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[Municipales] Le projet d’alternance revendiqué par le tandem Benakcha-Desjonquères

Vendredi 13, il est 13 heures. Malik Benakcha et Mathilde Desjonquères présentent leur programme pour Blois. Les candidats de la droite et du centre pour la ville et l’agglomération commencent par le souligner eux-mêmes : le choix du moment n’est pas fortuit. Il est assumé comme un clin d’œil, presque une mise en scène minimale. « À l’anglo-saxonne », expliquent-ils, rappelant que là-bas le chiffre 13 porte chance.

Le programme avant la liste. « La liste est arrêtée », souligne Malik Benakcha, prête à être déposée en préfecture lundi ou mardi. Mais ce n’est pas le sujet du jour. Le choix est revendiqué : présenter le programme avant la liste. « Le message est clair », insiste le candidat à la mairie de Blois. « C’est une liste qui se réunit autour d’un projet, qui se réunit autour d’un programme. Et si on a fait le rassemblement, c’est parce qu’on était rassemblés sur le fond. »

Leur diagnostic : Blois est une ville fracturée

Offensif, Malik Benakcha décrit la ville de Blois d’aujourd’hui comme « ultra fracturée ». A plusieurs niveaux. La fracture est politique, elle est territoriale avec des quartiers séparés par la Loire, par la voie ferrée. Elle est sociale, avec des zones de plus en plus marquées. Mathilde Desjonquères cite le quartier de la Quinière comme exemple. Le passage en quartier prioritaire de la politique de la ville est présenté non comme une réussite, mais comme le symptôme d’un échec collectif. « Quand on a un quartier supplémentaire en QPV, ça veut dire qu’on a laissé sa ville basculer vers la paupérisation », affirme la centriste. Selon l’ex-députée, cela signifie que des fractures se sont installées, que de l’insécurité est apparue, que des liens se sont défaits. Le projet qu’ils portent est alors présenté comme une réponse globale à cette situation. Leur « fil rouge », dit Malik Benakcha, est de retisser les liens entre les habitants.

Quatre priorités fondatrices

À partir de ce diagnostic, quatre priorités. La première est la sécurité. La deuxième est la redynamisation, entendue au sens large : relance du centre-ville, soutien au commerce, renforcement de l’attractivité économique et industrielle. La troisième est le pouvoir d’achat (par la baisse de la fiscalité par exemple). La quatrième priorité est l’environnement, abordé à travers la végétalisation, la rénovation thermique, mais aussi une logique d’investissement.

Avant même d’entrer dans le détail des mesures, le tandem insiste longuement sur ce qu’il présente comme une doctrine de gestion. La formule revient plusieurs fois, presque comme un mantra : « Un euro public investi est égal à minimum un euro avec un retour sur investissement sur notre territoire. »

La sécurité d’abord

C’est dans ce cadre que Malik Benakcha aborde la sécurité, première des douze mesures phares du programme. Il ne la présente pas comme une réponse ponctuelle à un sentiment d’insécurité, mais comme une politique structurante. L’objectif annoncé est un renforcement massif de la police municipale, avec une augmentation des effectifs et des amplitudes horaires. Il parle d’une présence renforcée, plus visible, plus régulière.

Mais il précise immédiatement la méthode. Il n’est pas question de recruter quarante agents la première année. Le renforcement se fera sur l’ensemble du mandat, avec une montée en puissance progressive. La première année, une dizaine à une quinzaine de recrutements sont envisagés, en tenant compte des difficultés de recrutement.

Il développe également une vision précise du rôle du policier municipal. Pour lui, il doit être un interlocuteur de proximité, presque une figure de référence dans l’espace public. Il donne un exemple concret : un habitant qui constate un problème de voirie doit pouvoir en parler au policier municipal qu’il croise dans la rue, laisser ses coordonnées, et obtenir un suivi. Cette vision explique son opposition à la relocalisation décidée de la police municipale. Il la veut vers Médicis.

La vidéosurveillance est abordée comme un complément avec un doublement des équipements. Elle doit « permettre de dissuader, d’élucider, d’améliorer le travail d’enquête ». Elle n’est pas présentée comme une solution unique, mais comme un outil parmi d’autres dans une politique globale de tranquillité publique.

