Pourquoi cette rue de la Chaîne ?
La rue de la Chaîne. Bien que son nom puisse sembler anodin au premier abord, plongeons-nous dans le passé de cette voie dans le quartier de Vienne.
Des chaînes pour fermer les rues
Au Moyen Âge et jusqu’au début du XVIIe siècle, des chaînes pouvaient être tendues aux angles des rues, devant les portes des villes et des faubourgs ou encore à l’entrée des ponts. Elles permettaient de barrer rapidement un passage pendant la nuit ou lorsque l’on craignait une attaque.
L’architecte et historien Eugène Viollet-le-Duc explique que ces lourdes chaînes étaient fixées, d’un côté, à un anneau solidement scellé et, de l’autre, à un crochet ou à une barre de fer munie d’un moraillon. L’ensemble pouvait être verrouillé. Dans les rues, les chaînes étaient généralement attachées aux murs des maisons. Aux abords des ponts ou des faubourgs, elles pouvaient être fixées à des poteaux de bois renforcés par des contrefiches, appelés « estaques ».
Un tel obstacle ne constituait évidemment pas une fortification. Il permettait néanmoins d’interrompre une charge à cheval, de ralentir une troupe et de donner l’alerte. En période calme, certaines portes urbaines pouvaient même rester ouvertes tandis que le passage était simplement barré par une chaîne.
Une explication vraisemblable, mais non prouvée
À Blois, l’origine exacte du nom de la rue ne paraît pas avoir été définitivement établie par un document mentionnant l’installation d’une chaîne à cet endroit. Cette interprétation s’explique par la situation du quartier de Vienne, alors extérieur aux défenses de la ville.
Cette hypothèse figurait déjà dans l’Histoire de Blois publiée en 1846 par Louis-Catherine Bergevin et Alexandre Dupré. Les deux auteurs ne rapportent toutefois pas la découverte d’une chaîne ou d’un acte ordonnant sa pose. Ils raisonnent à partir de la topographie : si l’autorité blésoise avait employé ce moyen de défense, l’entrée de cette rue aurait représenté un emplacement logique pour barrer une ancienne voie d’accès à la ville.
Une rue située sur un axe très fréquenté
La rue de la Chaîne appartenait à un ancien itinéraire important de la rive gauche. Une partie de la route postale reliant Paris à Bordeaux passait par Vienne. Ce passage explique la présence d’établissements accueillant les voyageurs. Bergevin et Dupré mentionnent ainsi, rue de la Chaîne, l’hôtel des Trois-Rois, dont l’enseigne était celle des Trois-Maures en 1577. Non loin de là, l’auberge de la Creusille devait également son importance au passage de l’ancienne route de Paris.
Le quartier de Vienne était historiquement un quartier populaire, étroitement lié aux activités de la Loire et aux déplacements des mariniers, voyageurs et voituriers. La rue conserve encore plusieurs maisons anciennes, notamment des constructions gothiques ou à pans de bois datant de la fin du Moyen Âge et du début de l’époque moderne.
Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’aménagement des quais et l’ouverture de nouvelles voies modifièrent profondément le quartier. Des maisons furent démolies afin d’établir une route plus directe devant le pont et de créer un quai au niveau de la Loire. L’ancienne rue perdit alors une partie de son rôle dans la circulation de transit.
La légende de la chaîne des forçats
Une autre explication a longtemps circulé. Bergevin et Dupré rapportent qu’on prétendait autrefois que la chaîne des forçats passait par Vienne et que les condamnés logeaient dans une maison de cette rue. Les auteurs rejetaient cependant cette interprétation, qu’ils jugeaient peu satisfaisante. Rien ne permet en effet de relier documentairement le nom de la rue aux convois de condamnés conduits vers les bagnes. Ces déplacements existaient bien et constituaient une épreuve particulièrement violente. Mais cette réalité de l’histoire pénale française ne suffit pas à expliquer le nom de la rue blésoise.
L’explication la plus vraisemblable demeure donc celle d’une chaîne défensive tendue sur une ancienne voie d’accès au faubourg de Vienne. Faute de preuve directe, elle doit toutefois rester présentée pour ce qu’elle est : une hypothèse, fondée sur la topographie du quartier et sur une pratique urbaine autrefois répandue.


