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Timnah, la « fille qui joue du piano » et surtout compose

Elle n’a jamais eu de piano chez elle. Elle n’a pas appris le solfège. Elle n’a pas pris de cours. Et pourtant, depuis l’enfance, Timnah compose. Sa trajectoire musicale s’est construite à rebours des chemins classiques : d’abord sur un vieux synthétiseur familial, puis sur des claviers trouvés « dans les gares, dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite ». Installée à Blois depuis septembre 2024, étudiante à l’Ecole de paysage, elle est devenue — presque malgré elle — une figure identifiée dans l’établissement : « Avant même de connaître mon prénom, ils disaient : “c’est la fille qui joue du piano”. »

Dans un entretien, la jeune femme de 23 ans nous raconte un rapport quasi viscéral à la musique, une manière de « dire sans dire », une création traversée d’images, d’émotions, de rêve et de réalité. Sa musique, dit-elle, se résume en deux branches principales : « la mélancolie et l’aventure ». Deux mots simples pour un monde intérieur complexe.

Une enfance à la campagne, et le déclic à cinq ans

Timnah naît au Mans et grandit en Sarthe, « en campagne, chez [ses] parents ». Petite, elle se passionne pour tout : le dessin, les constructions, « des tours en Kapla », « plein de trucs ». Cette énergie ne l’a pas quittée : « J’ai toujours cette envie de tester plein de choses », dit-elle, même si « cela s’est un peu plus tassé » aujourd’hui, « avec les responsabilités d’adulte ».

Le premier geste musical survient très tôt. À cinq ans, elle se met au synthétiseur familial : « C’est là que j’ai commencé à reproduire des comptines à l’oreille. » Elle n’a pas appris, elle essaie, elle trouve. Ses parents sont surpris : ils « trouvaient ça fou » qu’elle parvienne à reproduire ces mélodies « sans avoir appris ». L’encouragement joue : elle voit que cela leur fait plaisir, alors elle continue. Et très vite, elle dépasse l’imitation : « Au bout d’un moment, je me suis mise à inventer mes propres chansons, mes propres musiques. »

À cet âge-là, elle compose « à une main ». Elle le dit elle-même : ce sont des choses très simples, « des sortes de petites comptines » qu’elle invente. Elle y pense avec tendresse, même si elle mesure l’écart avec ses créations actuelles : « Ça ne ressemblait peut-être pas à grand-chose, mais c’est quand même comme ça que j’ai commencé. »

Douze ans, un “vrai piano”, et une révélation tardive

Le premier « vrai piano » arrive plus tard, et produit un « déclic ». Elle a douze ans, au collège, sur « le piano de [son] prof de musique ». Mais entre cinq et douze ans, elle reste sur le « vieux synthé » familial. Celui de sa mère, qui en jouait « avant de se marier », avant de « complètement arrêter ». Timnah le précise : elle n’a « jamais entendu [sa] mère jouer ».

La musique, pourtant, est partout à la maison. Elle raconte un environnement sonore dense : le classique, introduit quand sa petite sœur naît — elle a alors huit ans — et qui, d’abord, l’ennuie, avant qu’elle ne s’y habitue. Et avant cela, la voiture familiale : « Mon père mettait du Bob Marley dans la voiture pour aller à l’école », et avec sa sœur, elles chantent. Elle évoque aussi la guitare du père : il jouait « très bien » quand elle était enfant, puis a arrêté ; il arrivait qu’elles s’installent sur le canapé et qu’elles lui demandent de jouer. Cette maison-là ne fabrique pas nécessairement des musiciens au sens académique, mais elle installe une évidence : la musique est un langage quotidien, un geste accessible, un lien. Timnah en parle avec « un peu de nostalgie », reconnaît-elle.