Le centre-ville comme enjeu

Après la sécurité, Malik Benakcha aborde ce qu’il présente comme l’autre grand nœud du mandat à venir : le centre-ville. Non pas comme une question esthétique ou patrimoniale, mais comme un système économique et social. À plusieurs reprises, il insiste : on ne redynamise pas un centre-ville par une seule action isolée, mais par un ensemble cohérent de décisions sur le foncier, l’habitat, les commerces, les usages, l’accessibilité.

C’est dans ce cadre qu’il aborde frontalement le Carré Saint-Vincent. Le ton change. Le projet est présenté comme emblématique du mandat sortant, mais aussi comme révélateur d’une méthode qu’il rejette. Malik Benakcha parle d’un projet qui, selon lui, n’apporte ni respiration urbaine, ni attractivité durable, ni retour sur investissement territorial. le candidat décrit le Carré Saint-Vincent comme un projet accéléré en fin de mandat, qu’il associe à une forme de geste politique de clôture. Il assume ses mots. Mettre un terme à ce projet, dit-il, coûtera certes de l’argent, mais moins que de le poursuivre.

À la place du Carré Saint-Vincent, Malik Benakcha décrit un projet radicalement différent. Il parle d’un poumon vert, d’une extension du square Victor-Hugo. L’idée est de créer un espace de respiration, un lieu où l’on vient flâner, s’arrêter, passer du temps. Pour lui, la flânerie est un élément clé de l’attractivité d’un centre-ville. Sans espaces agréables, sans lieux où rester, le commerce ne peut pas fonctionner durablement.

Il insiste également sur la nécessité de repenser les circulations, notamment la rue du Pont-du-Gast, avec une logique d’accessibilité et de lisibilité. Le centre-ville doit être compréhensible, accessible, sans pour autant être livré à la voiture sans régulation.

Malik Benakcha

La foncière : reprendre la main sur le cœur économique de Blois

Malik Benakcha évoque depuis longtemps la nécessité d’une foncière commerce et habitat. Et si une SPL est en cours de lancement, le candidat affiche une autre ambition. « La SPL actuellement proposée disposerait d’un budget de 300 000 euros. Ce montant ne permet pas de transformer réellement le centre-ville. Je revendique une autre échelle : 9 millions d’euros sur le mandat. » Avec plusieurs sources : la Ville, Agglopolys, la Caisse des dépôts et consignations et des partenaires bancaires.

L’objectif de cette foncière est multiple. Il s’agit d’abord de lutter contre la vacance commerciale, en rachetant des locaux vides pour maîtriser le choix des porteurs de projets. Il s’agit ensuite de rénover l’habitat dégradé, de favoriser l’accession à la propriété, de proposer des logements adaptés aux étudiants et aux seniors. Le candidat pose une question rhétorique qui résume l’enjeu : est-ce qu’on se contente de rénover six immeubles sur un mandat, ou est-ce qu’on vise plus de cinquante immeubles ? Pour lui, c’est cette différence d’échelle qui permet ou non de recréer une dynamique durable.

Stationnement et accessibilité : la question exogène

La réflexion sur le centre-ville ne s’arrête pas au bâti. Malik Benakcha développe longuement la question du stationnement, qu’il relie directement à l’attractivité commerciale. Il distingue deux types de clientèles : la clientèle endogène, celle des habitants du centre-ville, et la clientèle exogène, celle qui vient de la périphérie, du département rural, et qui utilise majoritairement la voiture. « Ignorer cette réalité », dit-il, « c’est condamner le centre-ville. » Le candidat de la droite et du centre évoque la généralisation du stationnement en zone bleue, la levée de certaines barrières, la fluidité d’accès aux parkings, comme des leviers indispensables pour faire revenir ces publics. Sans facilité d’accès, affirme-t-il, les habitants de la périphérie ne reviendront pas.

