elle permet d’aborder les grenouilles, les tritons, les libellules, les plantes aquatiques, les zones de reproduction et la fragilité des zones humides. Plus loin, les panneaux sur les empreintes rappellent que des animaux circulent la nuit, notamment sur le chemin communal qui traverse ou longe le site. La gestion différenciée explique pourquoi certaines zones ne sont pas tondues, et ce que cette décision apporte à la biodiversité.

Les panneaux pédagogiques donnent des clés, ouvrent une curiosité, permettent une première compréhension. Le reste se transmet par la pratique, les ateliers, les stages, l’observation et la rencontre avec celles et ceux qui travaillent sur place. Au centre du site, le potager en permaculture de Manon, qui travaille à temps plein à La Filerie. La serre sert aux semis et aux plants, notamment de tomates. Le compost est intégré au parcours. Une cuisine extérieure permet de laver les légumes. La Filerie dispose de ruches, récolte son miel et le vend. Des stages sont organisés autour de l’apiculture. Le rucher-école, développé par Cécile avec Raphaël, permet d’aborder le rôle des abeilles, du pollen, des colonies, de la ruche, mais aussi la place des pollinisateurs dans les équilibres du vivant.

Un modèle hybride

La Filerie repose sur un modèle économique hybride. L’association est soutenue par des pouvoirs publics : la Région Centre-Val de Loire, l’Europe, la CAF, l’État, l’Agence nationale de la cohésion des territoires dans le cadre des Fabriques de territoire. La SCIC bénéficie également d’un soutien de l’État dans le cadre d’un Pôle territorial de coopération économique. À cela s’ajoutent des prestations : séjours, animations, ateliers, formations, séminaires et ressources. « On a un mélange de fonds publics, de prestations et de fonds propres », résume Jérôme. L’équilibre reste celui d’un lieu à vocation d’intérêt général, mais qui développe aussi une activité économique. Les ateliers sont volontairement proposés à des tarifs accessibles. « Il faut qu’on soit ouvert le plus possible à tous », insiste le directeur.

Le Festival Solstice, la transition par la fête

L’identité de La Filerie passe aussi par la culture. Le Festival Solstice tiendra en août 2026 sa septième édition, les 22 et 23 août. Le samedi se déroulera de 15h à 1h du matin, le dimanche de 10h à 19h. Jérôme évoque quatre spectacles le samedi, cinq le dimanche, avec une programmation très majoritairement issue de compagnies de la Région Centre-Val de Loire. Le festival accueille aussi des producteurs locaux, des artisans, des associations, des animations, des ateliers et des repas préparés sur place.

>> Pour en savoir plus : https://www.lafilerie.org/


Votre annonce sur Blois Capitale

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Blois Capitale

GRATUIT
VOIR