Le lycée : deux heures par jour dans une gare

C’est au lycée que la musique de Timnah prend une dimension presque romanesque : la gare devient atelier, salle de répétition, espace d’apprentissage et de rencontres. Le dispositif est simple : elle habite à la campagne, le lycée est en ville, sa mère travaille en ville. Elle attend sa mère après les cours. « On finissait vers 17 heures, ma mère finissait vers 19 heures », raconte-t-elle. Résultat : « Tous les soirs, j’avais un temps avec le piano à la gare. » Comme une manière d’habiter ce temps mort. Et cette contrainte devient une chance : « Ça m’a permis de rencontrer plein de gens, des personnes formidables. » Elle apprend aussi en regardant les autres.

Pendant longtemps, elle ne possède pas d’instrument : « Je n’ai jamais eu de piano, même encore aujourd’hui je n’en ai pas. » Elle le répète presque comme un fait fondateur. Elle a donc pris une habitude : « J’ai toujours saisi toutes les occasions que je trouvais de jouer du piano. » Gares, hôpitaux, maisons de retraite, écoles : le piano est un objet rare qu’il faut attraper au passage. Le résultat est concret : « La plupart de mes compositions que j’ai faites jusqu’à maintenant, je les ai faites en gare. »

Timnah

L’oreille, la patience, le clavier apprivoisé

Mais comment apprend-on sans professeur, sans solfège, sans piano à soi ? Par une combinaison de dispositions et d’efforts. « On me dit que j’ai l’oreille musicale », glisse Timnah. « Mais c’est quelque chose qui s’entraîne aussi. » Elle décrit une forme de raisonnement interne, au début très conscient : chercher une note. À cela s’ajoute la dextérité acquise à force de répétition, le repérage des écarts. Timnah cherche et trouve. Avec forcément une part de don, et de talent.

Surtout, la musique devient une nécessité. Timnah le dit explicitement : « Ce n’est pas que de l’envie, c’est aussi devenu un besoin. » Elle explique pourquoi : « C’est devenu une façon de s’exprimer sans mots. » Elle insiste sur cette idée : « J’aime bien l’idée de dire sans dire, de s’exprimer mais sans utiliser de mots. » Quand elle joue, elle ne se fixe pas de plan : « Je ne joue pas avec un but précis. » Elle ouvre la porte, elle joue. Et parfois, elle trouve : une idée, un enchaînement, une émotion. Ce fonctionnement explique peut-être une autre singularité : elle joue très rarement la musique des autres. « Reproduire l’existant, c’est moins stimulant pour moi que d’explorer. »

Créer, toujours : c’est le fil qui relie musique et études. En école de paysage, dit-elle, il s’agit de « créer des espaces », « trouver des idées par rapport à des enjeux ». Et elle décrit une disposition plus large : « J’ai toujours été dans une démarche de recherche, de comprendre le pourquoi du comment, de comment les choses fonctionnent. »

Arrivée à Blois après des études en architecture, Timnah trouve un piano à l’Ecole de paysage, « un peu désaccordé », mais « très bien ». À la gare, elle jouait devant des inconnus qu’elle ne reverrait pas. À l’école, elle joue devant des personnes qu’elle croisera « tous les jours pendant cinq ans ». Elle le dit : cela lui a causé « un peu d’appréhension ». Mais elle observe aussi l’effet inattendu : on l’écoute, on l’identifie, on l’apprécie. Et surtout, cela la transforme : « Ça m’a permis aussi de travailler sur ma timidité. »

Quand la musique revient vers elle

Timnah raconte un moment de bascule, la découverte que sa musique faisait du bien aux autres. Elle dit qu’elle s’en est aperçue « en maison de retraite d’abord », puis « à la gare ». Elle décrit des retours concrets : des messages, des poèmes, des cadeaux. Et depuis, un rituel : une boîte chez elle, où elle conserve ces traces. Elle ouvre la boîte « des fois », se remémore « ces souvenirs ». Elle dit simplement : « Ça me fait super plaisir. » Ce n’est pas anecdotique. Cela raconte une musique qui circule. Elle joue, les gens reçoivent, et ce retour devient à son tour une matière. Timnah ajoute : « Les autres aussi m’apportent, enrichissent ma musique. » La boucle est complète : l’expression personnelle devient partage sans calcul.