Pouvoir d’achat : aussi une compétence municipale

Après le centre-ville, Malik Benakcha revient sur le pouvoir d’achat, troisième priorité du programme. Il reconnaît que la question fait débat. Certains, dit-il, estiment que la collectivité locale n’a pas la compétence pour intervenir sur ce terrain. Lui assume l’inverse. La première mesure qu’il met en avant est la baisse progressive de la fiscalité, en particulier de la taxe foncière. Il précise un objectif chiffré : –10 % sur l’ensemble du mandat, avec une action engagée dès la première année. Il relie cette mesure à l’attractivité du territoire. Le candidat à la mairie affirme entendre régulièrement des jeunes ménages expliquer qu’ils préfèrent s’installer dans des communes voisines pour des raisons fiscales. Pour lui, envoyer rapidement un signal de baisse de fiscalité est un levier pour inverser cette tendance.

Autre mesure : la tarification progressive de l’eau. Une proposition que l’on trouve dans d’autres programmes. Malik Benakcha insiste sur le caractère pédagogique de la mesure. Car ainsi, les ménages s’adaptent : récupération des eaux de pluie, réduction de certains usages, meilleure gestion. Il précise que la mesure concernerait les particuliers, et non les agriculteurs ou les professionnels. Selon lui, la majorité des foyers y gagneraient, à l’exception de ceux qui gaspillent.

Les tenues scolaires en expérimentation

Sur l’éducation, Malik Benakcha prend soin de préciser que le sujet ne se limite pas aux bâtiments scolaires. Intervenir sur l’éducation, dit-il, ce n’est pas seulement rénover des écoles. C’est aussi agir sur le contenu, l’accompagnement, la formation. Il annonce la création d’un office municipal du soutien scolaire, centré sur les fondamentaux : lire, écrire, compter, raisonner. Il parle d’un enjeu d’égalité des chances, de méritocratie.

Vient ensuite la question des tenues scolaires communes, qui suscite plusieurs questions. Malik Benakcha prend le temps de cadrer précisément la proposition. Il refuse le terme d’« uniforme ». Il parle d’expérimentation, de concertation, de non-imposition. Le projet serait travaillé avec la Caisse des écoles, les équipes pédagogiques, les associations de parents d’élèves. Il développe d’abord l’argument économique. Fournir un trousseau de base — pull, pantalon ou short — à grande échelle permet de réduire les coûts. Acheter 500 ou 600 tenues coûte moins cher que des achats individuels. Mais il insiste surtout sur la dimension sociale. La tenue commune est présentée comme un outil pour limiter les comparaisons vestimentaires, les distinctions de marques, qui peuvent alimenter des tensions ou du harcèlement.

Le candidat développe aussi une réflexion sur le rapport à l’école. Il parle de « tenue de travail », établissant un parallèle avec le monde professionnel. Aller à l’école, dit-il, c’est entrer dans un cadre spécifique, avec ses règles, ses codes. Il rappelle que ce principe existe déjà dans de nombreuses écoles privées, y compris à Blois, ainsi que dans plusieurs pays anglo-saxons et en Outre-mer. Mais il insiste : ce ne sera ni généralisé ni imposé sans évaluation.

Le civisme comme fil conducteur éducatif

Dans la continuité, Malik Benakcha évoque le passeport du civisme, une mesure déjà portée en 2020. L’objectif est d’encourager les jeunes, notamment en école élémentaire, à s’engager dans la vie de la cité. Il cite des exemples précis : participation aux cérémonies mémorielles, visites de bibliothèques et de musées, actions intergénérationnelles en EHPAD, opérations écologiques comme Loire propre.

Malik Benakcha

Voirie et réseaux : la “dette grise” d’un mandat

Après l’éducation et le civisme, Malik Benakcha revient sur un sujet plus technique, mais qu’il juge fondamental : la voirie, les trottoirs et l’ensemble des réseaux (assainissement, canalisations, réseaux enterrés). Il affirme que, depuis une quinzaine d’années, ces postes ont été traités comme des variables d’ajustement budgétaire. Il emploie alors une expression centrale dans son raisonnement financier : la “dette grise”. Une dette qui ne figure pas dans les comptes, mais qui pèsera inévitablement sur le prochain mandat. Attendre, explique-t-il, a un coût : celui des interventions plus lourdes demain, des dégradations accélérées, et de l’insatisfaction quotidienne des habitants.

Associations

Autre volet abordé longuement : la politique de subventions aux associations. Malik Benakcha reconnaît la richesse du tissu associatif blésois, mais il critique fermement les modalités actuelles d’attribution. Il parle d’opacité, évoque un sentiment d’injustice chez certaines associations. Le candidat à la mairie de Blois n’hésite pas à utiliser le mot de clientélisme. Sa proposition est donc de créer des critères objectifs, connus à l’avance, permettant aux associations de se projeter sur plusieurs années. Les subventions seraient fléchées : attribuées en contrepartie d’objectifs précis — augmentation du nombre de bénévoles, élargissement du public touché, actions ciblées (sport féminin, handisport, intergénérationnel, etc.).

Une culture mesurable autrement

La culture, dans le discours de Malik Benakcha, n’est pas d’un supplément d’âme, mais d’un levier structurant pour la ville. Il reconnaît que le retour sur investissement culturel n’est pas toujours immédiat ni directement budgétaire. Mais il affirme qu’il est mesurable. Il évoque les nuitées, la fréquentation touristique, l’activité des restaurateurs, l’occupation des terrasses, la vitalité commerciale. Il va plus loin. Une politique culturelle dynamique, dit-il, participe aussi au vivre-ensemble. Il cite la baisse des incivilités comme une externalité positive possible, tout comme la réduction des coûts de réparation liés aux dégradations. Selon lui, un investissement culturel plus affirmé aurait produit un dynamisme dont la ville aurait bénéficié aujourd’hui, y compris financièrement. Cependant, son idée est de mettre sur pause le projet de nouveau théâtre.

Tourisme : renverser le récit et redevenir une destination

Sur le tourisme, Malik Benakcha développe un propos long et structuré. Il commence par une critique symbolique mais forte : l’appellation “gare de Blois–Chambord”. À ses yeux, ce nom dit tout. Il acte le fait que Blois serait secondaire, une simple étape. Il revendique une inversion du récit : venir à Blois pour Blois. Pour son château royal, son patrimoine, sa Loire, ses événements. Chambord, Chaumont, Beauval doivent venir ensuite, comme des prolongements, pas comme des substituts.

Mathilde Desjonquères pointe des dysfonctionnements très concrets : absence de signalétique, touristes perdus à quelques mètres du château, sentiment d’accueil insuffisant. La réponse que le tandem propose est immédiate : audit, nouveau fléchage, signalétique lisible, cohérente, pensée comme une politique d’accueil à part entière.

La Loire est présentée comme un atout majeur sous-exploité. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle n’est pas intégrée à l’expérience touristique quotidienne. D’où l’idée de navettes fluviales, de réaménagement des quais, d’animations associées. Malik Benakcha relie directement le tourisme au commerce local. Il cite le cas de commerçants, notamment des libraires, dont une part significative du chiffre d’affaires dépend de la saison touristique. L’absence de visiteurs, dit-il, a des conséquences directes, visibles, immédiates. Il évoque également un marketing touristique à repenser, une réflexion sur l’office de tourisme, sa localisation, sa visibilité.

Agglopolys : gouvernance avant projets

Interrogée sur l’agglomération, Mathilde Desjonquères refuse de dérouler un programme détaillé pour Agglopolys avant les élections municipales. La candidate à la présidence juge cela prématuré, voire déplacé. L’élue rappelle que l’agglomération repose sur une logique de co-construction avec les maires, y compris ceux des plus petites communes. Donner des projets “clé en main” avant même que les conseils municipaux soient renouvelés ne correspond pas, selon elle, à sa conception de la gouvernance. L’ex-députée identifie néanmoins trois piliers structurants pour l’agglomération : la sécurité, l’économie (commerce, pouvoir d’achat, fiscalité économique), l’environnement. Elle cite des compétences clairement intercommunales : l’eau, les transports, la fiscalité économique.

Mathilde Desjonquères évoque aussi un enjeu qui lui tient à cœur : retisser les liens entre le monde rural et le monde urbain, notamment par des projets agricoles, éducatifs, pédagogiques, en lien avec la Chambre d’agriculture.


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