Au fil des retours reçus en gare, un souvenir parmi d’autres. Quelqu’un lui a écrit que sa musique était « frénétiquement douce ». Timnah trouve l’association « belle », et surtout « juste » par rapport à sa musique de cette période. Elle dit aussi quelque chose d’important : pour elle, « il n’y a pas de plus grand compliment » que de savoir comment l’autre a accueilli la musique. Recevoir un adjectif, une image, une perception — c’est cela, le vrai retour. Parce que cela prouve que l’œuvre a vécu chez quelqu’un d’autre.

Une musique “cinématographique”

On lui dit que sa musique a un côté « cinématographique ». Timnah acquiesce. La raison, selon elle, est simple : « Il y a des images qui me viennent en tête en même temps que je compose. » Pas forcément des récits linéaires, précise-t-elle. Elle refuse l’idée d’un grand récit qui lierait toutes ses œuvres. En revanche, elle reconnaît qu’on peut sentir des « périodes », des « styles d’exploration » au fil des années. Et lorsqu’elle rejoue, l’image revient avec la musique : « C’est un ensemble. Je me souviens de la musique et des images. Je peux me revoir dans différentes versions de moi-même. » Jouer une ancienne composition, c’est alors tenter de se remettre « dans sa peau », dans une autre temporalité. Parfois c’est difficile. Mais l’œuvre reste une porte vers un état passé, un instant émotionnel fixé sans mots.

L’étudiante décrit aussi un recours au rêve : imaginer « des univers », « des mondes qui n’existent pas forcément », parfois comme des « refuges » pour faire face à la vie. La musique devient alors un espace « parallèle », une évasion. Dans cette logique, le rêve n’est pas une fuite pure. Elle le décrit comme une ressource : « Le rêve ça permet aussi parfois d’échapper à la réalité de façon à ce qu’on soit plus fort dans cette réalité. »

Projets : album, studio, scène… et musique de film

Quid des projets artistiques de la jeune femme ? Timnah parle d’un désir, d’un projet, et d’un obstacle clair : les moyens. Elle aimerait enregistrer ses compositions en studio. Elle ne le fait pas aujourd’hui « parce que [elle n’a] pas les fonds ». Mais l’idée est là, posée. Comme jouer sa musique sur scène. Avec un engagement envers elle-même : « Toujours jouer avec le cœur. »

La mancelle exprime aussi un intérêt fort pour la musique de film et la collaboration. Ce qui l’attire, c’est le défi : se renouveler, travailler avec d’autres créateurs, composer « sur des images » et « sur des émotions dirigées par quelqu’un d’autre ». Elle y voit une manière de se découvrir autrement.

Et justement, en ce mois de janvier, vous pourrez écouter Timnah chez Blois Capitale – au 16 rue Emile Laurens – dans le cadre de collaborations. Samedi 3 janvier 2026, à 19h30, à la boutique, nous aurons droit à une création live en lumière noire de Frédéric Chauvain (lire ici), avec la musique de la jeune pianiste, et le son de Mr T-mid. Une performance d’une heure à ne pas rater.

Et ce n’est pas tout ! Double événement deux semaines plus tard ! Le peintre blésois Vegouz et Timnah se lanceront dans une performance artistique rare. Le premier va déployer sa créativité en direct, inspiré par les œuvres musicales de la compositrice. Sur le thème « Nouvelle Lune » (ce sera bien la nouvelle lune) la performance se jouera en deux actes. « Nuit » le samedi 17 janvier à 20h30, puis « Lumière » le dimanche 18 janvier à 15 heures. Le nombre de places étant limité, il est demandé de s’inscrire à l’un ou l’autre événement via cette adresse e-mail : bloiscapitale@gmail.com. Ou en boutique.

Enfin, pour écouter sans attendre Timnah, son Instagram : timnah.music

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